29 mars 2012

L'Etrange Noël de Mr Jack (Tim Burton's the nightmare Before Christmas) de Henry Selick (1993)

       Jack Skellington, épouvantail de son état et grand nabab de Halloween, en a ras le squelette d'être le Roi des citrouilles ! Tous les ans, c'est la même rengaine ! Jack n'est pas loin de faire une dépression quand, au hasard d'une promenade, il trouve une porte qui le conduit à Christmas Town. Toutes ces couleurs, ces pâtisseries parfumées, ces boules de neige et autres guirlandes ne lui donnent qu'une envie : devenir Père Noël à la place du Père Noël ! Ni une ni deux, Jack met en place son plan pour pimenter un peu la douce nuit, ô, sainte nuit...


etrange noel de mr jack, affiche, poster, critique, avis, tim burton
       Alors qu'il est en train de réaliser dans la douleur Batman Returns, Tim Burton fait une déprime de courte durée et, plutôt que de se noyer dans le bourbon, il se plonge dans le travail pour nous offrir ce petit bijou de l'animation  image par image. C'est un vieux projet de Tim Burton : il l'avait présenté à Disney quand il travaillait encore pour la firme aux grandes oreilles. Il avait conçu son projet à partir d'un poème qu'il avait écrit en s'inspirant d'une histoire pour enfants, Night before Christmas de Clement Clarke Moore mais aussi en s'inspirant des programmes jeunesse de son enfance comme Rudolph, le renne au nez rouge ou How the Grinch stole Christmas. Chez Disney, on l'avait envoyé balader. Mais à la fin des 90's, Tim Burton est devenu un réalisateur respecté : Disney accepte de lui rendre les droits sur son histoire et l'autorise à l'adapter comme bon lui semble. Burton exige que le film soit fait à l'ancienne, image par image, avec des décors et des personnages en 3D car pour lui, l'énergie qui se dégage de ces films est "de la pure énergie de créateur, ce que les ordinateurs ne parviendront jamais à remplacer." (Tim Burton par Tim Burton).
        Trop occupé par la réalisation de son Batman, Tim Burton confie son bébé à Henry Selick, un vieil ami, ancien de chez Disney. Dany Elfman est engagé pour écrire chansons et musiques de cette comédie musicale gothique. Elfman chantera lui-même les chansons de Jack.

Écrire musiques  et textes, chanter moi-même, fut une expérience gratifiante autant qu'épuisante. Cela a pris deux ans et demi de mon temps, soit dix fois plus de travail que pour un film normal. Mais Tim est comme moi, il aime ça et évolue en permanence de façon imprévisible.
(Entretien avec Dany Elfman, Libération, 22 août 2001).

     Le film est le parfait reflet de l'imaginaire de Tim Burton : gothique, morbide, enfantin et drôle.
L’Étrange Noël de Mr Jack est une fable qui envoie valser les sacro-saints rites de Noël américains.  Il est peuplé de créatures étranges nés d'un imaginaire débridé et virtuose où le mot d'ordre semble être transgression : les boas bouffent les sapins de Noël, les canards ont des dents et mordent les gentils enfants, le Père Noël est maltraité par trois gamins, les génies s'ouvrent le crâne pour se gratter le cerveau et la copine de Jack doit se recoudre les membres régulièrement !
Mais Selick et Burton ont mieux à faire que provoquer pour provoquer. Le film traite de la marginalité et de l'acceptation de soi.
etrange noel mr jack, nightmare before christmas, tim burton, jack skellington, critique
   Jack est un épouvantail qui en a plein les bottes de n'être qu'un épouvantail. Il nous ressemble : qui n'a pas eu, un jour, envie de tout envoyer balader ? Le problème, quand on est un épouvantail, c'est que les autres ne nous voient que comme un épouvantail. Ils n'admettent pas l'idée que l'on puisse avoir envie de faire autre chose de sa vie que de faire faire de la tachycardie aux octogénaires. Jack est rangé dans une boîte et personne n'a envie de le voir en sortir : on le traite de fou. Mais, lorsqu'il réussit enfin à faire comprendre son désir à ses semblables et à les faire sortir de leur torpeur et de leurs habitudes réconfortantes, ce sont les lutins et les humains qui le regardent d'un sale œil. Les épouvantails et les fées ne dînent pas à  la même table. Autrement dit, on ne mélange pas les torchons et les serviettes. Il n'est pas normal d'offrir des poupées vaudou aux enfants le soir de Noël ! Ah, bon ? C'est ce qu'on offre à Halloween ! Las, Jack s'en retournera aux pays des citrouilles, laissera le Père Noël distribuer ses satanés bonbons mais il n'aura pas tout perdu. Il aura compris qu'il est le meilleur épouvantail que Halloween ait jamais eu et qu'il vaut mieux boxer dans sa catégorie plutôt que de vouloir atteindre des sommets inaccessibles. Ce qui ne l'empêchera pas de rêver et d'aimer car Jack trouve l'amour en la personne de Sally, une poupée disloquée et sensuelle. Il s'accepte enfin comme il est et croque la vie à pleines dents (ce qui lui en reste ☺).
     L’Étrange Noël de Mr Jack n'est pas moralisateur. Si c'était le cas, Jack aurait fini entouré de lutins, à boire du thé dans des tasses roses chez la Mère Noël. Le film est une ode à la tolérance, l'ouverture d'esprit et le respect des autres. Il est normal de se poser des questions, d'en avoir marre, de se sentir inutile, d'être dépressif. On ne peut pas toujours être un winner, foncer bille en tête et être reconnaissant envers la vie. On peut être faible et les autres aussi. Réussir sa vie n'est pas nécessairement gravir les échelons, être le meilleur. C'est trouver sa place dans le monde, s'accepter comme on est avec ses qualité et ses défauts et accepter le fait qu'il y aura toujours des plus beaux, des plus forts, des plus riches... C'est difficile mais pas impossible.
     Tim Burton et Henry Selick ont réussi à faire passer leurs messages de façon joyeuse, enjouée, drôle, sans jamais prendre le spectateur pour un con.
Le public ne s'est pas trompé et le film a cartonné au box-office, engraissant encore plus le ventre de la souris Disney. En 2007, la firme s'est même offert le luxe de ressortir le film en 3D.
    Le film a marqué un virage dans le monde de l'animation car c'est le premier long métrage tourné en stop-motion (image par image) et, il reste encore aujourd'hui une référence.
Quand je dis que Tim Burton est un génie !



Voici le poème écrit par Tim Burton qui a servi de point de départ à L’Étrange Noël de Mr Jack : 

