Dans ce second volet, Batman, à nouveau interprété par Michael Keaton, est encore plus mélancolique et schizophrène. Tiraillé entre sa vie d'homme et celle de justicier, il s'enferme dans une solitude misanthropique à peine troublée par Selania Kyle/Catwoman. Il ne sort de sa caverne que pour se battre en duel contre Pinguin, l'enfant monstre ; Max Schreck, le businessman éperdu de pouvoir et Catwoman, féline morte-vivante à l'esprit aussi rapiécé que son costume de skaï. Aussi, même si Burton a prétendu dans la presse vouloir donner à chaque personnage la même importance, il faut reconnaître que Bruce Wayne/Batman est relégué au second plan. C'est un parti pris assez culotté que de mettre de côté le personnage qui donne le titre au film ! Bizarrement, cela n'interfère en rien dans sa qualité car les autres personnages sont tellement fascinants et torturés que l'on s'apperçoit à peine de l'absence du Dark Knight.
Catwoman (la magistrale Michelle Pfeiffer) est le personnage qui a le plus fait parler de lui lors de la sortie du film, certains s'offensant de voir un personnage sado-masochiste dans un film grand public. C'est sûrement le personnage féminin le plus tourmenté de l'univers burtonien. La transformation de Selina en Catwoman marque un virage dans le film : personnage falot et dépressif, elle devient extravertie dès qu'elle enfile le costume de son double. Elle naît dans la douleur, après une descente aux enfers et porte en elle une rage destructrice. Elle exprime sa colère grâce au sexe : elle n'est que sexualité animale, un fantasme sur patte. Même sa mort et sa renaissance sont hypersexualisées : morte dans la neige, une bande de chat profane son cadavre, miaule en la reniflant, l'un d'eux sondant sa bouche avec sa patte tandis qu'un autre lui mord le doigt et suce son sang. Rentrée chez elle, elle s'emploie à créer son costume de dominatrice et chaque personnage à droit à son coup de fouet _ même les victimes d'agression.
Les allusions sexuelles sont très nombreuses dans le film, Pinguin (Danny DeVito) étant également un personnage à la sexualité débridée. Quand il n'imagine pas des plans tortueux pour tuer tous les petits garçons de Gotham, il s'emploie à conquérir sauvagement toutes les femmes qu'il croise. La rencontre entre Pinguin et Catwoman est un morceau d'anthologie : elle gobe d'un coup l'oiseau de Pinguin tandis que celui-ci menace de trancher la gorge à la chatte noire qui accompagne Catwoman avec un couteau tout ce qu'il y a de plus pénien. L'une se fait castratrice tandis que l'autre déploie une violente énergie sexuelle.
La violence est ce qui définit Pinguin, cet être abominable au physique monstrueux, tellement monstrueux que ses parents se débarrassèrent de lui dans les égouts alors qu'il n'était qu'un nourrisson. Le film s'ouvre d'ailleurs sur sa naissance comme pour en donner le ton : tragique, monstrueux, chaotique. La genèse de ce monstre nous empêche de le trouver détestable, il nous fait plus pitié qu'autre chose. Pas comme Max Shreck (terrifiant Christopher Walken), le vil homme d'affaire qui élimine ses rivaux comme il écrase des mouches. Machiavélique, il se pare du masque de la vertu, distribuant cadeaux et friandises, mais il cache en lui un vampirique désir de sang.
Tous ces personnages sont des dégénérés en proie à des pulsions morbides. Des morts-vivants qui s'agitent dans les rues de Gotham à la recherche de cette partie d'eux-mêmes à jamais décomposée.
Le retour de Batman est sombre et sans illusion. Les habitants de Gotham ne valent guère mieux que ces quatre animaux déchus qui s'affrontent jusqu'à la mort car ils sont corrompus, manipulables et lâches. Ils attendent un héros qui viendra les sauver et ne méritent rien d'autre que Pinguin et Max Schreck à la tête de la ville. Ils sont aussi détestables et condamnables que les habitants de la ville colorée de Edward aux mains d'argent.
