1 juin 2012

Alice aux Pays des Merveilles de Tim Burton (2010)


Alice, désormais âgée de 19 ans, retourne dans le monde fantastique qu'elle a découvert quand elle était enfant. Elle y retrouve ses amis le Lapin Blanc, Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, le Loir, la Chenille, le Chat du Cheshire et, bien entendu, le Chapelier Fou. Alice s'embarque alors dans une aventure extraordinaire où elle accomplira son destin : mettre fin au règne de terreur de la Reine Rouge.


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     Je me souviens de ma première lecture de Alice aux Pays des Merveilles de Lewis Carroll : j'ai été aussi effrayée que fascinée par cette histoire de dingues où les lapins parlent et sont continuellement en retard, où une horrible Reine veut couper la tête à tout le monde et où des boissons font grandir ou rétrécir l'héroïne à l'infini. C'était la première fois que j'étais confrontée à un monde surréaliste où la folie n'est rien d'autre qu'un symptôme de normalité.
L'adaptation de Disney m'avait plu sans totalement me convaincre, déjà à l'époque les adaptations de romans me laissaient sur ma faim. Pourtant, quelques de nombreuses années plus tard, lorsque j'ai appris que Tim Burton s'était emparé de cette histoire, je me suis sentie très emballée. Il y a dans l'univers d'Alice tellement d'éléments que l'on retrouve chez Burton que voir le cinéaste adapter ce récit semblait tout naturel et très excitant.
La déception fut grande ! Pendant longtemps, j'ai considéré que La Planète des Singes était le pire film de Burton jusqu'à ce que je voie cette Alice numérique.
     L'histoire en elle-même est très sympa puisque l'on suit l'aventure d'Alice à l'adolescence, orpheline de père, contrainte d'épouser un jeune homme repoussant et n'ayant aucun souvenir de son aventure aux Pays des Merveilles. Alice est alors désorientée, persuadée d'être dans un rêve et refuse sa destinée. Elle se rebelle jusqu'à ce qu'elle prenne conscience de son importance et retourne dans son monde grandie et prête à s'assumer complétement. Le Alice aux Pays des Merveilles de Burton n'est rien d'autre qu'une allégorie du passage à l'âge adulte. Le cinéaste a donc pris de grandes libertés avec le roman de Lewis Caroll, ce qui n'est pas gênant en soi. Ce qui cloche c'est le manque de magie, l'interprétation inégale et les effets spéciaux médiocres.
     Tim Burton fournit ici le minimum syndical question fantaisie, magie et poésie. Le rythme du film est échevelée, les péripéties s'enchaînent tellement vite qu'on n'a ni le temps de souffler ni le temps de s'attacher aux personnages. On a à peine l'occasion de ressentir un peu de sympathie pour le Chapelier (Johnny Depp) que les personnages se remettent à courir et à s'agiter dans tous les sens. C'est d'autant plus dommage que le prologue était prometteur tout comme l'arrivée de Alice dans le terrier quand elle grandit et rapetisse.
     Ce rythme fou empêche les personnages de vivre et surtout, ne laisse aucune place aux dialogues tellement fascinants dans l'œuvre de Caroll. Quid des devinettes, des plaisanteries, des jeux de mots ou encore des conversations folles qui tournent en boucle ? C'était essentiellement dans les dialogues innovants et dans le langage curieux que se logeait la magie du livre de Caroll, Tim Burton l'a oublié en les bannissant de son film. Il ne donne qu'au Chapelier une scène "lewisienne", le reste étant d'une déplorable banalité. Son film est logique alors qu'il devrait baigner dans l'absurde.
     De même, l'univers de Caroll est envahi par des créatures étonnantes que Burton n'a pas su recréer malgré le déluge de moyen technique. Seule la Reine Rouge (Helena Bonham Carter) est assez bizarre physiquement pour éveiller un quelconque intérêt. Le lapin n'est qu'un lapin, la souris une souris et le Chapelier un homme avec une perruque rousse sur la tête. A ce propos, Johnny Depp redouble d'effort pour faire exister son personnage mais il ne suffit pas de prendre l'accent écossais dans les moments de délire du Chapelier pour faire partager la douleur mentale du personnage.

