30 mai 2011

La Défense Lincoln de Brad Furman (2011)

     Michael Haller (Matthew McConaughey) est avocat à Los Angeles. Il ne cherche pas à briller au tribunal mais plutôt à engranger le maximum d'argent en défendant des petites frappes. Un jour, il est engagé pour défendre un riche jeune homme issu des quartiers chics de Beverly Hills, accusé de tentative de meurtre. Mais l'affaire n'est pas aussi simple qu'elle en a l'air...

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     La Défense Lincoln est le genre de film qui peut me faire fuir pour trois bonnes raisons : Matthew McConaughey, Ryan Phillippe et John Leguizamo.
Matthew McConaughey, l'ex grand espoir de Hollywood, allergique aux fringues, à la tête de navets aux titres évocateurs : Comment se faire larguer en 10 leçons (How to Lose a Guy in 10 Days), Hanté par ses ex (Ghosts of Girlfriends Past), Playboy à saisir (Failure to Launch)... Ryan Phillippe aussi charismatique et crédible qu'une souche. John Leguizamoquiça ?
Hormis William H. Macy et Marisa Tomei, le casting ne me plaisait pas et, en ce qui me concerne, Brad Furman est inconnu au bataillon. Vous allez me dire : pourquoi t'es allée voir ce film, t'es tombée sur la tête ? Nenni ! Si j'ai bravé mes a priori, c'est parce que j'adOoore les films de procès. Douze hommes en colère (Sidney Lumet - 1957), Le Client (Joel Schumacher, 1994), Le Maître du jeu (Gary Fleder, 2003), Le Verdict (Sidney Lumet, 1982), Des Hommes d'Honneur (Rob Reiner, 1992)... Dès qu'il y a un film de ce type, j'y vais. Si certains sont excellents, d'autres sont de vrais navets (comme La Jurée où on a presque envie de voir Demi Moore se faire tuer).
La Défense Lincoln fait partie des premiers. Adapté du roman homonyme de Michael Connelly, il réunit tous les éléments pour faire un bon film : une histoire solide et bien écrite, une bonne interprétation et une belle mise en scène.
L'histoire est passionnante de bout en bout, il n' y a aucun temps morts, pas mal de rebondissements et l'intrigue est bien ficelée. Les dialogues sont incisifs et les personnages sont bien dessinés. On entre dans l'intimité de Haller et cela ne nuit pas à l'action, au contraire : on cerne ainsi mieux sa personnalité et on comprends mieux son fonctionnement. D'autant plus que la partie avec son ex-femme (Marisa Tomei) n'est pas clichée et que la jolie dame est très craquante. D'autre part, Haller est entouré d'une galerie de personnages excentriques très savoureux qui apporte un zest de folie bienvenu à une histoire ténébreuse.
Histoire fort bien mise en scène par Brad Furman dont la réalisation est classique et sobre : pas de saccades, de caméra portée ou qui virevolte et ça fait du bien. Cela ne veut pas dire que le film n'est pas dynamique, bien au contraire le montage est énergique, mais on n'a pas la nausée. Le cadre est soigné et la photo est divine (Los Angeles se pare de teintes ocres que je ne lui avais jamais vu dans aucun film).
A cela s'ajoute une très bonne interprétation. Le film démarre sur McConaughey et, immédiatement, on voit qu'il est Haller. Fini le surfer, bonjour l'acteur. Il porte le film sur ses épaules avec une aisance stupéfiante. A aucun moment il ne surjoue et il est crédible du début à la fin. Son personnage d'avocat filou (redondance ?) lui va comme un gant.
Face à lui, Ryan Phillippe n'est pas trop mauvais. Il n'est pas bon mais limite les dégâts. Il faut dire que l'on a la chance qu'il ne soit pas trop présent à l'écran et que ses dialogues soient réduits au minimum. Même chose pour John Leguizamo dont le rôle se limite à un caméo sympathique.
Comme je l'ai dit plus haut, Marisa Tomei est très craquante et attachante et elle joue très bien (comme d'hab'). William H. Macy et Frances Fisher (que je mélange toujours avec Lauren Holly) semblent avoir pris beaucoup de plaisir à jouer dans le film et c'est communicatif.
Tous ces excellents ingrédients font de La Défense Lincoln un très bon film noir, riche et dense. C'est surtout une excellente surprise tant concernant McConaughey que Furman. Ce film n'a rien de révolutionnaire mais il est intelligent et surtout, il n'insulte pas l'intelligence du spectateur ce qui est de plus en plus rare.

4 bonnes raisons de voir le film :
  • Matthew McConaughey
  • Les cheveux de William H. Macy
  • La bande son hip hop
  • Le "Los Angeles Noir"    

26 mai 2011

Source Code de Duncan Jones (2011)

     Colter Stevens (Jake Gyllenhaal) se réveille en sursaut à bord d'un train à destination de Chicago. Désorienté, il ne sait plus qui il est et prétend être un soldat américain. Il n'a pas le temps de comprendre ce qui se passe qu'une bombe explose à bord du train. Tout le monde est tué sauf Colter qui se réveille à bord d'un étrange caisson. Il comprend qu'il participe à une expérience gouvernementale permettant de se projeter dans le corps d'un autre et de revivre les huit dernières minutes de sa vie. La mission de Colter est de trouver qui a placé la bombe car un deuxième attentat est en préparation...