It was late one fall in Halloweenland,
and the air had quite a chill.
Against the moon a skeleton sat,
alone upon a hill.
He was tall and thin with a bat bow tie;
Jack Skellington was his name.
He was tired and bored in Halloweenland,
everything was always the same.
“I’m sick of the scaring, the terror, the fright.
I’m tired of being something that goes bump in the night.
I’m bored with leering my horrible glances,
And my feet hurt from dancing those skeleton dances.
I don’t like graveyards, and I need something new.
There must be more to life than just yelling,
‘Boo!’”
Then out from a grave, with a curl and a twist,
Came a whimpering, whining, spectral mist.
It was a little ghost dog, with a faint little bark,
And a jack-o’-lantern nose that glowed in the dark.
It was Jack’s dog, Zero, the best friend he had,
But Jack hardly noticed, which made Zero sad.
All that night and through the next day,
Jack wandered and walked.
He was filled with dismay.
Then deep in the forest, just before night,
Jack came upon an amazing sight.
Not twenty feet from the spot where he stood
Were three massive doorways carved in wood.
He stood before them, completely in awe,
His gaze transfixed by one special door.
Entranced and excited, with a slight sense of worry,
Jack opened the door to a white, windy flurry.
Jack didn’t know it, but he’d fallen down
In the middle of a place called Christmas Town!
Immersed in the light, Jack was no longer haunted.
He had finally found the feeling he wanted.
And so that his friends wouldn’t think him a liar,
He took the present filled stockings that hung by the fire.
He took candy and toys that were stacked on the shelves
And a picture of Santa with all of his elves.
He took lights and ornaments and the star from the tree,
And from the Christmas Town sign, he took the big letter C.
He picked up everything that sparkled or glowed.
He even picked up a handful of snow.
He grabbed it all, and without being seen,
He took it all back to Halloween.
Back in Halloween a group of Jack’s peers
Stared in amazement at his Christmas souvenires.
For this wondrous vision none were prepared.
Most were excited, though a few were quite scared!
For the next few days, while it lightninged and thundered,
Jack sat alone and obsessively wondered.
“Why is it they get to spread laughter and cheer
While we stalk the graveyards, spreading panic and fear?
Well, I could be Santa, and I could spread cheer!
Why does he get to do it year after year?”
Outraged by injustice, Jack thought and he thought.
Then he got an idea. “Yes. . .yes. . .why not!”
In Christmas Town, Santa was making some toys
When through the din he heard a soft noise.
He answered the door, and to his surprise,
He saw weird little creatures in strange disguise.
They were altogether ugly and rather petite.
As they opened their sacks, they yelled, “Trick or treat!”
Then a confused Santa was shoved into a sack
And taken to Halloween to see mastermind Jack.
In Halloween everyone gathered once more,
For they’d never seen a Santa before
And as they cautiously gazed at this strange old man,
Jack related to Santa his masterful plan:
“My dear Mr. Claus, I think it’s a crime
That you’ve got to be Santa all of the time!
But now I will give presents, and I will spread cheer.
We’re changing places I’m Santa this year.
It is I who will say Merry Christmas to you!
So you may lie in my coffin, creak doors, and yell, ‘Boo!’
And please, Mr. Claus, don’t think ill of my plan.
For I’ll do the best Santa job that I can.”
And though Jack and his friends thought they’d do a good job,
Their idea of Christmas was still quite macabre.
They were packed up and ready on Christmas Eve day
When Jack hitched his reindeer to his sleek coffin sleigh,
But on Christmas Eve as they were about to begin,
A Halloween fog slowly rolled in.
Jack said, “We can’t leave; this fog’s just too thick.
There will be no Christmas, and I can’t be St. Nick.”
Then a small glowing light pierced through the fog.
What could it be?. . .It was Zero, Jack’s dog!
Jack said, “Zero, with your nose so bright,
Won’t you guide my sleigh tonight?”
And to be so needed was Zero’s great dream,
So he joyously flew to the head of the team.
And as the skeletal sleigh started its ghostly flight,
Jack cackled, “Merry Christmas to all, and to all a good night!”
‘Twas the nightmare before Christmas, and all though the house,
Not a creature was peaceful, not even a mouse.
The stockings all hung by the chimney with care,
When opened that morning would cause quite a scare!
The children, all nestled so snug in their beds,
Would have nightmares of monsters and skeleton heads.
The moon that hung over the new-fallen snow
Cast an eerie pall over the city below,
And Santa Claus’s laughter now sounded like groans,
And the jingling bells like chattering bones.
And what to their wondering eyes should appear,
But a coffin sleigh with skeleton deer.
And a skeletal driver so ugly and sick
They knew in a moment, this can’t be St. Nick!
From house to house, with a true sense of joy,
Jack happily issued each present and toy.
From rooftop to rooftop he jumped and he skipped,
Leaving presents that seemed to be straight from a crypt!
Unaware that the world was in panic and fear,
Jack merrily spread his own brand of cheer.
He visited the house of Susie and Dave;
They got a Gumby and Pokey from the grave.
Then on to the home of little Jane Neeman;
She got a baby doll possessed by a demon.
A monstrous train with tentacle tracks,
A ghoulish puppet wielding an ax,
A man eating plant disguised as a wreath,
And a vampire teddy bear with very sharp teeth.
There were screams of terror, but Jack didn’t hear it,
He was much too involved with his own Christmas spirit!
Jack finally looked down from his dark, starry frights
And saw the commotion, the noise, and the light.
“Why, they’re celebrating, it looks like such fun!
They’re thanking me for the good job that I’ve done.”
But what he thought were fireworks meant as goodwill
Were bullets and missiles intended to kill.
Then amidst the barrage of artillery fire,
Jack urged Zero to go higher and higher.
And away they all flew like the storm of a thistle,
Until they were hit by a well guided missile.
And as they fell on the cemetery, way out of sight,
Was heard, “Merry Christmas to all, and to all a good night.”
Jack pulled himself up on a large stone cross,
And from there he reviewed his incredible loss.
“I thought I could be Santa, I had such belief”
Jack was confused and filled with great grief.
Not knowing where to turn, he looked toward the sky,
Then he slumped on the grave and he started to cry.
And as Zero and Jack lay crumpled on the ground,
They suddenly heard a familiar sound.
“My dear Jack,” said Santa, “I applaud your intent.
I know wreaking such havoc was not what you meant.
And so you are sad and feeling quite blue,
But taking over Christmas was the wrong thing to do.
I hope you realize Halloween’s the right place for you.
There’s a lot more, Jack, that I’d like to say,
But now I must hurry, for it’s almost Christmas day.”
Then he jumped in his sleigh, and with a wink of an eye,
He said, “Merry Christmas,” and he bid them good bye.
Back home, Jack was sad, but then, like a dream,
Santa brought Christmas to the land of Halloween

 Première publication : 26/08/2010

L’Étrange Noël de Mr Jack de Henri Selick avec des squelettes, des citrouilles, des poupées désarticulées, des lutins et les voix originales de Chris Sarandon, Danny Elfman, Catherine O'Hara, Paul Reubens...
Sortie en salles : 7 décembre 1994
Durée : 1 h 15 min
A partir de 6 ans

Les 5 légendes : la bande-annonce du nouveau film signé DreamWorks (VO + VF)

DreamWorks vient de dévoiler la bande-annonce de son nouveau film, Les 5 légendes (Rise of the Guardians) dont le scénario est basé sur Guardians of Childhood de William Joyce.

les 5 legendes, affiche, poster, rise of the guardians, trailer, bande annonce

    Il y a quelques semaines, lorsque DreamWorks avait dévoilé l'affiche des 5 légendes de Peter Ramsey et William Joyce, les cinéphiles avaient un peu tiqué devant sa laideur et son amateurisme.
     Aussi lorsque nous avons découvert la toute première bande-annonce aujourd'hui, nous avons tous poussé un "Ouf!" de soulagement car les premières images sont prometteuses. L'univers est coloré, l'animation semble réussie et le graphisme n'est pas mal du tout. A voir ce que ça donne sur grand écran bien sûr.

     La saga littéraire Guardians of Childhood raconte les aventures des Gardiens qui ont juré de protéger les enfants des forces maléfiques. Chaque livre s'intéresse aux origines d'une figure emblématique de l'enfance : Le Père Noël, Jack Frost, Le Lapin de Pâques, L'Homme dans la lune, Le marchand de sable...

     Ce qui retient l'attention ici, c'est le casting prestigieux : Hugh Jackman (Le Lapin de Pâques), Isla Fisher (La Fée des dents), Jude Law (Pitch), Alec Baldwin (le Père Noël), Chris Pine (Jack Frost) et Dakota Goyo (Jamie) prêtent leur voix aux personnages principaux.

Les 5 légendes doit sortir en France le 28 novembre 2012.

Quand un esprit maléfique connu sous le nom de Pitch menace de conquérir le monde, les Gardiens immortels doivent unir leur force pour la première fois afin de protéger les espoirs, les croyances et l'imagination des enfants partout dans le monde...



En Version Française


En Version Originale


Qu'en pensez-vous ?

28 mars 2012

Zelig de Woody Allen (1983 _ Réédition en salles 28 Mars 2012)

      Des années folles à l'avènement du nazisme, les mille aventures de l'étrange vie de Leonard Zelig véritable caméléon humain ayant le don de se fondre dans n'importe quel environnement.


Dans les années 1920, la psychiatre Eudora Fltecher (Mia Farrow) découvre que l'un de ses patients, Leonard Zelig (Woody Allen), a la capacité de se transformer physiquement et mentalement en fonction des personnes qui l'entourent. En présence d'un Chinois il se transforme en Chinois, en présence d'un groupe de psychiatres il se met établir des théories solides sur la psyché humaine. Zelig devient rapidement un phénomène public...
 