La vision de Tim Burton de la société et des individus qui la composent est désespérante et désespérée. La fin du film n'est pas un happy end : la mort fait son œuvre, laissant le Dark Knight plus seul que jamais dans l'obscurité.
La noirceur n'est pas que le fait des personnages: les décors et la musique sont entourés de ténèbres. La ville de Gotham est un décor expressionniste qui fait penser à la ville de Metropolis de Fritz Lang. Ville gigantesque, Gotham baigne dans le brouillard et ne semble être qu'un écrin de solitude et de détresse. L'atmosphère y est glacial et morbide : c'est un vrai tombeau.
Cette atmosphère est souligné par la musique dramatique et lyrique de Danny Elfman, le thème principal du premier Batman est repris mais il est plus sombre, épique et puissant.
En définitive, Batman le Défi est un film bien plus sombre et morbide que le premier opus. On sent ici que Tim Burton a bénéficié de plus de liberté et a pu ainsi s'approprier pleinement le mythe Batman pour imposer sa touche personnelle. Véritable hommage aux films expressionnistes allemands, ce Batman se situe en permanence à la limite de l'abstraction. Une chimère au pays des blockbusters bien charpentés.
Pour de nombreux amateurs¹, Batman le Défi est bien meilleur que le premier et est devenu au fil du temps un film culte. Pourtant, à sa sortie, les spectateurs le jugent trop sombre, trop violent pour un film grand public. Le film est un échec commercial et marque le début d'une période de dépression pour Tim Burton. Mais ça, c'est une autre histoire...
1 : Tout le monde ne partage pas cet avis, c'est peut-être votre cas d'ailleurs. Lisez donc l'article du Chat Masqué pour vous en faire une idée.














Très bon Potz (refrain connu maintenant !…)
RépondreSupprimerJe préfère nettement celui-là au premier… ne serait-ce que pour Catwoman / Michelle Pfeiffer :D
Mais c'est vrai qu'en tant que fan du Bat, je lui reprocherais quand même d'être plus un film de Tim Burton qu'un nouvel opus de Batman. Ceci dit, l'univers même de la BD Batman est très sombre, et nombreux sont les divers auteurs qui ont laissé leur empreinte dans l'univers du Caped Crusader… Donc, l'équilibre et l'honneur sont saufs :-)
Un très bon souvenir qui fête ses 20 ans cette année (diantre !!)
Merci Alain ! ☺
RépondreSupprimer20 ans oui, ça ne rajeunit pas ^^ Et 20 ans plus tard, un nouveau "Batman" doit sortir... une source inépuisable ce Bruce :)
Je comprends ton penchant pour Michelle :) Sa performance n'a d'égale que sa beauté dans ce film, elle est époustouflante. Quand tu vois Halle Berry à côté, pfff !!! Ca va être difficile pour Anne Hataway d’égaliser Michelle...
Bonne soirée Alain !
PS : A quand un fanart sur Batman ? Je sais, tu finis d'abord celui que tu es entrain de faire ;)
Héhé, merci pour le lien ma chère (je m'en vais de ce pas en faire autant sur mon ancien article !). Pour moi comme tu le sais, une déception de l'avoir revu malheureusement :( Comme si mes souvenirs d'enfant m'avaient trahie car en le revoyant, j'ai trouvé beaucoup de choses "toc", des longueurs dans le scénar, un côté nineties un peu lourd pour un "Batman" devenu le joujou de Tim Burton qui fait du Burton.Un côté carton-pâte-perruque-et-maquillage-à-gogo qui m'a même choquée ! snif snif.
RépondreSupprimerDe rien Le Chat, ça me fait plaisir :) Merci à toi pour le lien.
RépondreSupprimerJe te fais un câlin virtuel pour te remonter le moral ^^ Bisous miss ♥
Tiens je vais aller voir cette critique du Chat… :-)
RépondreSupprimerC'est une très bonne idée Alain ! ;)
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