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      Avant de voir Source Code, j'avais quelques craintes : l'idée de voir et revoir la même scène pendant 1h30 me semblait ennuyeuse et rester enfermer dans un train réveillait en moi mes tendances claustrophobes. J'ai eu peur pour rien. Non seulement le film est hyper dynamique et haletant mais en plus il ne se répète pas (trop).
Le pitch du film fait irrémédiablement penser à Un Jour Sans Fin (Groundhog Day, Harold Ramis, 1993) mais en fait, il lorgne plus du côté de L'Armée des 12 Singes ( Twelve Monkeys, Terry Gilliam, 1995) et Inception (Christophe Nolan, 2010) car il reprend le concept du voyage dans le temps avec mission de sauvetage et oscille en permanence entre réalité, fiction et mensonges. Mais il est moins glauque que le film de Gilliam et plus compréhensible que celui de Nolan.
Source Code est un film indé déguisé en blockbuster : il privilégie les personnages et la cohérence du scénario plutôt que de nous en mettre plein la vue avec des effets spéciaux (qui nous font oublier le vide intersidéral de l'histoire). Ici, il y a une histoire bien bâtie qui est exploitée à fond par Duncan Jones : il utilise un point de départ simplissime  pour mieux dérouter le spectateur. Évidemment, il faut passer sur quelques invraisemblances techniques et scientifiques _ comme souvent avec les films de SF _ surtout en ce qui concerne la fin du film un tantinet scoubidou, il faut bien le reconnaître. La fin est ce qui me gêne le plus car, au-delà de son improbabilité, elle s'englue dans une romance à l'eau de rose dont je me serais volontiers passée. Dans les dernières minutes, c'est HOLLYWOOD qui reprend ses droits et c'est dommage.
D'autant plus que le casting est bon, Jake Gyllenhaal en tête. Mister Jake doit sauver le monde mais il n'est pas Bruce Willis donc il ne tire pas sur tout ce qui bouge, a un visage expressif et se laisse aller aux doutes et à la tristesse. Et puis il est canon ce qui ne gâte rien.
Je passe sur la performance de Michelle Monaghan qui n'en est pas une puisqu'elle passe son temps à sourire, à faire de l'oeil à Colter/Jake (j'en aurais fait autant) et à mourir.
Vera Farmiga est une fois de plus très bien, elle joue son personnage tout en nuance et sait le faire exister dès les premières minutes _ ce qui n'est pas évident puisqu'elle apparaît dans un écran de contrôle. Son personnage contribue à la cohésion de l'ensemble et Vera lui apporte de l'humanité sans tomber dans le pathos.
Jeffrey Wright s'en tire honorablement en scientifique froid et inhumain, il aurait pu faire mieux si son personnage était plus développé.
La réalisation de Duncan Jones est efficace, nerveuse, soignée, sans artifice.  Comme disent les journalistes, Jones est un réalisateur à suivre.
Pour résumer, je dirai que Source Code est un bon film de SF qui remplit son cahier des charges en termes d'action, de suspense et soulève assez de questions (libre-arbitre des cobayes, éthique scientifique) pour vous trotter dans la tête un moment après la vision. Pas de quoi changer la face du monde mais c'est un bon divertissement. Il fait partie de ces films qu'on prend toujours plaisir à voir et à revoir.

Interview de Jake Gyllenhaal, Vera Farmiga et Michelle Monaghan

24 mai 2011

Clint par Richard Schickel Introduction de Clint Eastwood (Editions Flammarion)

©Warner Bros

       Je viens juste de terminer l'ouvrage de Richard Schickel consacré à Clint Eastwood et j'avais envie de partager mes impressions. 
Sur la quatrième de couverture il est écrit qu'il s'agit d'une rétrospective unique [...] une vision inédite de l'homme de cinéma [...].  Je suis totalement d'accord : cet ouvrage n'est ni une biographie, ni une critique des films de Clint mais une présentation de sa carrière, écrite par un journaliste qui est aussi un ami de Eastwood. Richard Schickel donne son avis sur les films (il en aime la plupart), évoque les anecdotes de tournages, replace les choix de Clint dans leur contexte professionnel ou personnel, parle librement des doutes de l'artiste... Son livre est chronologique et débute avec la toute première expérience cinématographique de Eastwood dans La revanche de la créature jusqu'à Invictus : c'est ce qui rend l'ouvrage très intéressant car il nous permet de suivre l'évolution de l'artiste et de l'homme. On prend alors conscience de la richesse de sa carrière, de son intransigeance envers lui-même et de sa faculté à rebondir. Eastwood est un homme intelligent qui a su saisir les opportunités au bon moment, n'a jamais été dupe du jeu des studios et a même su en tirer avantage. 
Ce magnifique ouvrage permettra aux néophytes d'appréhender l’œuvre riche de ce touche-à-tout. Les autres, les fans purs et durs se réjouiront d'en apprendre encore plus sur leur idole.
D'autant plus que le livre est illustré de plus de 200 photos plus belles les unes que les autres : affiches de films, photos de tournages, photos plus personnelles...
Le prix  reste élevé : 39 euros mais cet ouvrage les vaut largement. Outre la richesse du contenu, le livre se distingue par sa qualité : papier glacé, double couverture cartonnée, clarté des photos et police d'écriture lisible. A mettre entre toutes les mimines...

Incontestablement, je suis un cinéaste américain. Ce qui veut dire qu'à l'instar de mes collègues, mes racines se trouvent dans le cinéma de genre. Je crois que les conventions liées au genre ajoutent une certaine force aux films ; elles permettent de créer des variations à partir de leurs propres motifs et, simultanément, de revigorer le film, de le renouveler aux yeux du public comme aux miens.
Clint Eastwood

© Richard Schinkel/Flammarion
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22 mai 2011

Festival de Cannes 2011 : palmarès

 Prix Spécial du court métrage : Maillot de bain 46 de Wannes Destoop

Palme d'or court métrage : Cross Country de Maryna Vroda

Caméra d'Or : Las Acacias de Pablo Giorgelli

Prix du Jury Polisse de Maïwenn
pitch : le quotidien d'une brigade de police de protection des mineurs.