zelig, affiche, reedition, woody allen, critique
     Faux documentaire mais véritable œuvre d'art, Zelig fait partie de mes films préférés réalisés par Woody Allen. C'est probablement le film le plus mystérieux et le plus extrême du cinéaste tant ses interprétations peuvent être multiples et tant il est burlesque.
     Zelig fourmille de références historiques, littéraires, cinématographiques, philosophiques, musicales et psychanalytiques mais à aucun moment il n'est didactique, bien au contraire, il s'agit d'une vraie comédie.
     L'idée de départ est absolument géniale car le personnage de Zelig, interprété par Woody Allen himself, est une coquille vide dans laquelle chacun peut projeter ses propres désirs. Ce personnage de "caméléon humain" permet au cinéaste de fustiger le milieu médical, les journalistes, les politiques, l'opinion publique... Opinion publique qui change d'avis comme de chemise, faisant de Zelig un héros le lundi et souhaitant le pendre le lendemain !
 Woody Allen exploite ici à fond le thème de la psychanalyse qui lui est si cher _ n'oublions pas que dans la majorité de ses films, le personnage qu'il incarne finit chez le psy ! _ et pose des questions sur la normalité et la folie.
     Un tel personnage ouvre de nombreuses perspectives en terme d'évolution dramatique et Woody Allen s'en donne à cœur joie. Rien n'est épargné à ce pauvre Zelig : ni les expériences scientifiques malheureuses, ni les séances d'hypnothérapie gênantes, ni son exposition à la foule en délire, ni la déchéance, ni les amours contrariées !
     D'un pont de vue analytique, le personnage de Zelig a de multiples incarnations. Il stigmatise tous les béni-oui-oui qui se laissent manger la laine sur le dos puisque Zelig ne se révolte (presque) jamais, regarde dans le vide et laisse les autres l'exploiter à des fins personnels.
Zelig permet aussi à Allen de fustiger tous les Juifs qui veulent se fondre dans la masse puisque ce personnage cartoonesque et loufoque va jusqu'à emprunter l'apparence de ceux à qui il parle pour passer inaperçu !
zelig, affiche, woody allen, critique, avis
On peut également voir en Zelig le besoin de tous les artistes d'être reconnus et aimés par le plus grand nombre ou du moins le besoin de Woody Allen d'être reconnu et aimé par le plus grand nombre ☺.
Mais plus généralement, il est l'incarnation de notre désir d'être aimé et pris au sérieux par autrui. Zelig, c'est n'importe qui. Et ce n'importe qui est fragile, vide, misérable et cherche la sécurité et se cherche au point de se perdre. C'est un personnage terriblement émouvant et fédérateur.
     D'un point de vue formel, Zelig est un bijou ! Son aspect ingrat _ son crépitant, image fatiguée _ est le résultat d'un travail prodigieux qui fait de Zelig une des plus formidables supercheries de l'histoire du cinéma. Rappelons que nous sommes en 1983, que le documenteur n'est pas à la mode et que les techniques numériques n'existent pas.
L'émerveillement face à Zelig est immédiat car le travail sur les images d'archives pour y incruster Woody Allen ou pour en créer de nouvelles est parfait. On se laisse prendre au jeu avec d'autant plus de facilité que Woody Allen utilise la voix off et l'interview pour souligner son propos. Le must étant l'intervention de célébrités comme Susan Sontag, Saul Bellow ou Bruno Bettelheim.

     Avec Zelig, Woody Allen poursuit son travail de réinvention du cinéma qu'il avait entrepris avec Annie Hall. Il nous offre une œuvre drôle, légère, inventive, féconde qui laisse une trace indélébile dans le cœur des cinéphiles.

Ce chef d'œuvre est réédité en salle, en copie restaurée, par Swashbuckler Films depuis le 28 Mars 2012.



Zelig de Woody Allen avec Woody Allen, Mia Farrow, Patrick Horgan, John Buckwalter, Marvin Chatinover...
Sortie en salles : 14 Septembre 1983
Réédition en salles : 28 Mars 2012
Durée : 1 h 19 min

27 mars 2012

Court-Métrage : RED de Jorge Jaramillo et Carlo Guillot

RED est un film d'animation qui présente sa propre version du Petit Chaperon Rouge de Charles Perrault. Une version sombre, très sombre.


red, court metrage, film, le petit chaperon rouge, harles perrault

     "Basé sur un vrai conte de fées", RED explore avec intensité le drame, l'horreur et le réalisme de l'histoire. Pas de galette ni de pot de beurre mais une fillette prête à en découdre.

     RED est un film de silhouettes classique qui utilise les nouvelles technologies pour créer "un nouveau concept" dixit  Jorge Jaramillo et Carlo Guillot, les deux réalisateurs. La musique de Manuel Borda souligne avec intensité les émotions et complète efficacement un récit très fort.

     Visuellement très riche et émotionnellement puissant, RED est un film qui ne laisse pas indifférent. Je l'ai adoré mais je ne suis pas sûre qu'il plaise à tout le monde.
N'hésitez pas à me donner votre avis dans les commentaires !

Et avant de démarrer la vidéo, éloignez les enfants...


25 mars 2012

Cloclo de Florent Emilio Siri (2012)

Expulsée du jour au lendemain d'Égypte lors de la nationalisation du Canal de Suez, la famille François se retrouve démunie à Monaco. Claude, qui a alors 17 ans, trouve le moyen, à travers la musique, de gagner sa vie en faisant ce qu’il aime. Son père n’entrevoit dans ce choix aucune perspective de réussite…

cloclo, affiche, critique, avis, film, 2012
     Je n'aime pas les biopics, je déteste ça même. Et pourtant, je ne pouvais pas rater Cloclo : le teaser et la bande-annonce m'avaient mis en appétit, j'adore Claude François et, last but not least, ma mère étant une vraie fan de Cloclo, elle n'aurait voulu manquer ce film sous aucun prétexte et moi, je ne pouvais pas me priver d'une séance ciné avec ma maman chérie.
C'est donc hier après-midi que ma mounie et moi sommes allées, toutes guillerettes, investir la salle de mon ciné préféré pour découvrir le nouveau film de Florent Emilio Siri avec le beau Jérémie Renier dans le rôle du chanteur pop. Et le moins que l'on puisse dire est que nous avons aimé ce film. Je dirais même plus, nous avons adoré au point d'envisager de retourner le voir ensemble prochainement.
     Le portrait du chanteur réalisé par Florent Emilio Siri est très nuancé, subtile et permet de mieux comprendre certains aspects de la personnalité de Claude François.
Comme je vous l'ai dit, j'aime beaucoup ses chansons fraîches et dansantes (surtout celles de sa période disco ☺) mais je ne suis pas du genre à me documenter sur la vie privée des artistes si bien que j'ignorais tout ou presque de sa destinée. Mis à part qu'il avait été marié, avait eu deux beaux garçons et qu'il avait eu une fin dramatique, le reste de son existence n'était qu'un mystère. J'ai découvert grâce au film sa naissance en Égypte, son expulsion violente du pays, le dénuement de sa famille lors de son retour en France, sa blessure vive liée à sa terrible dispute avec son père, ses premiers échecs, ses relations chaotiques avec les femmes, sa pugnacité à réussir, son intransigeance envers lui-même et les autres, ses colères, sa détresse... J'ai découvert un homme au sale caractère mais surtout un homme blessé au désir ardent d'être aimé. La bonne idée de Florent Emilio Siri et de Julien Rappeneau (le scénariste) est de ne pas avoir fait une hagiographie mais le portrait d'un homme avec ses qualités et ses défauts. Paradoxalement, on en ressort encore plus troublé, ému et plein d'amour pour le chanteur disparu si tôt, si tragiquement, si stupidement. Ses crises de rage, sa mégalomanie ou son comportement infect envers les femmes ne le rendent pas détestables car elles ont une explication qui remontent à la jeunesse de Claude : son père, si rigide et froid qui lui a refusé son amour et sa mère étouffante, omniprésente, presque castratrice. C'est même ses colères qui le rendent humain et attachant car il fait preuve d'une telle obstination à réussir, d'une telle énergie créatrice, d'un tel perfectionnisme dans tout ce qu'il entreprend qu'on pourrait se dire que ce mec vient de Mars ! [Après avoir vu Cloclo je me dis que si Claude François était encore parmi nous aujourd'hui, c'est lui qui aurait eu en premier sa fan page Facebook... peut-être même qu'il aurait crée son propre réseau social !]


cloclo, jeremie renier, wallpaper, film, photo, critique

     Si Cloclo est aussi réussi c'est également grâce à son casting, Jérémie Renier en tête. On a beaucoup parlé de la ressemblance physique entre les deux artistes mais la performance de l'acteur va au-delà du port d'une perruque ou de l'apprentissage de quelques pas de danse. Le mimétisme est hallucinant : par instant, on ne sait plus si c'est Jérémie Renier que l'on regarde ou Claude François qui serait sorti de sa tombe. Les gestes, le phrasé, la voix, les postures... tout est là mais rien n'est excessif ou surjoué. On n'est pas non plus dans une imitation grotesque comme a pu le faire Marion Cotillard dans La Môme (je vais me mettre les fans à dos là !).
Face à lui, Monica Scattini est excellente dans le rôle de Chouffa, la mère de Claude. Je citerai également Marc Barbé, impeccable dans celui de Aimé, son père. Benoît Magimel est méconnaissable en Paul Lederman, sa prestation _ bien qu'un peu figée _ est plus qu'honorable. Le reste du casting est à la hauteur même si je mets un petit bémol concernant Ana Girardot qui manque quelque peu de naturel.
     Quant à la réalisation de Florent Emilio Siri, elle est impeccable. Certains lui reprocheront un certain classicisme mais pas moi qui n'aime rien tant que les plans séquences, les travellings et les cadres épurés. Il filme avec autant de talent les moments de désarroi du chanteur que les concerts où les filles en délires cassent les fauteuils et s'évanouissent.
Les multiples décors sont tous fabuleux _ saluons le travail titanesque de Dominique Carrara, Hind Ghazali et Philippe Chiffre _ et sont parfaitement mis en valeur par la superbe photo de Giovanni Fiore Coltellacci.
L'ensemble est habillé par de nombreuses chansons de Claude François mais aussi de Johnny Hallyday, Franck Sinatra, Otis Redding, James Brown et par les compositions originales du génial Alexandre Desplat.

