Renaissance - Paris 2054 est un film d'animation français complexe, ambitieux, soigné qui pose des questions éthiques et philosophiques. Qui a dit que les films d'animation n'étaient que pour les enfants ?
Paris 2054. Ilona Tasuiev, une brillante et jeune scientifique est enlevée. Avalon, l'entreprise qui l'emploie, fait pression sur Karas, un flic controversé, spécialisé dans les affaires d’enlèvements, pour retrouver au plus vite la disparue. La retrouver devient vital : la jeune femme est l'enjeu d'une guerre obscure qui la dépasse. Elle est la clé d'un protocole mettant en cause le futur du genre humain. Le protocole Renaissance...
Renaissance - Paris 2054 est un film hybride qui mélange le polar et la science-fiction, soit deux genres très différents dont l'assemblage peut vite devenir délicat. Christian Volkman réussit cette union, respectant les codes et rendant hommage aux classiques tout en faisant preuve de créativité et d'audace.
Visuellement, Renaissance est d'une vraie beauté subjuguante : un noir et blanc raffiné, des décors stylisés composant un Paris tout de verre et d'acier, des affiches publicitaires animées, des voitures de police boostées... Et des personnages humains au graphisme simplifié mais non dépouillés de leur essence : les regards sont intenses et les mouvements d'une grande fluidité (merci la mocap !). Le plus grand plaisir que procure le film est visuel mais les premières minutes sont déroutantes, choquantes même, puisque le film est en noir et blanc, sans nuance de gris, avec des personnages en 3D avec un rendu graphique 2D. Passé le choc initial, on se laisse envoûté par l'esthétisme unique de Renaissance. C'est d'autant plus facile que la technologie se fait vite oublier au profit de l'histoire car le film est doté d'un scénario solide, brillant et passionnant.
L'intrigue développe des idée qui s'appuient sur les préoccupations actuelles : le vieillissement, le recul de l'âge de la mort, le clonage, la place de l'Homme dans le monde, les conséquences éthiques des progrès scientifiques, l'obsession sécuritaire... Bien sûr, ces thèmes ont maintes fois été abordés dans les films de science-fiction mais l'originalité ici est qu'ils s'inscrivent dans un film policier dont l'enquête n'est en aucun cas un prétexte mais un élément essentiel aussi bien pour l'histoire que pour notre réflexion personnelle.
En effet, la question centrale du film tourne autour de l'immortalité, fantasme que nous partageons tous, nous qui sommes voués à une mort certaine une fois la date de péremption dépassée. Serait-ce une bonne chose d'en finir avec la mort ? Au débotté, la réponse est oui. La mort est une saloperie, la pire chose qui puisse nous arriver car on ne peut pas l'éviter, on ne sait pas quand elle va frapper et, cerise sur le gâteau, on ne sait pas ce qu'il y a "après" (un paradis, un néant glacial dont nous aurons conscience, rien ?). Mais quand on y réfléchit, et Renaissance nous oblige à cette réflexion, que serait la vie sans la mort ? Quel sens y donnerions-nous si elle ne prenait jamais fin ? Imaginez un peu une journée qui ne s’achèverait jamais, un soleil perpétuel, une activité
ininterrompue... Point de nuit et de sommeil réparateur qui puissent mettre un terme à une longue journée. Ce serait épuisant et stérile. Si nous ne mourrions pas, notre motivation à accomplir nos projets serait fortement amoindrie. Nous vivrions dans un éternel présent, jouissant avec parcimonie de l'existence, rêvassant à l'avenir sans aucun but. Notre condition de mortel nous pousse, arrivé à un certain âge, à nous remuer les fesses pour accomplir nos désirs même s'il nous faut faire des efforts. Le mot "procrastination" prend tout son sens, les premiers cheveux blancs sont un signal : nous n'avons plus de temps à perdre ! Vivons ! Vivons pour vivre, pour avoir le moins de regret possible quand la mort viendra nous dévorer. Agissons pour donner un sens à notre vie même si la vie n'en a pas. Et puis, sans la mort on risquerait de trouver le temps long surtout si notre existence ne ressemble pas à un conte de fées. Alors oui, la mort est répugnante mais sans elle, notre vie n'aurait aucun sens. L'immortalité n'est donc pas pour nous car elle est inhumaine. Ainsi Renaissance pousse à une réflexion philosophique mais l'on peut tout aussi bien se contenter de le regarder comme un polar futuriste au décorum grandiose. On suit les fausses pistes, on se laisse avoir par les rebondissements et par la fin très noire. Enfin on s'amuse à repérer les références (Blade Runner, Metropolis, Sin City, Tron, Ghost in the shell...) remarquablement digérées par Christian Volkman.
Renaissance - Paris 2054, vrai film de genre, film d'animation pour adultes et film ambitieux, est un très bon polar futuriste dont on ressort abasourdi, ému et frissonnant. Une réussite.

















