Prix du scénarioFootnote de Joseph Cedar

Prix d'interprétation féminine : Kirsten Dunst pour Melancholia de Lars Von Trier

Prix de la mise en scène : Nicolas Winding Refn pour Drive

Prix d'interprétation masculine : Jean Dujardin pour The Artist de Michel Hazanavicius

Grand Prix : ex æquo : Le gamin au vélo des frères Dardenne et Bir Zamanlar Anadolu'da de Nuri Bilge Ceylan

Palme d'Or : Tree of Life de Terrence Malick

Le Président Robert De Niro a fait un petit discours dans un français atroce mais adorable. Ainsi au lieu de dire qu'il a passé un bon moment avec ses compagnons, il a dit champignons. Si c'est pas méga cute, ça !
Maïwenn était hyper canon dans sa fabuleuse rouge robe, très émue et émouvante.  Kirsten Dunst a fait un discours flash. Standing ovation pour Jean Dujardin. Et absence de Terrence Malick. Smokings, sourires et robes longues pour un palmarès prévisible. A l'année prochaine Cannes !


20 mai 2011

Orange Mécanique (A Clockwork Orange) de Stanley Kubrick (1971)

      En Angleterre, le jeune Alex DeLarge (Malcom McDowell) et ses "droogs" n'aiment que le sexe, le Moloko + et l'ultraviolence. Ils violent, pillent, mutilent... jusqu'au jour où Alex se fait arrêter pour meurtre et ait emprisonné...

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     Orange Mécanique, adaptation  du roman homonyme de Anthony Burgess, est le film le plus controversé de Kubrick à sa sortie. Classé X aux USA, il est retiré des salles du Royaume-Uni par Kubrick après des crimes soit disant inspirés par Alex.
Je préfère être claire tout de suite : Orange Mécanique a été pendant longtemps mon film de Kubrick préféré. Je l'ai vue pour la première fois à 15 ans et j'ai reçu un coup de poing à l'estomac. C'est ce film qui m'a donné envie de connaître l’œuvre de Kubrick  et qui m'a fait aimer le cinéma.
Le film se situe dans une Angleterre futuriste, contre-utopique, violente et punk : viols en réunion, meurtres, tabassages le tout assaisonné par des forces de l'ordre incompétentes. Il lorgne du côté du ciné anglais de l'époque comme Frenzy de Sir Hitchcock, Les chiens de paille (Straw Dogs) de Sam Peckinpah ou encore Les Diables (The Devils) de Ken Russel : ces trois films prennent le parti de montrer le viol de la façon la plus crue qui soit et n'hésitent pas à montrer la violence physique et psychologique de manière brutale et quasi insupportable.
Je crois que si le film a été si mal accueilli et qu'il est encore sujet aux critiques aujourd'hui, c'est parce qu'il a été mal compris. Certains y voient une apologie de la violence (des délinquants ou policière) alors qu'en fait, Orange Mécanique est un film qui dénonce l'utilisation de la violence et est une réflexion sur le libre arbitre.

"Orange Mécanique parle des tentatives pour limiter le choix de l'homme entre le bien et le mal." *
Stanley Kubrick

Effectivement, dans la première partie du film on suit Alex et ses droogs commettre les pires exactions, de leur propre volonté et sans aucun remord. Dans la seconde, on voit Alex prisonnier, suivant le programme Ludovico qui fera de lui un homme neuf. Et dans la troisième, on assiste aux conséquences du traitement : Alex est obligé de s'abstenir de toute violence, même pour se défendre. De ce fait, il devient à son tour victime jusqu'à ce qu'on lui fasse subir un nouveau traitement qui efface les effets du Ludovico. Ainsi "guéri", il a de nouveau le choix.
L'idée du film est simple : dans nos société, il est nécessaire d'avoir une force de répression car l'Homme est naturellement violent mais cette force de répression ne doit être ni trop légère ni trop contraignante. Il faut trouver le juste milieu.
De même que si Kubrick nous place aux côtés d'Alex et nous pousse à avoir de la sympathie pour lui (dans la seconde partie), c'est pour nous gêner. Cela fonctionne tellement bien que, personnellement, je suis écœurée par les actes qu'il a commis mais je le suis encore plus par le traitement qu'on lui fait subir, à tel point que je suis soulagée à l'idée qu'il soit à nouveau lui-même à la fin du film, c'est à dire un individu ignoble et barbare ! Je suis partagée entre sympathie et répulsion. C'est une sensation extrêmement désagréable.
D'autant plus que les scènes de violences sont filmées de tel sorte qu'elles sont... belles. On regarde un mec se faire fracasser le crâne ou une femme se faire violer, la scène est très réaliste donc intolérable mais en même temps, il y a une telle fluidité dans la réalisation, une telle beauté dans la composition, un tel sens du cadre que ces scènes sont d'un esthétisme flamboyant. Le but est de mettre mal à l'aise le spectateur en pointant du doigt son inertie face à ce qu'il voit. Le spectateur (au ciné, au théâtre, à la TV...) est celui qui assiste à un événement, ce n'est qu'un observateur bien calé dans son fauteuil. Le seul choix qu'il peut avoir est de se lever et de quitter la salle. C'est peut-être bien à cause de cette passivité que l'art et la culture ont échoué dans leur rôle civilisateur. Les individus même cultivés restent des êtres
orange mecanique, stanley kubrick, malcom mcdowell
potentiellement sauvages qui ne font que contenir leurs pulsions animales. Alex écoute Ludwig Van mais est un criminel sans foi ni loi ; Hitler a tenté de faire les Beaux-Arts, il adorait Wagner, Bruckner, les sculptures de Arno Breker... et il n'est pas nécessaire de rappeler ce qu'il a fait. Je ne parle pas de Hitler pour faire de la provoc' mais parce que Kubrick était obsédé par cette idée : la culture et les arts n'ont pas empêché la montée du nazisme, il n'ont pas empêché la Shoah et ils n'empêcheront jamais les Hommes de se dévorer entre eux. Ce n'est pas un hasard si Kubrick a utilisé des images de Hitler et des S.S pour écœurer Alex de Beethoven.
 Les nazis écoutaient Beethoven. Certains d'entre eux étaient des gens très cultivés. Cela n'a changé en rien leur comportement moral. *
Stanley Kubrick
Beethoven dont la musique a été ici transformée pour devenir totalement flippante et magnétique. Ce petit miracle sonore est le fruit du travail d'une artiste avant-gardiste : Wendy Carlos. Lorsque Kubrick commence à travailler sur Orange Mécanique, il pense continuer à utiliser des œuvres classiques comme pour 2001 mais sa rencontre avec Wendy va changer la donne. J'évacue tout de suite la question qui vous brûle les lèvres : oui, Wendy s'appelait à la naissance Walter, son changement de sexe étant devenu officiel en 1979. Wendy Carlos a bouleversé le monde musical en interprétant Switched-On Bach, des morceaux baroques jouées au Moog, un synthétiseur modulaire qu'elle a aidé à mettre au point. Pour Orange Mécanique, elle adapte la Neuvième Symphonie de Beethoven, l'ouverture de Guillaume Tell de Rossini et la Musique pour funérailles de la reine Marie de Purcell (c'est ce morceau qui ouvre le film et qui nous met tout de suite mal à l'aise). La musique de Wendy Carlos incommode, provoque de l'angoisse et entretient le mystère.
Ce qui est mystérieux aussi est le langage utilisé par Alex et ses comparses : le Nadsat. C'est un argot anglo-russe totalement inventé par Anthony Burgess pour son roman et intégralement repris par Kubrick. C'est un langage que le spectateur comprend assez vite (pour peu qu'il soit attentif) et qui montre la jeunesse d'esprit d'Alex. Les ados inventent des mots, ont leur propre langage et quand un ado vous parle et que vous ne le comprenez plus, ça ne signifie qu'une chose : vous êtes devenus adulte ! Alex remplace des mots par d'autres ce qui lui permet de ne pas prendre conscience de la gravité de ses actes : il ne fracasse pas un crâne mais "tolchoque un gulliver", il ne viole pas une femme mais "fait un in-out in-out avec une cheena"... C'est aussi ce langage qui permet au spectateur d'avoir un peu de sympathie pour Alex car s'il employait les bons mots, il ne parlerait que de viols et de massacres, ce qui n'aide pas à apprécier quelqu'un...
Film violent, punk, avant-gardiste, dérangeant, époustouflant, sauvage, volcanique, malsain, Orange Mécanique est un passage à tabac réalisé dans les règles de l'art qui vous laisse totalement sur le carreau. Un film inoubliable.