     Florent Emilio Siri a très largement réussi son pari avec cette biographie de Claude François qui ne sent pas du tout la naphtaline. Les nostalgiques y trouveront certes leur compte en revoyant leur idole prendre vie devant eux mais les autres ne seront pas en reste car Cloclo est avant tout du cinéma. En se penchant sur la vie de cet homme pas ordinaire, Florent Emilio Siri nous parle de la célébrité au sens large, de la course à la réussite, du désespoir de n'être personne et, surtout du désir d'être aimé. Désir que nous partageons tous.
Cloclo est un très bon film populaire et familial que je vous recommande chaudement.



Cloclo de Florent Emilio Siri avec Jérémie Renier, Benoît Magimel, Monica Scattini, Sabrina Seyvecou, Ana Girardot, Marc Barbé, Joséphine Japy, Maud Jurez...
Durée : 2 h 28 min
Sortie en salles : 14 Mars 2012

22 mars 2012

Death of a Superhero : la bande-annonce du nouveau film de Andy Serkis !

La production de Death of a Superhero de Ian FitzGibbon avec Andy Serkis en tête d'affiche vient de dévoiler la bande-annonce de ce qui s'annonce être un drame très émouvant.


death of a superhero, affiche, poster, andy serkis

     Avant même sa sortie, Death of a Superhero (adaptation du roman de Anthony McCarten) est auréolé d'une jolie réputation puisque le film est lauréat du Prix du Public et du Prix du Public Jeune du Festival de Cinéma Européen des Arcs de 2011 et qu'il a été nommé au Festival International du Film de Rome et au Festival International du Film de Toronto 2011.

     Mais j'avoue que ce qui m'intéresse le plus est la présence au générique de Andy Serkis. Que voulez-vous, j'en suis folle ❣
Deux bonnes nouvelles pour les fans de Andy : non seulement il s'agit de jeu en live sans trucage numérique (on voit son visage !!!) mais en plus il semble avoir un rôle très important ☺☺☺☺

     Andy Serkis donnera la réplique à Thomas Brodie-Sangster (Bright Star, Nowhere Boy, Hideaways), Jessica Schwartz (Le Parfum : histoire d'un meurtrier) et Michael McElhatton (Albert Nobbs).

     Il nous faudra sortir les mouchoirs car Death of a Superhero est un drame, un vrai même s'il semble illuminé par quelque touche d'humour.
C'est typiquement le genre de film dont filou et moi-même sommes friands ☺ 
Pour l'instant aucune date de sortie n'est prévue pour la France mais je vous tiendrez évidemment au courant dès que j'en saurai plus.


Un adolescent dessinateur de comics atteint de leucémie trouve le moyen de s'échapper de la dure réalité avec ses aventures illustrées dans lesquelles l'indestructible Miracle Man mène une lutte sans fin contre son ennemi de toujours, le scientifique fou connu sous le nom du Glove.


Cosmopolis de Cronenberg : les premières images ! (Bande-Annonce VF et VOST)

Depuis plusieurs semaines, la production de Cosmopolis de David Cronenberg nous distille les infos au compte-goutte. Mais aujourd'hui, elle dévoile l'affiche ainsi que les premières images mettant en scène Robert Pattinson.


cosmopolis, affiche, robert pattinson, david croneneberg

     Avant tout, je tiens tout de suite à vous informer que les images contenues dans le teaser peuvent choquer la sensibilité des plus fragiles : la violence y est omniprésente. Je vous conseille d'éloigner les plus jeunes de l'écran.

     Ces premières images ne nous apprennent pas grand chose hormis que le personnage de Robert Pattinson semble très... torturé ☺.
L'habillage, aussi bien sonore que visuel, est très chouette. A part ça, il est très difficile de se faire une idée, d'autant qu'on ne voit que Robert Pattinson. Pas de Juliette Binoche ni de Mathieu Almaric, à peine aperçoit-on Paul Giamatti dans de beaux draps.
Wait and see!

Dans un New York en ébullition, l’ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.

La sortie de Cosmopolis est prévue pour le 23 Mai prochain.


Version Française



Version Originale Sous-Titrée


Qu'en pensez-vous ?

Cosmopolis de David Cronenberg avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, Mathieu Alamric, Paul Giamatti, Samantha Morton, Sarah Gadon, Jay Baruchel, Kevin Duran...
D'après l'œuvre de Don DeLillo
Compositeur : Howard Shore
Durée : 1 h 48
Sorti en en salles françaises : 23 Mai 2012

21 mars 2012

Big Fish de Tim Burton (2004)

     Apprenant que Edward, son père, va bientôt mourir, Will décide d'aller à son chevet pour enfin connaître cet homme qui lui racontait des histoires fantastiques quand il était enfant...


big fish, tim burton, ewan mcgregor, affiche, critique



     Tim Burton apprend la mort de son père alors qu'il est en repérage pour le très oubliable La Planète des Singes (Planet of the Apes, 2001).
Bien que Tim et son père n'étaient pas très proches, cette perte est un choc violent pour le jeune homme car, pour la première fois de sa vie, il est confronté à une expérience qui requiert de la maturité.
Son père était un homme rigide, autoritaire, perpétuellement insatisfait, déçu par sa vie (une blessure l'a empêché de devenir un pro du baseball) qui n'a jamais soutenu son fils dans la réalisation de ses rêves.



"Nous n'étions pas proche, mais il n'y avait pas de haine entre nous. Sa mort fut simplement une rupture de cette dynamique étrange qui semble régir les rapports parents-enfants"
Tim Burton (Première, mars 2004)
 Effectivement, à cette époque, Tim Burton apparait comme une personne sans élan et tourne La Planète des Singes avec détachement et signe son plus mauvais film. Le cinéaste est dans un état d'esprit spécial : son père vient de mourir, il vient de rompre avec sa compagne Lisa Marie et de rencontrer Helena Bonham Carter, son nouvel amour. Ces événements impliquent la réalisation d'un film dont l'histoire soit en adéquation avec sa propre vie. C'est pourquoi il accepte tout de suite la proposition de la Columbia : la réalisation de Big Fish qui raconte les tentatives d'un fils, bientôt père lui-même, de se rapprocher de son père mourant qu'il connait mal.
"Quelques années plus tôt je n'aurais pas pu tourner Big Fish : on n'est jamais préparé à la mort d'un père. Pourtant, à la fin de sa vie, le mien était malade, comme le père dans Big Fish. Mais on est toujours surpris, même quand on s'y attend. J'ai analysé mes sentiments trop tard, mais quoi qu'il en soit, je me suis rendu compte que les fils et les pères sont liés par une relation très particulière. Il n'y en a pas de semblable, et c'est difficile d'en parler. Lorsque j'ai reçu le script de Big Fish, j'ai vu qu'il représentait tout ce que je n'arrivais pas à formuler avec mes mots sur cette relation qui m'était alors si proche."
Tim Burton (Première, mars 2004.)
Faire un film pour parler de lui de façon aussi claire, c'est une grande première pour Tim Burton !
     Au départ, Big Fish est un roman écrit par le jeune écrivain Américain Daniel Wallace publié en 1998. Le roman est un succès et, vite, Hollywood se montre intéressé par cette histoire simple, tendre et... mythomane.
Edward Bloom est un VRP qui explique ses absences à son fils en lui racontant des histoires plus incroyables les unes que les autres. Sa vie entière est une aventure : il est un génie dès l'école maternelle, il est doté d'une force extraordinaire, c'est le meilleur vendeur du pays, le plus bel homme du coin, les animaux et les sorcières sont ses amis qui lui vouent un culte, il a fait la guerre et sauvé son pays... Mais on a beau être extraordinaire, l'âge venant, la maladie vous tombe quand même dessus. Son fils William, dont la femme est enceinte, voudrait connaitre son vrai père et non cet être fantasmé. Mais, même sur son lit de mort, son père continue de lui raconter ses histoires.
"C'est l'ultime récit d'aventures, qu'il écoute ému jusqu'aux larmes, encore plus fort, encore plus échevelé, qui brouille tous ses repères et auquel il finit par prendre part pour soutenir les dernières heures de son père. Big Fish est un roman d'apprentissage et de mort, ponctué de bizarreries, d'extravagances, de drôleries, de fantaisies, de calembours, sur l'amour d'un père pour son fils finalement réunis par le rêve ininterrompu et l'imagination débridée"
Daniel Wallace.

