29 mai 2012

Le Film d'animation du mois : Les Noces Funèbres de Tim Burton et Mike Johnson (2005)



Au XIXe siècle, dans un petit village d'Europe de l'est, Victor, un jeune homme, découvre le monde de l'au-delà après avoir épousé, sans le vouloir, le cadavre d'une mystérieuse mariée. Pendant son voyage, sa promise, Victoria l'attend désespérément dans le monde des vivants. Bien que la vie au Royaume des Morts s'avère beaucoup plus colorée et joyeuse que sa véritable existence, Victor apprend que rien au monde, pas même la mort, ne pourra briser son amour pour sa femme.


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     En 2005, Tim Burton s'attèle à l'adaptation de Charlie et la chocolaterie, le roman de Roald Dahl. En parallèle, il décide de réaliser un film en stop motion : Les Noces Funèbres. 
Pour mener à bien son projet, il s'entoure de collaborateurs qu'il connait depuis longtemps : Mike Johnson, l'assistant de Henry Selick sur L’Étrange Noël de Monsieur Jack et James et la pêche géante, dirige l'animation ; Danny Elfmann compose la musique ; Caroline Thompson écrit le scénario après ceux de Edward aux mains d'argent et L’Étrange Noël de Monsieur Jack ; Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Christopher Lee, Deep Roy, Albert Finney et Michael Gough prêtent leurs voix (et parfois leur physique) aux personnages principaux.
     C'est avec cette équipe en qui il a totalement confiance qu'il réalise un conte macabre qui s'inspire d'une histoire traditionnelle juive d'Europe centrale. Dans le récit original, une jeune fiancée est assassinée sur le chemin de la synagogue avant son mariage. Elle est enterrée sous un arbre dans sa robe de mariée avant de revenir hanter un futur marié qui la réveille par hasard en traversant la forêt. La défunte entraîne le jeune homme dans son monde tandis que la fiancée vivante tente de calmer la morte en lui promettant de réaliser ses rêves, de partager ses enfants avec elle... La morte apaisée retourne alors en terre et les fiancés partent se marier.
     Le scénario de Caroline Thompson s'éloigne sensiblement de ce récit puisqu'elle ne conserve que les personnages principaux et l'ambiance macabre et romantique. L'histoire du film inclut une satire mordante de la société aristocratique et des différences de classes sociales. Pour le reste, l'univers est très burtonien, le cinéaste puisant dans sa vie personnelle pour étayer son histoire. En effet, le spectre de son père récemment décédé plane sur ce film. Probablement que Tim Burton a perdu d'autres proches, qui hantent aussi ce film, mais nous ne pouvons pas savoir de qui il s'agit (d'autant plus si on ne lit pas la presse people, ce qui est mon cas).
     Il apparait évident que Tim Burton ne veut pas oublier ses morts et encourage les autres à en faire autant puisque tous les personnages vivants du film ressortent grandis de leur rencontre avec les défunts. Les Noces Funèbres n'est pas à proprement parler une ode aux morts mais la mise en image de ce que disait Cocteau : "Le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants."
Tim Burton a une vision romantique de la mort et la rend plus joyeuse que la vie. De là à penser qu'ils préfère les morts aux vivants et qu'il est lui-même plus mort que vivant, il n'y a qu'un pas. Dans le film, le monde des vivants est désespérément froid, terne, ennuyeux, guindé alors que celui des morts est résolument coloré, joyeux, chaleureux et pop.
    Le jeune fiancé, Victor, est une réplique de Vincent, le personnage qui donne son nom au célèbre court-métrage du cinéaste. Il a les mêmes traits anguleux, les mêmes yeux tristes et morts, le même poids sur les épaules. Victor transpire l'ennui et le désespoir par tous les pores de sa peau blanchâtre. Maladroit et mal à l'aise en société, la mort lui va mieux qu'à n'importe quel cadavre. Sa future épouse Victoria semble plus vivante mais elle cache sa tristesse sous un masque de compréhension et de savoir vivre. Les parents des deux futurs époux ne valent pas mieux : ils sont étriqués, étouffent sous le poids des conventions et des apparences et ne rient que lorsqu'ils se brûlent.
A contrario, Emily, la défunte, est pleine d'énergie. Lorsqu'elle apparaît la première fois, elle fait peur avec sa peau bleuie et ses os qui la transpercent : il émane d'elle une terrible fragilité. Pourtant sa main est ferme lorsqu'elle saisit le poignet de Victor a travers la neige et qu'elle l'entraine dans son monde. Son désir de vivre enfin sa vie de femme mariée la rend flamboyante au point qu'elle éclipse totalement la jeune Victoria et vampirise le film. Plus le temps passe, plus elle n'apparait plus comme un cadavre repoussant mais comme la femme idéale pour Victor qui lui, nous apparaît falot, indécis et très agaçant. On a envie de le secouer et de l’exhorter à tomber amoureux d'Emily. A ce propos, l'effroi que Victor ressent au début du film laisse la place au questionnement puis au désir. Ce désir, je l'interprète comme une métaphore de l'acceptation de la mort. Nous sommes mortels, c'est terrifiant mais c'est ainsi, nous ne pouvons rien y faire. Plutôt que d'être terrifié par notre mort (et celle des autres), au point de nous gâcher la vie, acceptons notre condition de mortel et profitons pleinement de chaque instant. Ce désir naissant est pour moi la version gothique et burtonienne du Carpe diem de Horace.