Je ne résiste pas à l'envie de publier l'ouverture du film...
video

* Trois Couleurs Numéro Spécial Stanley Kubrick Eyes Wide Open.

19 mai 2011

Festival de Cannes : Lars Von Trier sort par la petite porte.

     Hier, lors de la conférence de presse pour son film Melancholia, Lars Von Trier a tenu des propos assez douteux : il a déclaré être un nazi et comprendre Hitler.
Ayant compris qu'il avait fait une bourde, il s'est vite excusé mais ça n'a pas suffi. Après un conseil d'administration extraordinaire, le Festival lui a demandé de partir (ou du moins de ne plus apparaître en public). Par contre, Melancholia reste en compétition, une façon de“séparer l’oeuvre collective des propos inadmissibles tenus par Lars von Trier” d'après Gilles Jacob. Cependant, j'imagine mal Melancholia gagner quoi que ce soit et il est à parier que le Danois n'est pas prêt de refouler le tapis rouge cannois.
Après avoir visionné l'extrait de la conférence où il s'exprime, j'ai plus eu le sentiment qu'il s'agissait d'une provocation qu'un réel aveu. Ses propos étaient décousus et abscons. Il serait d'autant plus étrange de penser que Van Trier est vraiment un nazi puisque sa femme et ses enfants  sont juifs... Une chose est sûr : il est très con car il vient de se tirer une balle dans le pied.
A votre avis la réaction du conseil d'administration était exagérée ou pas ? 

18 mai 2011

Le Festival de Cannes rend hommage à Jean-Paul Belmondo

jean-paul belmondo, festival de cannes, 2011
©visual pour Première.fr
     Hier soir, notre Bébel national a monté les marches du Palais des Festival car il est venu présenter le documentaire Belmondo, Itinéraire de Jeff Domenech et Vincent Perrot. A cette occasion, il s'est vu remettre une Palme pour l'ensemble de sa carrière. Retiré du grand écran depuis plusieurs années suite à un accident vasculaire cérébral, Jean-Paul Belmondo a marqué le cinéma par son physique d'athlète, sa gueule de boxer et son panache.
Il fait ses débuts dans les films des réalisateurs de la Nouvelle Vague puis se tourne vers un cinéma plus populaire qui mêle action et humour. Son physique atypique lui offre des rôles de voyous ou de flics borderline, de séducteurs impénitents ou de marginaux.
jean-paul belmondo, festival de cannes, 2011
©visual pour Première.fr
Au cours de sa carrière, il aura croisé Jean-Luc Godart, Marcel Carné, Marc Allégret, Claude Chabrol, Claude Sautet, Jean-Pierre Melville, Philippe de Broca, Henri Verneuil, Gérard Oury, François Truffaut, Claude Lelouch, Alain Resnais, Patrice Leconte, Cédric Klapisch... Et donné la réplique à des acteurs et actrices de légende : Alain Delon, Jean Gabin, Marie-France Pisier, Sophie Marceau, Richard Anconina, Annie Girardot, Jean Marais, Catherine Deneuve, Michel Bouquet, Bourvil...
Il était temps que la "grande famille du cinéma" rende hommage à cet acteur populaire qui faisait se déplacer les foules en salle.