big fish, images, photos, collage, tim burton, ewan mcgregor, film, critique

     Tim Burton s'est emballé pour ce projet aux notes étrangement autobiographiques et qui lui ressemble : le fantastique qui nait dans le quotidien, la volonté de vivre dans un monde imaginaire, l'atmosphère du Sud des USA avec ses histoires de sorcières et ses marais étranges, l'exagération des sentiments...
Avec une histoire aussi bien calibrée, Tim Burton réunit un casting qui lui plait et non pas imposé par le studio. On y croise Danny DeVito, Steve Buscemi, Helena Bonham Carter, Albert Finney, Jessica Lange, Billy Crudup, Marion Cotillard, des géants, des siamoises, un poisson géant et Ewan McGregor dans le rôle du jeune Edward Bloom.
Le tournage a lieu en Alabama, où se situe le roman, car Tim Burton tenait au réalisme du décor pour mieux contrebalancer avec l'extravagance du récit. Le film est très réaliste et c'est une de ses forces : c'est une vraie voiture qui se retrouve perchée dans un véritable arbre, de vraies jonquilles pour la scène de la déclaration d'amour, de vrais loups, une vraie rivière...
     Malgré tout, Big Fish ne ressemble pas aux œuvres de Tim Burton de la grande époque, le film penchant parfois trop du côté du mélo, les personnages souriants trop, les couleurs étant trop lumineuses et l'histoire un brin trop optimiste. On regrette l'ambiance gothique, les morts-vivants et la mélancolie de Edward aux mains d'argents ou la marginalité de Ed Wood. Le film est quand même truffé de personnages typiquement burtoniens : un ogres, des siamoises chinoises, un directeur de cirque patibulaire... sans compter la ville de Specter peuplée de gens gentils, souriants et... pieds nus qui cachent leur personnalité sombre et machiavélique.
De plus, Ed Bloom nous livre un récit épique où il est impossible de démêler le vrai du faux, laissant le spectateur perplexe, curieux et libre de choisir sa propre version des faits jusqu'à la fin du film qui est trop explicite à mon goût. C'est une manière pour Tim Burton de donner raison à Ed Bloom qui préfère l'imaginaire à la réalité car l'imaginaire est une forme de réalité.
"Pour moi l'imaginaire est plus vrai. J'apprécie les gens qui admettent qu'un fantasme ou une fantaisie, voire un monstre, leur apportent un plus de réalité.
Tim Burton (Positif, mars 2004)
Big Fish se présente donc comme le film du passage à l'âge adulte, le film de la maturité comme dirait Patrick Bruel ☺. Burton renoue avec son art et en ressort grandi d'un point de vue personnel puisque le film lui permet de faire la paix avec son père et de se souvenir des moments agréables qu'il a vécu avec lui pendant son enfance.
Le film traite de la mort mais aussi de la renaissance : Edward meurt mais son petit-fils va bientôt naitre. Là encore, il y a un parallèle avec la vie personnelle de Burton puisque son épouse, Helena Bonham Carter, apprend qu'elle est enceinte au début du tournage de Big Fish. Tim Burton serait-il enfin un adulte ?!! C'est une expérience étonnante pour un homme qui a toujours voulu resté un enfant à part entière. La réalisation de Big Fish marque un tournant important dans la carrière de Tim Burton car son cinéma prend une nouvelle dimension. Oui, c'est vrai, ce n'est pas son meilleur film mais il aura eu le mérite de remettre en selle un cinéaste un peu rouillé qui nous livrera par la suite Les Noces Funèbres et surtout Sweeney Todd le plus macabre des drames musicaux.

video

Première publication : 26/09/2010

Big Fish de Tim Burton avec Ewan McGregor, Albert Finney, Billy Crudup, Helena Bonham Carter, Danny DeVito, Steve Buscemi, Jessica Lange, Alison Lohman, Marion Cotillard...
Durée : 2 h 05 min
Sortie en salles : 3 Mars 2004
Sortie en DVD : 5 mars 2006
Sortie en Blu-ray : 6 mars 2007

20 mars 2012

La Dame en Noir (The Woman In Black) de James Watkins (2012)

Arthur Kipps, jeune notaire à Londres, est obligé de se rendre dans le petit village perdu de Crythin Gifford pour régler la succession d’une cliente récemment décédée. Face au passé enfoui des villageois, face à la mystérieuse femme en noir qui hante les lieux et s’approche chaque jour davantage, Arthur va basculer dans le plus épouvantable des cauchemars…

la dame en noir, the woman in black, affiche, poster, old school, daniel radcliffe
     La Dame en Noir de James Watkins est le premier film de Daniel Radcliffe post saga Harry Potter. Le jeune homme a choisi un film d'épouvante produit par la Hammer pour tenter de nous faire oublier le petit sorcier à lunettes : il a bien fait !
     On pensait le studio de la Hammer définitivement enterré à la fin des années 80 jusqu'à ce qu'il renaisse de ses cendres en 2010 avec Let Me In.
La Dame en Noir est le premier film ambitieux de la Hammer depuis sa renaissance et le plus fidèle à son esthétisme.
     Basé sur le thème classique de la maison hantée cher au studio, le film fout vraiment les miquettes avec ses portes qui s'ouvrent et se ferment toutes seules, ses apparitions aux fenêtres, ses berceuses vides qui basculent, ses messages ensanglantés... Tous les vieux trucs du genre sont utilisés avec inventivité pour nous faire bondir dans notre fauteuil.
Il faut dire que James Watkins sait créer une ambiance de pétoche de façon subtile. Au début du film, il installe une atmosphère angoissante pour ensuite nous terroriser quand le personnage de Daniel Radcliffe entre seul dans la maison.
Watkins use comme il faut des jump scare mais, surtout, il fait monter la peur crescendo sans jamais relâcher la pression comme dans cette longue séquence muette durant laquelle le héros se retrouve aux prises avec la fameuse Dame en Noir, au milieu des objets qui s'animent et des bougies qui s'éteignent seules.
la dame en noir, affiche, daniel radcliffe, james watkins, susan hill     La Dame en Noir, avec son esthétisme gothique et romantique, n'est pas pour autant dénué d'une certaine poésie et surtout de profondeur, le film étant avant tout une réflexion sur le deuil et l'absence. En ce sens, la fin du film va au bout de cette réflexion de façon très surprenante.
     Quant à Daniel Radcliffe, même s'il reste dans le domaine du fantastique, il dit définitivement au revoir à Harry Potter. Il donne de l'épaisseur à son personnage de veuf et crée l'émotion. Mélange de calme et de maturité, son regard étrange glace le sang.

     De facture ultra-classique _ tant par son scénario que sa mise en scène, La Dame en Noir n'a rien de révolutionnaire mais ravira les amateurs du genre (dont je fais partie, vous l'avez compris). Les autres risquent de s'ennuyer sec devant ce film d'horreur old school.
Booooo !!!!! ☠





La Dame en Noir (The Woman in Black) de James Watkins avec Daniel Radcliffe, Ciaran Hinds,Liz White, Janet McTeer, Alisa Khazanova, Tim McMullan, Daniel Cerqueira, Shaun Dooley, Mary Stockley, Cathy Sara, David Burke, Victor McGuire, Lucy May Barker...
Durée : 1 h 35
Sortie en salles : 14 mars 2012
Avertissement : Interdit aux moins de 12 ans

19 mars 2012

Court-Métrage : Fresh Guacamole de PES

Après Game Over, Western Spaghetti et The Deep, voici le tout nouveau court-métrage de PES en stop motion : Fresh Guacamole

fresh guacamole, pes, court metrage, video

     Pour ceux qui ne le connaitraient pas, Adam Pesapane dit PES est un réalisateur de courts-métrages et de publicités. Il utilise principalement la stop motion et détourne les objets du quotidien pour créer des films originaux au style immédiatement identifiable. Son talent est reconnu à travers le monde (il a déjà reçu de nombreux prix) et si je vous dis que Michel Gondry est fan du bonhomme, ça vous donne une idée de sa créativité.

     Dans Fresh Guacamole, PES nous prépare un délicieux guacamole à base d'ampoules, de dés ou de grenade. Le film est plein d'énergie et une fois de plus très inventif.
Bon film et bon appétit ! ☺

18 mars 2012

Les Infidèles de Jean Dujardin, Gilles Lelouch, Michel Hazanavicius, Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Eric Lartigau et Alexandre Courtès (2012)

Un mec trompe sa femme. Ses potes trompent leurs femmes aussi. Tous les mecs seraient-ils infidèles ?


