28 juin 2012

Le Film d'Animation du mois : Renaissance - Paris 2054 de Christian Volkman (2006)

     Renaissance - Paris 2054 est un film d'animation français complexe, ambitieux, soigné qui pose des questions éthiques et philosophiques. Qui a dit que les films d'animation n'étaient que pour les enfants ?


Paris 2054. Ilona Tasuiev, une brillante et jeune scientifique est enlevée. Avalon, l'entreprise qui l'emploie, fait pression sur Karas, un flic controversé, spécialisé dans les affaires d’enlèvements, pour retrouver au plus vite la disparue. La retrouver devient vital : la jeune femme est l'enjeu d'une guerre obscure qui la dépasse. Elle est la clé d'un protocole mettant en cause le futur du genre humain. Le protocole Renaissance...


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      Renaissance - Paris 2054 est un film hybride qui mélange le polar et la science-fiction, soit deux genres très différents dont l'assemblage peut vite devenir délicat. Christian Volkman réussit cette union, respectant les codes et rendant hommage aux classiques tout en faisant preuve de créativité et d'audace.
     Visuellement, Renaissance est d'une vraie beauté subjuguante : un noir et blanc raffiné, des décors stylisés composant un Paris tout de verre et d'acier, des affiches publicitaires animées, des voitures de police boostées... Et des personnages humains au graphisme simplifié mais non dépouillés de leur essence : les regards sont intenses et les mouvements d'une grande fluidité (merci la mocap !). Le plus grand plaisir que procure le film est visuel mais les premières minutes sont déroutantes, choquantes même, puisque le film est en noir et blanc, sans nuance de gris, avec des personnages en 3D avec un rendu graphique 2D. Passé le choc initial, on se laisse envoûté par l'esthétisme unique de Renaissance. C'est d'autant plus facile que la technologie se fait vite oublier au profit de l'histoire car le film est doté d'un scénario solide, brillant et passionnant.
    L'intrigue développe des idée qui s'appuient sur les préoccupations actuelles : le vieillissement, le recul de l'âge de la mort, le clonage, la place de l'Homme dans le monde, les conséquences éthiques des progrès scientifiques, l'obsession sécuritaire... Bien sûr, ces thèmes ont maintes fois été abordés dans les films de science-fiction mais l'originalité ici est qu'ils s'inscrivent dans un film policier dont l'enquête n'est en aucun cas un prétexte mais un élément essentiel aussi bien pour l'histoire que pour notre réflexion personnelle.
      En effet, la question centrale du film tourne autour de l'immortalité, fantasme que nous partageons tous, nous qui sommes voués à une mort certaine une fois la date de péremption dépassée. Serait-ce une bonne chose d'en finir avec la mort ? Au débotté, la réponse est oui. La mort est une saloperie, la pire chose qui puisse nous arriver car on ne peut pas l'éviter, on ne sait pas quand elle va frapper et, cerise sur le gâteau, on ne sait pas ce qu'il y a "après" (un paradis, un néant glacial dont nous aurons conscience, rien ?). Mais quand on y réfléchit, et Renaissance nous oblige à cette réflexion, que serait la vie sans la mort ? Quel sens y donnerions-nous si elle ne prenait jamais fin ? Imaginez un peu une journée qui ne s’achèverait jamais, un soleil perpétuel, une activité Renaissance - Paris 2054, christian volkman, animation, critique, avis, analyse, i love cinema, potzinaininterrompue... Point de nuit et de sommeil réparateur qui puissent mettre un terme à une longue journée. Ce serait épuisant et stérile. Si nous ne mourrions pas, notre motivation à accomplir nos projets serait fortement amoindrie. Nous vivrions dans un éternel présent, jouissant avec parcimonie de l'existence, rêvassant à l'avenir sans aucun but. Notre condition de mortel nous pousse, arrivé à un certain âge, à nous remuer les fesses pour accomplir nos désirs même s'il nous faut faire des efforts. Le mot "procrastination" prend tout son sens, les premiers cheveux blancs sont un signal : nous n'avons plus de temps à perdre ! Vivons ! Vivons pour vivre, pour avoir le moins de regret possible quand la mort viendra nous dévorer. Agissons pour donner un sens à notre vie même si la vie n'en a pas. Et puis, sans la mort on risquerait de trouver le temps long surtout si notre existence ne ressemble pas à un conte de fées. Alors oui, la mort est répugnante mais sans elle, notre vie n'aurait aucun sens. L'immortalité n'est donc pas pour nous car elle est inhumaine.
     Ainsi Renaissance pousse à une réflexion philosophique mais l'on peut tout aussi bien se contenter de le regarder comme un polar futuriste au décorum grandiose. On suit les fausses pistes, on se laisse avoir par les rebondissements et par la fin très noire. Enfin on s'amuse à repérer les références (Blade Runner, Metropolis, Sin City, Tron, Ghost in the shell...) remarquablement digérées par Christian Volkman.