Le Festival de Cannes et le Forum des Images vous en mettent plein la vue.

   Du 25 mai au 5  juin, le Forum des Images de Paris diffusera l'intégralité des films présentés à La Quinzaine des Réalisateurs. La Quinzaine est le lieu privilégié pour découvrir le cinéma d'auteur passionné, expérimental et international.

"Cannes est le plus grand festival de cinéma du monde. Dans cet espace, la Quinzaine des Réalisateurs a une histoire toute particulière. Être Délégué général d’un tel événement, c’est une question de désir. Désirer des films et les faire partager, c’est ce qui m’anime avant tout. Le comité de sélection a cette formidable envie de révéler des perles qui nous ont transformés, et de les projeter aux yeux du public pour que, à son tour, il en sorte émerveillé." Frédéric Boyer, délégué général de La Quinzaine des Réalisateurs.  
Vous pourrez donc découvrir les films de André Téchiné, Karl Marcovics, Rebecca Daly, Philippe Ramos, Bouli Lanners...
A partir de 5 euros pour les adultes et 4 euros pour les enfants (ça vaut le coup !)
Tarifs, dates et heures des projections, films présentés, plan d'accès... sur le site du Forum des Images.

14 mai 2011

Spartacus de Stanley Kubrick (1960)

      Rome 73 avant JC. Spartacus (Kirk Douglas), un jeune esclave originaire de Thrace, est acheté par Batiatus (Peter Ustinov) pour devenir gladiateur. Homme de tête, Spartacus provoque un soulèvement au sein de l'école et s'enfuit aux côtés de la jolie Varinia (Jean Simmons) dont il est amoureux. Spartacus constitue une armée et la révolte gagne tout le pays ce qui inquiète le Sénat : la garnison de Rome est envoyée pour mater les mutins...

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     Spartacus est l'adaptation du roman de Howard Fast que Kubrick a qualifié de médiocre. Pourtant, lorsque Kirk Douglas, qui a commandé le film et qui en est un des producteurs, fait appel à lui pour remplacer Anthony Mann, Kubrick accepte tout de suite. Anthony Mann et Kirk Douglas auraient eu de nombreux désaccords sur le plateau quand à la façon de réaliser le film. Certains prétendent que Mann aurait trahi la confiance de Douglas en révélant à des membres de l'équipe que le scénariste du film était Dalton Trumbo, l'un des Dix d'Hollywod, blacklisté par le gouvernement McCarthy. Quoi qu'il en soit, Douglas le vire et engage Kubrick avec qui il a travaillé 3 ans plus tôt sur Les Sentiers de la Gloire. Il espère pouvoir manipuler Kubrick afin d'être la grande star du film _ il a décidé de faire son propre péplum après ne pas avoir été retenu pour jouer le rôle titre de Ben Hur. Or Stanley était devenu Kubrick et pas question pour lui de se laisser faire.
Dès qu'il arrive, Kubrick se rend compte des tensions qui règnent sur le plateau : Laurence Olivier ne s'entend pas avec Charles Laughton qui, lui, fait preuve d'une mauvaise volonté évidente. De plus, Kubrick se retrouve avec un casting et une équipe technique qu'il n'a pas choisi. Il n'a pas eu le temps de faire de recherches sur le sujet comme il le fait d'habitude, il n'a pas le final cut et n'a pas le droit de modifier le scénario bien trop romantique et moralisateur à son goût (et au mien !). Kirk Douglas et Laurence Olivier se mêlent de la réalisation, Peter Ustinov écrit lui-même ses dialogues... En bref, c'est un film où il a les mains liées et ça ne lui plaît pas. La seule façon pour lui de s'affirmer et de détourner les règles du péplum : plutôt de faire de Spartacus le seul héros victorieux du film, il préfère réaliser un film sur une bande de va-nu-pieds qui va tenter l'impossible pour retrouver, sinon sa liberté, du moins sa dignité.
Il n'en reste pas moins que ce film est le moins personnel du cinéaste et qu'il reste un péplum assez classique. Il faut dire que la distribution y est pour beaucoup. Laurence Olivier est un acteur shakespearien, Peter Ustinov a déjà donné dans le péplum avec Quo Vadis (Mervyn LeRoy, 1951), tout comme Jean Simmons. Des acteurs classiques, pas des punks.
Et le scénario est d'un manichéen ! D'un côté on a les gentils esclaves pleins d'humanité qui s'oublient au service de la cause, de l'autre on a les méchants romains avides de pouvoirs, barbares et décadents. Le personnage le plus normal, c'est à dire le plus ambigu qui oscille entre bien et mal est Batiatus interprété par Peter Ustinov. Spartacus est un personnage assez lisse, pas vraiment un meneur de troupe, juste un romantique utopiste. Les autres personnages, surtout les romains, sont mieux dessinés et plus attirants : c'est préjudiciable puisque Spartacus est le pivot de l'intrigue. Et l'histoire d'amour entre Spartacus et Varinia est guimauve. Je n'ai rien contre une belle histoire d'amour au cinéma mais là ça manque de passion. C'est un couple mignon, ils sont très gentils et pleins de bonnes intentions mais c'est trop facile, trop cousu de fil blanc.
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La chose la plus intéressante du scénario est l'allusion à peine cachée de l'homosexualité de Crassus, qui donne une scène savoureuse entre Laurence Olivier et Tony Curtis.   
La première partie du film est la plus prenante : elle met en scène Spartacus, esclave, à l'école de gladiateur. Il est déshumanisé : on peint sur lui, il est coiffé de la même manière que les autres élèves, il est espionné quand on lui offre une femme, il est raillé car il respecte cette femme et il hurle "je ne suis pas un animal". Le film souligne bien toute l'ignominie dont les humains sont capables avec leurs semblables.
La seconde partie s'empêtre dans les bons sentiments et les allégories bibliques (le chemin de croix).
La réalisation de Kubrick est impersonnelle, on ne sent pas sa patte même si les scènes d'actions et de combats sont parfaitement maîtrisées et que le film est très bien cadré et photographié. La scène la plus digne de Kubrick est celle où le gladiateur Draba est mis à mort : le premier coup porté est dramatisé par la profondeur de champ, avant que le sang n'éclabousse la joue du général romain qui l'achève froidement.
Il y a également un déséquilibre avec les décors : certains sont très réalistes, d'autres pas du tout. Quand les anciens esclaves campent le soir et que le jeune Antoninus (Tony Curtis) entonne sa mélopée, ça sent bon le carton pâte. Même chose quand Spartacus et Varinia se roulent joyeusement dans l'herbe. A ces moments-là, on se déconnecte un peu de l'histoire et on se souvient que l'on est en train de regarder un film (chose qui n'arrive jamais avec les autres œuvres du cinéaste).
Malgré tous ces défauts, le film a eu un incroyable succès au box office. Kubrick aurait pu en profiter, au lieu de ça, il a quitté Hollywood pour se réfugier en Angleterre car Spartacus a été une expérience éprouvante sur le plan artistique : il n'avait aucune liberté. La suite de sa carrière lui a amplement donné raison.
Spartacus est le seul film de Kubrick que je ne recommande à personne. C'est dire.