les infideles, affiche, jean dujardin, gilles lelouche, critique,  avis
     Je n'aime pas les films à sketches ou à segments parce que c'est un genre assez casse-gueule : tous les films ne sont pas de la même qualité, ce qui fait que l'ensemble parait médiocre. Je n'avais donc aucune envie de voir Les Infidèles mais les articles enthousiastes rédigés par Fanny, luzycalor et filou49 m'ont fait changé d'avis.
Après la vision des Infidèles, je confirme ce que je pensais : je n'aime pas les films à sketches.
     L'ensemble est très léger même si certains segments sont un peu plus porteurs que d'autres.
J'ai trouvé le film long, je n'ai pas vraiment ri plutôt souri (ce qui est assez embêtant pour une comédie), certains sketches frôlent la caricature, le message véhiculé est horriblement consensuel, l'écriture est lourde et il y avait deux vieilles biques qui n'ont pas arrêté de se taper la discut' pendant toute la projection. Les piaillements intempestifs des deux mémés ont gâché le peu de plaisir que j'avais. Si c'était des ados, toute la salle les aurait fait taire vite fait bien fait mais comme il s'agissait de personnes âgées, personne n'a osé rien dire. C'est beau d'être vieux, on peut emmerder tout le monde. Je ferme cette parenthèse mavie.com, utile à la compréhension de mon état d'esprit, pour revenir au film proprement dit.
     Tout n'est pas à jeter dans ces Infidèles : les prestations de Jean Dujardin, Gilles Lelouche et Alexandra Lamy valent à elles seules le déplacement.
Les segments les plus plaisants sont les plus réalistes. Lolita qui met en scène Gilles Lelouche trompant sa femme avec une jeunette de 19 ans qui se fout de lui. Son personnage, misérable au possible, provoque la pitié. Tout comme celui de Dujardin dans Le Séminaire (réalisé par l'Oscarisé Hazanavicius) qui tente en vain de "conclure" pendant un séminaire et dont la bêtise est plus touchante qu'énervante.
Et enfin La Question réalisé par Emmanuelle Bercot, mettant en scène Jean Dujardin et Alexandra Lamy qui ont la mauvaise idée de se balancer des vérités qui ne sont pas bonnes à entendre. J'ai été émue par le jeu de Lamy et Dujardin même si la conclusion un peu concon m'a laissé perplexe : on nous "apprend" qu'une femme aussi peut être infidèle et peut coucher juste pour le cul et pas par amour. Ben, ça alors !
Les autres segments ne m'ont pas emballé même si je dois reconnaître que les prestations de Sandrine Kiberlain et Guillaume Canet sont exceptionnels.
     Malgré une bonne volonté évidente à aller loin, très loin, le film s'embourbe dans des explications psychologiques à deux balles : on est infidèle parce que c'est la misère sociale, parce qu'on s'encroûte dans son couple, parce qu'on veut faire comme son copain, parce qu'on est des homos refoulés parce que c'est génétique...
Mélange de romantisme exacerbé et d'obsession sexuelle, Les Infidèles est le portrait de mecs immatures qui veulent faire des choses cracras avec des inconnues mais qui, au fond, ne sont bien qu'auprès de leur légitime. Le message véhiculé par le film est très consensuel et rétrograde : les mecs infidèles sont des minables désespérés forcément mal aimés par leur vilaines maîtresses et rien, absolument rien _ même pas les fesses de son meilleur pote _ ne vaut la chaleur du foyer. Amen !



Les Infidèles de Jean Dujardin, Gilles Lelouch, Michel Hazanavicius, Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Eric Lartigau et Alexandre Courtès avec Jean Dujardin, Gilles Lelouche, Alexandra Lamy, Sandrine Kiberlain, Géraldine Nakache, Isabelle Nanty, Manu Payet, Guillaume Canet, Mathilda May
Durée : 1 h 49
Sortie en salles : 29 février 2012
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

16 mars 2012

Dark Shadows de Tim Burton : enfin une bande-annonce !

Hier, je publiais le sneak peek de la bande-annonce de Dark Shadows, le nouveau film de Tim Burton avec Johnny Depp en tête d'affiche. Et aujourd'hui, c'est une vraie bande-annonce que je vous propose !

dark shadows, affiche, poster, trailer, bande annonce, tim burton, johnny depp


     La production nous gâte puisque, en plus de la bande-annonce, elle publie également cette belle affiche issue de la bannière que je vous présentait hier.

     La bande-annonce est totalement loufoque. La musique utilisée pour la présentation n'est pas du meilleure goût (You're the first, the last, my everything de Barry White) ou disons qu'elle ne correspond pas vraiment au style gothique du film mais cela importe peu puisque Tim n'a probablement pas eu son mot à dire sur l'habillage sonore de la bande-annonce.

     Par contre, le reste est très enthousiasmant puisque le style est gothique, un peu morbide et surtout très drôle. On voit déjà quelques gags qui rappellent ceux des Visiteurs puisque le personnage principal, Barnabas (Johnny Depp), transformé en vampire et enterré mort-vivant par une sorcière en 1750, se réveille en 1972 dans la maison des Collins. C'est un choc pour celui qui découvre la télévision, le papier peint bariolé et le col pelle à tarte !
Cette première vidéo a un rythme frénétique et elle permet de découvrir un univers très attrayant (à mon goût du moins ☺)

En Version Française


En Version Originale Sous-Titrée


En 1752, Joshua et Naomi Collins quittent Liverpool, en Angleterre, pour prendre la mer avec leur jeune fils Barnabas, et commencer une nouvelle vie en Amérique. Mais même un océan ne parvient pas à les éloigner de la terrible malédiction qui s’est abattue leur famille. Vingt années passent et Barnabas a le monde à ses pieds, ou tout au moins la ville de Collinsport, dans le Maine. Riche et puissant, et c’est un séducteur invétéré… jusqu’à ce qu’il commette la grave erreur de briser le cœur d’Angelique Bouchard. C’est une sorcière, dans tous les sens du terme, qui lui jette un sort bien plus maléfique que la mort : celui d’être transformé en vampire et enterré vivant.
Deux siècles plus tard, Barnabas est libéré de sa tombe par inadvertance et débarque en 1972 dans un monde totalement transformé…

Dark Shadows de Tim Burton avec Johnny Depp, Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter, Eva Green, Jackie Earle Haley, Isabella Heathcote...
Sortie en salles : 9 Mai 2012

15 mars 2012

Dark Shadows : enfin une vidéo du nouveau film de Tim Burton + une jolie bannière !

La production de Dark Shadows vient enfin de mettre en ligne une vidéo du nouveau film de Tim Burton qui doit sortir en salles en Mai prochain ! Et pour doubler notre plaisir, elle vient également de publier une superbe bannière réunissant l'ensemble du casting !

dark shadow, photo, images, johnny depp, tim burton, video, trailer, bande annonce
Cliquez pour voir la photo en HD

     Il y a 15 jours, Tim Burton nous dévoilait les premières images de Frankenweenie, son nouveau film d'animation qui sort en salles en octobre alors que nous pensions découvrir en premier une bande-annonce de Dark Shadows qui doit sortir le 9 Mai 2012 ! Tim Burton ne fait décidément rien comme tout le monde ! ☺

     La production de Dark Shadows vient donc enfin de dévoiler un sneak peek de Dark Shadows. De quoi attiser encore plus notre curiosité puisqu'on ne voit que quelques images de Johnny Depp, l'interprète du vampire Barnabas Collins. Curiosité qui devrait être satisfaite dans quelques heures avec la mise en ligne d'une vraie bande-annonce ! #JaiHâte 

En 1752, Joshua et Naomi Collins quittent Liverpool, en Angleterre, pour prendre la mer avec leur jeune fils Barnabas, et commencer une nouvelle vie en Amérique. Mais même un océan ne parvient pas à les éloigner de la terrible malédiction qui s’est abattue leur famille. Vingt années passent et Barnabas a le monde à ses pieds, ou tout au moins la ville de Collinsport, dans le Maine. Riche et puissant, et c’est un séducteur invétéré… jusqu’à ce qu’il commette la grave erreur de briser le cœur d’Angelique Bouchard. C’est une sorcière, dans tous les sens du terme, qui lui jette un sort bien plus maléfique que la mort : celui d’être transformé en vampire et enterré vivant.
Deux siècles plus tard, Barnabas est libéré de sa tombe par inadvertance et débarque en 1972 dans un monde totalement transformé…



Dark Shadows de Tim Burton avec Johnny Depp, Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter, Eva Green, Jackie Earle Haley, Isabella Heathcote...
Sortie en salles : 9 Mai 2012

14 mars 2012

Bande-Annonce : Aloïs Nebel (sortie en salles le 14 mars)

Film d'animation + Tchèque dans la même phrase, vous pensez que ça n'est pas possible ? Pourtant, Aloïs Nebel est bien un film d'animation Tchèque !

Aloïs Nebel, affiche, bande annonce, trailer


     A cheval sur deux périodes, 1945 et 1989, Aloïs Nebel s'articule autour de deux évènements marquants de l'histoire tchèque récente : l'expulsion des Allemands des Sudètes (1945) et la Révolution de velours (1989).
     Depuis des siècles, les régions frontalières de la Tchécoslovaquie, appelées Les Sudètes, étaient peuplées par une minorité allemande. En 1945, après la défaite allemande, ces populations sudètes sont chassées : leurs biens sont confisqués, en échange de quoi, l’État tchèque renonce à réclamer des dommages de guerre à l'Allemagne. Environ trois millions de personnes ont ainsi été expulsées et spoliées. La région est encore tourmentée par ce traumatisme.
     A l'automne 1989, le régime communiste s'effrite en Tchécoslovaquie. A partir du 16 novembre, les manifestations pacifiques s'enchaînent et un mois suffit à renverser le régime. Alexandre Dubček est nommé président de l'assemblée fédérale le 28 décembre. Le lendemain, Vaclav Havel, célèbre dramaturge, sorti de prison quelques semaines plus tôt et qui avait pris la tête des manifestations, est nommé Président de la République Tchèque. Contrairement au Printemps de Prague, ce bouleversement s'effectuera en douceur, sans que le sang ne soit versé, d'où son surnom de “Révolution de velours”.