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     Alice aux Pays des Merveilles se résume à un film d'aventure et d'action, l’héroïne se transformant en superhéroïne au fil du temps. A la fin de l'histoire, avec son armure, elle a des airs sur Jeanne D'Arc s'en allant bouter les ennemis hors du territoire ! En guise d'ennemis, c'est un monstre visqueux en numérique. Disney a sorti l'artillerie lourde et offert à Burton un budget trop confortable qui se voit à l'écran : les décors, les costumes, les personnages sont rutilants. Tout est en numérique, même l'armure du Valet Stayne ! Quand on regarde le making of, tout est vert fluo et ça pique aux yeux. Le pire c'est que certains effets sont ratés comme lorsque le Chapelier se rappelle la prise de pouvoir par la Reine Rouge et l'incendie qui a ravagé le Pays. Les flammes qui entourent le Chapelier semblent avoir été faite avec Gimp par un gamin de 10 ans. Difficile de s'immerger dans une histoire alors que tout ce que l'on voit est en toc et que la magie n'opère pas.
     D'autant plus que les comédiens ne font rien pour qu'on y croit. Comme je l'ai déjà mentionné, Johnny Depp se démène pas mal, ne cabotine pas trop mais la sauce ne prend pas parce qu'il est brimé par son réalisateur (non, je ne lui cherche pas de circonstances atténuantes... Bon, peut-être un peu ! ☺). Helena Bonham Carter joue la Reine comme s'il s'agissait de Bellatrix Lestrange version grosse tête, ce qui n'est pas si mal à côté du cabotinage de Anne Hathaway qui devrait avoir honte d'elle. En même temps, Burton l'a laissé faire, ce qui est encore plus honteux.
Mia Wasikowska est froide, fermée, inexpressive et ne rend pas du tout Alice attachante. Il faut cependant lui reconnaitre une qualité : elle court très bien. Celui qui s'en tire le mieux, c'est Crispin Glover qui joue Stayne, un personnage sombre, arrogant et fourbe. Je ne sais toujours pas s'il est bon dans ce rôle ou seulement moins pire que les autres...

     Alice aux Pays des Merveilles n'est qu'un blockbuster sans âme qui transpire le fric. Si on ne savait pas qu'il est de Tim Burton, on pourrait croire qu'il est de Michael Bay. Ceux qui n'ont pas lu le livre, qui ne sont pas sensibles à l'univers burtonien et qui ne supportent pas que la caméra reste fixe plus de 30 secondes y trouveront leur compte. Les autres auront envie de fuir devant cette pièce-montée vulgaire et indigeste.






4 commentaire(s):

  1. WOW ! C'est une exécution en bonne et due forme que tu nous livres là, avec toutes les minutes du procès... Superbe critique, très fouillée !
    Je n'ai pas vu le film, mais, certainement comme toi, j'en attendais beaucoup car j'adore Tim Burton : je crois que tu m'as convaincue de ne pas perdre mon temps...
    Je vais te faire rire, mais pendant très longtemps, j'ai été incapable de lire le livre de Lewis Carroll : je n'arrivais pas à suivre, trop absurde (il faut vraiment se lâcher pour apprécier !). Au 3ème essai, ça a été une révélation, j'ai adoré et après l'avoir lu en français, je l'ai relu en anglais pour être encore plus près du texte.

    Bon, ben, on passe sur la version Tim Burton, alors !

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  2. Bavro ! Bel article, sans langue de bois… Je ne l'ai pas vu, je n'en n'avais pas envie… et toujours pas aujourd'hui :) Mais, et on en a déjà parlé, cela pose le problème avec Burton, ces dernières années : le trop est l'ennemi du bien. Faut-il penser que Tim Burton est mal à l'aise quand il a trop de moyens, trop d'attentes de la part d'un studio… et qu'il nous sert du Burton réchauffé ?

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  3. Tu sais que j'adore Tim Burton mais là il ne m'a pas donné envie d'aller le voir. Une superbe critique. Bravo. Bises ma belle <3

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  4. @SKTV : Merci beaucoup :) Quitte à dire qu'on n'aime pas autant y aller à fond !
    Je comprends que tu n'aies pas accroché tout de suite au roman, il n'est pas évident à aborder. Je n'ai jamais pensé à le lire en anglais, il faudra que j'y pense... avec un dico à ma portée ! ;)

    @Alain : Coucou toi ! C'est gentil de me laisser un comm' ici :)
    Je crois que tu as raison, il subit peut-être trop de pressions du studio qui veut voir son fric à l'écran. Le numérique ne lui réussit pas, il suffit de voir la dernière demi-heure de Dark Shadows pour en être convaincu. ^^

    @DameSkarlette : Merci miss ! Tu n'as rien raté, connaissant (un peu) tes goûts, je suis persuadée que tu n'aurais pas aimé.
    Bisous ♥

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