     Renaissance - Paris 2054, vrai film de genre, film d'animation pour adultes et film ambitieux, est un très bon polar futuriste dont on ressort abasourdi, ému et frissonnant. Une réussite.





4 commentaire(s):

  1. Très belle analyse et critique Potz !! Bravo ! J'aime beaucoup ta façon de nous faire partager tes coups de cœur, de façon intelligente et sensible…

    J'avais beaucoup le film à sa sortie. Juste déçu que le public n'ait pas suivi… Trop ambitieux je pense. Les gens ont été déstabilisé probablement : quand on leur parle d'animation, ils pensent Pixar ou Dreamworks. Rien de péjoratif mais pas du tout le même esprit ni le même style…

    RENAISSANCE fait penser à bien des égards à un BLADE RUNNER animé, de par sa beauté plastique et des questions qu'il soulève sur nos exitences. Tu m'as donné envie de le revoir :)

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  2. Petite rectif perso : "J'avais beaucoup aimé le film…" :-)

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  3. Merci Alain ! Merci parce que je t'ai donné envie de le revoir. C'est le plus beau compliment qu'on puisse me faire :)

    Ce qui m'avait fait tiquer c'est le nombre de critiques froides dans la presse écrite, les journalistes parlant de sa beauté esthétique mais d'un scénario creux. Il est tout sauf creux ce scénario ! Je me souviens m'être demandée si on avait vu le même film.
    Après, les spectateurs, c'est autre chose. C'est sûr que l'absence de couleur et la gravité du sujet peuvent rebuter, ce n'est pas un film fun ^^ Je crois aussi que ça vient du fait que les gens associent animation avec enfants et donc à une certaine forme de légèreté et naïveté. Ce qui est idiot parce qu'il y a de nombreux films d'anim' dit pour enfants qui sont effrayants. Regarde Blanche-Neige avec la Reine maboule qui veut lui arracher le cœur, l'empoisonne et meurt dans des circonstances atroces. C'est un film d'horreur ;) Dans Bamby et Le Roi Lion, on tue les parents ce qui est la chose la plus effrayante pour un enfant... Les exemples sont nombreux et pourtant beaucoup d'adultes restent figés sur l'idée que l'animation doit être colorée, légère et drôle. Tant pis pour eux :*)

    Bonne soirée Alain !

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  4. Oui, je suis tout à fait d'accord ! On confond encore, par chez nous, "animation" et "dessin animé" à la Tom et Jerry ou Scoubidou (que j'aime bien tous les deux ceci dit !!) et ça n'est toujours pas si simple à faire rentrer dans la tête des gens :)

    C'est vrai que pas mal de Disney classiques ne sont pas totalement adaptés pour des tous petits. Entièrement d'accord avec ton exemple de la Reine de Blanche Neige. Ça m'avait filé la trouille quand je l'ai vu tout gosse, tout comme la baleine à la fin de Pinocchio ! Et que dire de Alice au pays des Merveilles, souvent inquiétant pour des petits…

    Je ne me souviens plus bien des critiques de l'époque pour la sortie de RENAISSANCE mais c'est vrai que l'emballement n'était pas de mise :) Sauf peut-être pour quelques irréductibles comme L'écran fantastique… Bien dommage c'est vrai. Probablement le côté élitiste de certains magazines ou le fait qu'en France le cinéma est trop souvent encore "pris de haut" et qu'un "cartoon" ne peut être considéré comme une réussite visuelle et inetllectuelle :)

    Bien d'accord aussi sur le fait que le scénario n'a rien de creux. On découvre progressivement le fin mot de l'histoire et c'est un véritable miroir de notre époque, de notre course à la perfection physique et aux "bidouillages" biologiques que nous renvoie cette histoire…

    Bonne soirée !

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