     Le personnage d'Aloïs Nebel a été inspiré à son auteur, l'écrivain Jaroslav Rudiš, par son grand-père qui était cheminot dans la région des sudètes et qui a vécu l'occupation nazie et l'expulsion des Allemands sudètes en 1945. Il en fait un héros taciturne, hanté par son passé, à l'esprit embrumé par des visions de drames liés aux expulsions.

     Au départ, Aloïs Nebel est le personnage d'une BD en 3 volumes, chacun portant le nom d'une station de train, dont la première publication date de 2003. En 2006, la trilogie ressort en un seul volume nommé Aloïs Nebel.
Pour son auteur Jaroslav Rudiš, la BD est un "moyen efficace pour aborder des thèmes historiques et douloureux".
Pour créer l'univers d'Aloïs Nebel, le dessinateur Jaromír 99 s'est inspiré des années 50, de l'esthétisme socialiste et des motifs des collages typiques de l'art folklorique encore très présent.

     Le film qui sort aujourd'hui est bâti sur les 3 volumes dont les histoires ont été condensées pour correspondre au format cinématographique. De plus, pour conserver l'esprit de la BD, le film a été réalisé en rotoscopie _ technique d'animation qui consiste à dessiner sur une image préalablement tournée. Ce qui signifie que le tournage se déroule comme un film en live avec de vrais acteurs et de vrais décors et que l'image est ensuite retravaillée afin que l'on croit à des dessins faits à la main. Cette technique (qui existe depuis 1915) permet de conserver la fluidité des mouvements et les expressions du visage des acteurs.

     La bande-annonce montre que l'atmosphère rendue par la rotoscopie et le noir et blanc tend vers l’expressionnisme et que le ton est pessimiste. Le tout a des allures de thriller qu'il me tarde de découvrir sur grand écran. Mais il faudra se montrer patient, très patient même, puisque d'après Allociné, Aloïs Nebel n'est distribué que dans 18 cinémas. Espérons juste qu'il entame rapidement une tournée en province.

1989 : Tandis que le régime tchèque vacille, Aloïs Nebel, chef d'une gare de province perdue dans la brume, vit seul, avec les fantômes de son passé.
L'irruption d'un étranger bouleverse sa vie.
Réfugié dans la gare centrale de Prague, il croise celle qui lui donnera l'amour dont il a besoin pour sortir du brouillard de ses souvenirs.




Aloïs Nebel de Tomáš LUŇÁK avec Miroslav KROBOT, Marie LUDVÍKOVÁ, Karel RODEN, Leoš NOHA, Aloïs ŠVEHLÍK, Ondřej MALÝ, Ján SEDAL...

Les reprises du mois de Mars : Le Christ Interdit, Le Port de la Drogue, La Mouette, Despair, Sandra, Train de nuit et Zelig !

Tous les mois, de nombreux films plus ou moins anciens ressortent en salles. L'occasion de (re)découvrir des pépites du cinéma sur grand écran en version restaurée.

     Malheureusement, ces ressorties ne bénéficient pas de publicité _ hormis sur le net. C'est vraiment dommage car il s'agit souvent de petits trésors restés longtemps cachés, que peu de spectateurs ont eu l'occasion de voir en salles. Parfois, il s'agit même de films totalement inédits en France !
     Je vous propose un petit tour d'horizon des réédition du mois de Mars en vous précisant que les vidéos que je poste ne sont pas toutes de bonne qualité, contrairement aux films que vous verrez en salles puisqu'ils ont tous été restaurés



     Depuis le 7 Mars, Tamara Distribution vous propose de découvrir Le Christ Interdit de Curzio Malaparte avec Raf Vallone, Rina Morelli, Alain Cuny... sorti en 1951.
C'est le seul et unique film de Curzio Malaparte qui a été censuré en Italie lors de sa sortie car les sujets abordés étaient trop sensibles pour l'époque : le nazisme avec un parallèle christique.


1950. Bruno, un prisonnier de guerre, revient chez lui en Toscane. Il apprend que son frère a été dénoncé comme résistant et fusillé par les Allemands. Afin de le venger, il cherche à connaître l'identité du traître. Mais tous, que ce soit sa mère, la jeune Maria qu'il aimait où les habitants du village, se refusent à parler...

Si vous le loupez en salles, sachez que le DVD sortira le 3 avril prochain.




     Depuis le 7 Mars, Actions Cinémas a réédité en salles un film de 1953, Le Port de la Drogue de Samuell Fuller avec Richard Widmark, Jean Peters, Thelma Ritter, Murvyn Vye, Richard Kiley, Willis Bouchey, Milburn Stone.

McCoy, un pickpocket, subtilise le portefeuille de Candy qui transportait un microfilm très important et était filée par le FBI. Par des chemins différents, Candy et le capitaine Tiger retrouvent McCoy, mais ce dernier, sentant la valeur des documents qu'il a en sa possession, est bien décidé à les vendre au plus offrant...




     Le 21 Mars, vous pourrez découvrir La Mouette de Youli Karassik avec Alla Demidova, Vladimir Chetverikov, Nikolai Plotnikov... sorti en 1972.

Fin du XIXème siècle en Russie. Konstantin, un jeune écrivain s'oppose à l'académisme de Trigorine, l'amant de sa mère, la célèbre actrice Arkadina. Konstantin aime Nina, une jeune fille sensible qui rêve d'évasion, mais celle-ci se laisse séduire par Trigorine.
D'après la pièce d'Anton Tchekhov, musique originale d'Alfred Schnittke.




     A Partir du 28 Mars, Carlotta Films vous proposera de découvrir un film sorti en salles en 1978 : Despair de Rainer Werner Fassbinder.

Le film compte en son casting Dick Bogarde, Andréa Ferréol, Volker Spengler, Bernhard Wicki, Gottfried John, Allexander Allerson.

Hermann Hermann est un propriétaire d'usine de chocolat, d'origine russe, dans l’Allemagne du début des années 1930. Partageant ses fantasmes et ses perversions avec sa femme Lydia, il mène une vie protégée, grand-bourgeoise mais unidimensionnelle. Alors que le pays s’apprête à connaître des bouleversements politiques, Hermann est hanté par des visions de son double. Pendant un voyage d'affaires, il rencontre le vagabond Felix et voit en lui son sosie qui lui inspire un plan risqué : Felix et Hermann vont échanger leurs rôles dans la vie. Bien que ce vagabond soit physiquement très différent d’Hermann, la figure de Felix devient progressivement une obsession…




     Également à partir du 28 Mars, Sandra de Luchino Visconti ressort en salles. Rien que le nom de Visconti donne l'eau à la bouche mais en plus j'ajoute ceux de Claudia Cardinale, Michael Craig, Jean Sorel...


De retour à Volterra, sa ville natale de Toscane, Sandra, une riche héritière, veut rendre hommage à son père, mort dans le camp de concentration d'Auschwitz. Son mari, un Américain, découvre que Sandra et son frère Gianni ont un secret.





     Le 28 mars, Unzerosfilms ressort Train de Nuit de Jerzy Kawalerowicz avec Leon Niemczyk, Lucyna Winnicka, Teresa Szmigielówna, Zbigniew Cybulski...


Les aventures d'un chirurgien, qui après avoir échoué lors d'une intervention, quitte Varsovie pour la mer Baltique. Afin d’être seul, il achète au contrôleur du train un compartiment entier. A la suite d'un quiproquo, il est dénoncé pour assassinat.




     Enfin, c'est Zelig de Woody Allen qui aura le privilège d'une réédition en salles le 28 Mars prochain grâce à Swashbuckler Films.

Film de et avec Woody Allen mais aussi Mia Farrow, Patrick Horgan, John Buckwalter, Marvin Chatinover...

Leonard Zelig relève, dans ces années trente, d'un cas peu ordinaire. Obèse, boxeur ou écrivain, il prend l'apparence de tous ceux qu'il côtoie. Eudora, en psychanalysant Léonard, découvre que celui-ci souffre d'un cruel besoin d'amour.


Les dates de sorties mentionnées sont nationales mais souvent les films sont d'abord exploités dans quelques salles parisiennes avant de partir en tournée en province. Rapprochez-vous de votre cinéma pour connaître la date de sortie chez vous et surtout, soyez patient parce que ça met souvent du temps ! ☺

Bonnes reprises à tous !

13 mars 2012

Adieu Michel Duchaussoy !

L'acteur Michel Duchaussoy est décédé dans la nuit du 12 au 13 mars d'un arrêt cardiaque à l'âge de 73 ans.

michel duchaussoy, deces, portrait

     Sociétaire de la Comédie-Française de 1967 à 1984, Michel Duchaussoy a travaillé avec des cinéastes prestigieux : Claude Chabrol (Que la bête meure, Nada, La Femme Infidèle), Bertrand Tavernier (La Vie et rien d'autre), Louis Malle (Milou en Mai), Costa-Gavras (Amen), Patrice Leconte (La veuve de St Pierre, Confidences trop intimes) ou encore Alain Corneau (Le Môme).
Récemment, on l'a vu dans le rôle du père de Mesrine au côté de Vincent Cassel  dans le diptyque de Jean-François Richet, dans celui du directeur d'école dans Le Petit Nicolas de Laurent Tirard ou dans le rôle d'un notaire dans L’Âge de Raison de Yann Samuell.