64 ème Festival de Cannes 2011 : cérémonie d'ouverture

melanie laurent
     Ça y est, ça y est, le Festival de Cannes cuvée 2011 est officiellement ouvert depuis hier soir.
C'est une jolie et pétillante Mélanie Laurent qui a joué les maîtresses de cérémonie. Son discours d'ouverture était enthousiasmant et adorable et ô miracle! la belle l'a prononcé avec naturel et (presque) décontraction _ pas comme les autres années où on a du mal à croire que c'est un acteur ou une actrice qui est devant nous.
Nous avons eu un hommage en images à Bob de Niro, Président du jury de cette 64ème édition, qui a souligné en moins de 5 minutes toute l'étendue de son talent et son éclectisme. Le Monsieur s'est targué d'un petit discours en français s'il vous plaît, juste avant le show musical de Jamie Cullum (qui a permis à Mélanie de se déhancher comme une possédée !).
Bernardo Bertolucci, très ému, s'est vu remettre une Palme d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. Le joli discours de Gilles Jacob était l'hommage d'un admirateur et d'un ami du cinéaste. Personnellement, je pourrais écouter Gilles Jacob parler de cinéma pendant des heures.
Une cérémonie d'ouverture classique dans sa forme mais assez émouvante.
Les premières images des films en compétition ont piqué ma curiosité et j'envie ces petits veinards de journalistes qui vont pouvoir voir les films en avant-première ! Il est vrai que c'est toujours les mêmes cinéastes qui sont en compétition et que le palmarès ne laisse pas beaucoup de place à la surprise. D'autant que les journalistes ont une nette tendance à préférer parler des absents que des présents (oui, c'est bien de Carla Bruni que je parle) ou des tatouages d'Angelina Jolie... alors on n'en saura pas beaucoup plus après qu'avant le Festival !
Mais Cannes, c'est aussi (surtout) le tapis rouge, les robes de luxe, les coiffures glamour et tout un tralala très attirant, non ?

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13 mai 2011

Suite à un plantage informatique énormissime de Blogger, certains de vos commentaires ont été supprimés. J'en suis navrée...

10 mai 2011

Shining de Stanley Kubrick (1980)

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     Jack Torance (Jack Nicholson), un écrivain fauché, est engagé comme gardien de l'hôtel Overlook pendant la période hivernale. Il part avec sa femme Wendy (Shelley Duvall) et leur fils Danny (Danny Lloyd) pour cinq mois de totale solitude. Mais Danny, qui a un don médiumnique _ le "Shining", pressent que les choses vont mal se passer. L'avenir va lui donner cruellement raison...