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     Ainsi, la personnalité d'Emily la rend sympathique mais il n'y a pas que ça : elle est aussi jolie. Son cadavre est beau parce qu'il se dégage de lui une poésie morbide : sa teinte bleutée est fascinante, son aspect est longiligne, la robe semble flotter autour de lui et Emily est dotée d'un indéniable sex-appeal. Il faut dire que Burton s'est inspirée de sa propre femme, Helena Bonham Carter qui est une femme superbe, pour créer la marionnette d'Emily. Mais il n'y a pas que le corps d'Emily qui est esthétisé de cette manière : tous les cadavres du film sont embellis.
Les morts sont donc beaux et en plus, ils pètent le feu. Que ce soit dans le bar ou lorsqu'ils remontent chez les vivants, ils sont joyeux, facétieux, expressifs, bigarrés... Vivants. C'est le monde à l'envers ! Aux morts les couleurs, les chansons joyeuses, les sautes d'humeur, les désirs passionnés et aux vivants les mines déconfites et les airs de dépression.
     L'ambiance générale du film est intensifiée par des décors très romantiques : des tombes abîmées et envahies par la mousse, des chapelles froides et isolées, des maisons sombres et glaciales, des vieux ponts biscornus, des ronces imposantes, de la neige qui semble éternelle et une ville médiévale. C'est un univers extrêmement poétique et mélancolique, le théâtre idéal pour raconter une histoire d'amour impossible.
En ce sens, Les Noces Funèbres fait partie des films les plus gothiques de Tim Burton. Il est beaucoup moins clownesque que L’Étrange Noël de Monsieur Jack, son style est moins tapageur, les morts ne sont plus des monstres mais des êtres que l'on se doit d'aimer.
     Dix ans séparent ces deux films et cela se sent : Les Noces Funèbres est le film à fleur de peau d'un homme mûr qui a évolué psychologiquement et qui n'hésite plus à dévoiler ses pensées les plus intimes.
Les Noces Funèbres est un film magique, onirique, satirique, élégant... Une réussite.

5 commentaire(s):

  1. Magnifique film d'animation !

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  2. Bon je dois avouer que celui-ci je ne l'ai pas vu dès lors qu'il n'y a pas de vrais personnages je n'arrive pas à rentrer dedans, je n'y crois pas et il faut que j'arrive à entrer dans un film. Bises la belle

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  3. Je sais que tu n'aimes pas les films d'anim' alors que moi, je les adore ! :)
    Bisous miss ♥

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  4. Anonyme23.2.14

    Très belle analyse, sensible, merci
    Aussi délicate que le film!

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