     Rendu célèbre au cinéma pour son rôle dans Jeu de Massacre de Alain Jessua en 1967, il était également connu pour sa voix particulière qu'il avait prêté à Vito Corleone, joué par Marlon Brandon dans Le Parrain de Coppola. Il y a quelques années, il avait également doublé Archibald dans Arthur et les Minimoys de Luc Besson.

     Également et avant tout acteur de théâtre, Michel Duchaussoy a joué jusqu'à 6 pièces par an (Feydeau, Molière, Shakespeare, Corneille, Musset, Labiche, Hugo...). Il a lui-même mis en scène deux pièces : La commère de Marivaux et Il ne faut jurer de rien de Musset. Et il a très souvent participé à l'émission télévisée Au théâtre ce soir.

     Cet acteur populaire a beaucoup tourné pour la télévision : Les Misérables de Josée Dayan, L’Allée du Roi de Nina Companeez, L'Héritière de Bernard Rapp ou encore Braquo d'Olivier Marchal et Frédéric Schoendoerffer.

     On le retrouvera une dernière fois à l'écran cette année dans le rôle de Abraracourcix pour Astérix et Obélix : God Save Britannia et dans celui de François Mitterrand dans le téléfilm L'Affaire Gordji réalisé par Guillaume Nicloux.

     C'est une triste nouvelle pour moi car Michel Duchaussoy fait partie de ces acteurs dont je suis la carrière depuis ma plus tendre enfance. Acteur que j'ai d'abord rencontré à la télévision dans les sagas estivales Les Cœurs Brûlés et Les Yeux d'Hélène avant de le (re)découvrir dans les films de Chabrol, La Femme Infidèle et surtout Que la bête meure dans lequel il donne la réplique au regretté Jean Yanne.
J'ai apprécié toutes nos retrouvailles cinématographiques et même télévisuelles, moi qui ai regardé des téléfilms que je n'aurais jamais regardé s'il n'avait pas joué dedans.


12 mars 2012

Ed Wood de Tim Burton (1993)

En 1952, le jeune Ed Wood tente de percer dans l'industrie du cinéma. Sa rencontre avec le producteur Georgie Weiss lui permet de réaliser Glen or Glenda?, un film sur le travestissement avec Bela Lugosi en tête d'affiche. Mais le film est un échec...


ed wood, tim burton, johnny depp, critique
     Après les tournages de Batman le Défi et de L’Étrange Noël de Monsieur Jack qu'il ne réalise pas mais dont il suit de très près le processus créatif, Tim Burton est fatigué et en manque d'inspiration. On lui propose des projets qu'il refuse dont Mary Reilly.
     Ce n'est qu'en 1993 qu'il retrouve le désir de tourner un film sur un cinéaste particulier qui lui est cher : Edward D. Wood Jr.
Edward D. Wood Jr est mort en 1978 à 54 ans oublié de tous. C'est un personnage atypique du cinéma US : cinéaste de genre et travesti, il traînait à Hollywood et entretenait une relation avec Bela Lugosi, relation qui n'est pas sans rappeler celle qu'entretenait Tim Burton avec Vincent Price, son idole. Ed Wood est mort d'une crise cardiaque, dans un petit immeuble, sans la moindre nécrologie. Mais en 1992, paraît une biographie : Nightmare of Ecstasy. The life of Edward D. Wood Jr par Rudolph Grey, ainsi qu'un documentaire réalisé par Jonathan Ross. Au même moment Ed Wood se retrouve flanqué d'une formidable réputation par les movies fans US qui adorent tout ce qui est kitsch et qui élisent Ed Wood "plus mauvais réalisateur de tous les temps" (ce qui est un compliement dans leur bouche ☺). De son côté, Tim Burton a toujours été fan du chef d’œuvre de Ed, Plan 9 from Outer Space.
J'ai grandi avec Plan 9 et je l'aime profondément, d'abord parce qu'il a été tourné entre l'aéroport et le cimetière de Burbank, mes lieux favoris quand j'étais enfant, ensuite car c'est le genre de film qui reste en soi quand on le voit très jeune. C'est ce que j'ai toujours aimé dans les films de Wood, leur qualité intemporelle et indéfinissable, entre génie et ringard, très désarticulé : tous ces gens vivent avec passion dans leur monde. Ce sont de véritables fantômes avec une sorte d'humour tragique.
Tim Burton, Le Cinéphage _ 1995
     Au début, le cinéaste voulait laisser la réalisation du film à un autre car il se sentait exténué par le tournage de Batman Le Défi mais, après des recherches sur ce personnage déconcertant, il décide de réaliser lui-même le film.
Le cinéaste sait que le succès du film va beaucoup dépendre du casting, il s'entoure alors d'une équipe d'acteurs étonnante pour incarner la troupe bizarroïde qui gravitait autour de Wood.
D'abord Johnny Depp, formidablement habité par son personnage et totalement dévoué (la scène de la danse du voile est pour moi un pur moment d'anthologie ☺). On trouve aussi Bill Murray superbe dans le rôle du travesti Bunny Breckinridge, Lisa Marie dans celui de Vampira présentatrice TV aussi étrange que séduisante, George "Animal" Steele dans le rôle de Tor Johnson, Sarah Jessica Parker dans celui de Dolores Fuller la première compagne de Ed et Patricia Arquette dans le rôle de Kathy, l'amoureuse midinette et épouse de Ed Wood.
Mais la meilleure idée reste Martin Landau, interprète de Bela Lugosi, qui trouve ici un rôle à sa mesure : Bela est un personnage vénéneux, enfantin, drogué et très émouvant.
Burton réunit donc autour de lui un casting impressionnant mais hétéroclite puisque certains n'ont jamais fait de films de leur vie.
ed wood, photos, collage, wallpaper, tim burton, johnny depp, critique
     Le projet est sur les rails mais Columbia se retire de la production un mois avant le début du tournage car le studio trouve les idées de Burton beaucoup trop bizarres. Le cinéaste fait alors jouer ses relations et c'est... Disney qui hérite du projet !
     Tim Burton décide de ne pas se moquer de Ed Wood et de ses films "bricolés". Le film est, au contraire, très positif et nous montre un Ed Wood optimiste à l'extrême. Chaque plan de ce film est un témoignage de l'affection que porte Tim à Ed.
Wood n'est pas dépeint comme un ringard mais comme un jeune cinéaste qui croit à ce qu'il fait et qui filme pour le plaisir de filmer. Ses films sont plus touchants que vraiment mauvais (j'ai vu Plan 9 from Outer Space qui est drôle par son approximation mais pas pire que la majorité des films SF de l'époque...). C'est un artiste marginal, paria de Hollywood donc un héros très burtonnien.
Son goût pour le travestissement en fait également un être à part entière et Burton tient à ne pas cacher ce penchant au public. Il filme donc Johnny Depp en perruque blonde et pull en angora soyeux, avec bonté et respect. L'émotion qui se dégage de ces scène est réelle, on est loin du gag ou de la pantalonnade.
     L'histoire de Ed Wood est l'histoire d'un échec, un éprouvant ratage perpétuel, une succession de tournages pitoyables. Ed Wood n'est pas une success story, c'est son parfait contraire : les décors sont nuls, les accessoires ne fonctionnent pas, les acteurs sont grimés en bêtes velues et ils sont tous mauvais. Tim Burton ne cache rien de ces fiascos et c'est peut-être bien pour ça que le film est si émouvant.
On sent que Burton aime vraiment Ed Wood car il le "rachète" alors qu'il aurait pu s'en moquer, le traiter avec mépris et en faire le bouffon d'une farce grotesque. Tim offre même à Ed une rencontre imaginaire avec Orson Welles, une rencontre qui ressemble à un triomphe puisque Orson parle à Ed comme à un égal alors que le reste de la "grande famille du cinéma" le méprise.
Il donne aussi à Ed une première triomphale à Plan 9 from Outer Space alors que cela n'a jamais existé non plus.
     Tim Burton réalise ici un film magnifique sur un cinéaste ensorcelé par le cinéma. Une déclaration d'amour à Ed D. Wood Jr à qui il offre la plus belle des revanches.

Présentation dans le cadre de la compétition officielle du Festival de Cannes du film Ed Wood de Tim Burton



Ed Wood de Tim Burton avec Johnny Depp, Martin Landau, Bill Muray, Lisa Marie, George "Animal" Steele, Vicent D'Onofrio, Sarah Jessica Parker, Patricia Arquette...
Durée : 2 h 06

Première publication : 17 janvier 2010