shining, stanley kubrick, jack nicholson, shelley duvall, danny lloyd   Shining est l'adaptation du roman homonyme de Stephen King, maître du suspense, de l'horreur, du gore et des bêtes poilues tapies sous votre lit. Kubrick s'attaque au roman et, une fois de plus le modifie en profondeur, tant et si bien que King renie le film au point de ne pas vouloir figurer au générique. Bonne ambiance. Il est vrai que Kubrick a volontairement retiré tout l'aspect psychologique de l'ouvrage et a modifié de nombreux passage dont la fin. Je reconnais que, ayant lu le livre, Kubrick aurait peut-être du coller plus au bouquin qui est bien plus angoissant et effrayant que le film. Car si l'on voit uniquement en Shining un film de genre, il est très en dessous de la moyenne _ on fait quelques bonds dans son fauteuil et on s'angoisse pour la survie de Wendy et Danny mais pas de quoi se cacher les yeux pendant la séance ou faire des cauchemars. Par contre, si l'on voit en lui une métaphore de la famille et plus particulièrement de sa dissolution dans laquelle le surnaturel intervient, alors le film est totalement flippant : la famille est instrument de meurtre et de folie.
Le constat est accablant mais pas dénué de bon sens : les policiers le disent, la majorité des maltraitances infligées aux enfants sont du fait d'un parent proche ; une femme a plus de risque de subir des violences sexuelles ou des viols de la part de son conjoint que d'un inconnu. A cela s'ajoute la violence physique et psychologique. En moyenne, en France, une femme meurt tous les 4 jours de violences domestiques et un homme en décède tous les 16 jours. A priori, on peut se dire que Kubrick exagère un peu le propos mais, au fond, peut-être pas. Si seulement ça n'était que de la fiction... 
Comme Kubrick n'est pas un cinéaste chiant et moralisateur, il plante son histoire dans un décors mâtiné de fantastique. Ainsi Jack Torance, qui n'a pas un très bon cœur puisqu'il a déjà violenté son enfant par le passé, se transforme en tueur psychotique car il est hanté par l'hôtel Overlook
Son fils Danny a un don de clairvoyance et c'est une bonne idée narrative pour plusieurs raisons : 
1 _ les sens du spectateur sont immédiatement en éveil, même s'il ne s'est encore rien passé car on sait qu'il va se passer quelque chose mais on ne sait pas quoi (voilà pour le suspense) ;
2 _ Danny n'est pas comme ses parents ce qui l'éloigne d'eux (voilà pour le coupé de cordon ombilical) ;
3 _ ça lui laisse une petite chance de s'en sortir (voilà pour l'optimisme).
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Le tout assaisonné d'une maman Wendy bonne comme le pain, terrifiée et hargneuse comme une tigresse dès qu'on touche à un cheveu de son bébé.
S'il n'y avait eu que ça, Shining aurait été un bon film, sans plus, aussi vite oublié que visionné. Mais il y a plus car c'est super Stanley qui est derrière la caméra. Si Shining n'est pas un monument de film d'horreur, il est le chef d’œuvre stylistique de Kubrick.  Dès l'ouverture du film, on voit la magnificence de la réalisation. Réalisation soignée et intelligente qui illustre le propos.
La caméra survole le lac dans lequel se reflète, dans une superbe symétrie, le monde retourné comme dans un immense miroir, parfaite allégorie du prochain dérèglement mental de Jack. Pendant tout le film, Jack ne fera que vaciller entre bien et mal, vie et mort, amour et haine, humanité et bestialité, raison et folie.
La symétrie, dans sa perfection, est annonciatrice du chaos et elle met mal à l'aise le spectateur car il sait que, dans ce monde, la perfection n'existe pas. Kubrick en joue beaucoup dans son cadrage : les couloirs de l'hôtel, les plantes dans le bureau du recruteur...
Même le récit est symétrique : il se divise en deux parties, la deuxième répliquant la première (comme dans Full Metal Jacket).
Le film est également marqué de doubles : Danny et Tony, les jumelles, le cuisinier qui a le même don sensoriel que Danny, la folie meurtrière du prédécesseur de Jack... Cela donne une impression de boucle, de récit sans fin totalement hors de contrôle. Ce sentiment est renforcé par les choix de mises en scène : la même phrase écrite par Jack ("All work and no play makes Jack a dull boy"), le mot "redrum" bégayé par Danny, les images de l’ascenseur et du flot de sang, l'apparition des jumelles... On a l'impression d'être happé dans une spirale délirante.
Le décor se répète aussi : il y a deux labyrinthes grandeur nature et un autre en forme de maquette. Le labyrinthe végétal (terrifiant mais protecteur pour Danny) et l'hôtel. On le voit bien quand on suit le petit Danny sur son tricycle, les couloirs se suivent et se ressemblent, forment un dédale où il est très facile de se perdre (dans tous les sens du terme).
La maquette du labyrinthe permet un raccord virtuose, révélateur des aspirations de Jack : quand il se penche sur la maquette, le raccord lui permet de voir sa famille dans le vrai labyrinthe. Jack apparait comme un dieu qui se penche sur ces humains-insectes, surveillant leurs faits et gestes et pouvant les balayer d'un revers de la main. La frontière entre rêve et réalité est floutée, le spectateur est abandonné dans l'univers mental détraqué de Jack.
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 L'élément de mise en scène qui souligne également la folie de Jack est le cadrage serré et les regards face caméra.
Ce qui m'amène à parler de l'interprétation. Jack Nicholson se transforme petit à petit en tueur : plus il sombre dans la psychose, plus son visage se déforme. Souriant et élégant au début du film, il grogne et se traine comme une bête blessée à la fin. Il est en permanence dans l'excès mais c'est un excès maîtrisé. Il hurle, grogne, roule des yeux, se tord car son personnage est possédé par l'hôtel, il n'a plus de contrôle ni sur ses pensées ni sur son corps. Il commence par un léger rictus qui s'achève dans une grimace diabolique. C'est peut-être "trop" mais il le fait avec tellement de naturel que ça en devient "juste assez".
Hélas pas comme Shelley Duvall. Loin de moi l'idée de vexer ses fans mais elle n'est vraiment pas convaincante. Il paraît que Kubrick l'a beaucoup poussée pendant le tournage car il n'était pas satisfait de son travail, il aurait du la virer. Je ne sais pas vous, mais moi, elle me fait penser à un Fraggle Rock. Quand elle se met à courir, le corps tout raide, ses cheveux volant dans tous les sens, les yeux exorbités, j'ai vraiment envie de me marrer. Ce qui est plutôt bizarre quand on regarde un film d'horreur. Elle est assez crédible dans la première partie du film mais, dès qu'elle doit montrer sa peur, ça devient du n'importe quoi. C'est d'autant plus dommage que le petit Danny Lloyd (qui est aujourd'hui professeur de biologie dans l'Illinois) s'en sort très bien. Il ne mérite pas un Oscar mais pour un enfant de sept ans dont c'est le premier film, il est naturel. Tout comme Scatman Crothers dont le personnage aurait mérité une plus large présence.
Shining est devenu au fil du temps un film culte car il est populaire, divertissant, bien mené et intelligent. Du bon cinéma.

6 mai 2011

Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick (1999)

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      Le Docteur William Harford (Tom Cruise) et son épouse Alice (Nicole Kidman) sont invités à la réception de Noël organisée par Victor Ziegler (Sydney Pollack), un patient de Bill. De retour de la fête, le couple fume un joint et Alice confie à son mari son fantasme : un jour, elle a eu l'idée de le tromper avec un autre homme. Profondément bouleversé par cette confidence, Bill quitte son appartement et se lance, dans les rues de New York, dans une série de rencontres et il tentera de réaliser ses fantasmes. Sa quête sexuelle le mènera au bord du précipice...

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     Dernière œuvre de Stanley Kubrick, Eyes Wide Shut est pour le moins un film énigmatique. Lors de sa sortie, il a fait couler beaucoup d'encre : d'un côté, il y avait ceux qui criaient au génie, de l'autre ceux qui criaient à l'escroquerie. La censure américaine exigeant que l'on épure la scène de l'orgie, les producteurs acceptant en ajoutant numériquement des silhouettes pour cacher ce-sein-que-je-ne-saurai-voir, scandale ! On dénature l’œuvre du Maître ! Plus la rumeur selon laquelle les prises de vues n'étaient pas terminées et que c'est Sydney Pollack qui a achevé le film (rumeurs démenties par Pollack himself), il n'en fallait pas plus pour que le dernier film de Kubrick ne soit pas de Kubrick ! Les critiques et le public ont majoritairement étaient déçus par le film : il était censé être question de sexe, or du sexe, on n'en voit pas beaucoup. J'ai moi-même était frustrée la première fois que je l'ai vue, je m'attendais à quelque chose de plus sulfureux. La fameuse scène d'orgie est loin d'être une bacchanale, le docteur Bill ne couche avec personne, d'ailleurs personne ne couche avec personne. Tout ça ressemblait fort à un pétard mouillé et le dernier mot du film, prononcé par Nicole Kidman, "Fuck" avait tout l'air d'une provocation.
Mais un film de Kubrick doit être vu et revu pour être apprécié... ou pas. Il ne livre pas tous ses secrets à la première vision et Eyes Wide Shut, encore plus que les autres, exige une attention constante du spectateur.
Revenons donc sur le film qui a brisé le mariage de Tom Cruise et Nicole Kidman et qui a coûté la vie au cinéaste.
Ceci n'est que mon interprétation du film, libre à vous de ne pas partager ma vision.
Ce film est le cauchemar de Bill. Bill est endormi, nous sommes dans sa tête et nous assistons en direct à son rêve. Mon idée est que Bill et Alice vont à la fête, le lendemain Bill va bosser et en rentrant, il fume un joint avec sa femme, elle lui balance qu'elle a failli le tromper et ils vont se coucher. Là, la drogue aidant, Bill fait un cauchemar et le lendemain, il le raconte à une Alice en pleurs puis ils vont faire leurs achats de Noël.

Plusieurs éléments me font penser qu'il s'agit d'un rêve :
  1. New York est quasiment désert. La ville semble dépeuplée, or, il n'y a pas besoin  d'être new-yorkais pour savoir que New York est une ville qui ne dort jamais. Mais, dans le film, Bill se balade dans une ville étrangement calme et paisible.
  2. New York n'a pas l'air réelle, on dirait une ville de carte postale. Tout est figé et ressemble à un décor de théâtre. Quand Bill est dans le taxi, on voit clairement que la ville derrière lui est une photo. Le cerveau - architecte de Bill n'utilise qu'une partie de la ville pour lui fournir une toile de fond réaliste à son rêve.
  3. Le magasin où Bill loue son costume s'appelle le "Rainbow", arc-en-ciel en français. Or, les deux jeunes mannequins qui le draguaient à la fête de Victor Ziegler voulaient l'emmener "au bout de l'arc-en-ciel" ("over the rainbow end"). C'est plus qu'une coïncidence, non ?
  4. Les décorations et les sapins de Noël : l'élément qui m'a le plus troublé et qui m'a tout de suite fait douter de la réalité des choses. Dans tous les lieux où se rend Bill, on peut voir les mêmes guirlandes et le même sapin de Noël ! Des guirlandes colorées, avec de grosses ampoules rondes qui décorent toutes les façades de la ville et tous les commerces et cafés de New York. Et le sapin est le même, seule sa taille varie un peu. Au moment des fêtes, hormis dans une galerie marchande, on ne voit pas les mêmes décorations partout. Il est probable que Bill ait remarqué le sapin et les guirlandes chez Victor Ziegler et qu'il les replace partout dans son rêve. Peut-être un moyen pour lui de se rappeler que ce n'est qu'un rêve et qu'il peut se réveiller quand il veut. La preuve en image ?

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Et s'il fallait un élément supplémentaire, il ne faut pas oublier que Eyes Wide Shut est basé sur le roman Traumnovelle de Arthur Schnitzler sorti en France sous le nom La Nouvelle Rêvée et Eyes Wide Shut signifie "les yeux grands fermés"...
Dès lors, le film prend une autre dimension, bien plus intéressante et plus complexe que le simple récit d'une mauvaise nuit. Le spectateur se trouve plongé dans l'intimité d'un homme qui est psychologiquement mis à nu. Bill peut se donner les airs qu'il veut devant les autres mais il ne peut pas nous mentir, à nous spectateurs, témoins de ses fantasmes et de ses peurs. Nous sommes plongés au plus profond de la psychologie du personnage et nous devenons les témoins de son vrai "moi". Il ne s'agit plus d'interpréter son état psychologique par rapport à des éléments extérieurs mais en fonction de ce que nous dévoile son inconscient et son subconscient.
Bill est un gamin, émotif, naïf et lâche. Sa vision des femmes est grotesque et rétrograde : les femmes ne sont que des objets, surtout des objets de plaisir, totalement dévouées aux désirs des hommes. On le voit bien dans la scène de l'orgie : seules les femmes sont nues, elles sont toutes sublimes et portent des masques. Grâce aux masques, elles ne sont que des corps offerts, elles ne sont pas personnifiées, elles sont totalement interchangeables. C'est le "chef" qui décide avec quels hommes elles doivent coucher, elles n'ont pas leur mot à dire. De même que les deux prostituées qu'ils rencontrent se ressemblent et, si elles couchent avec des hommes, c'est pour l'argent, pas par désir. A cela s'ajoute la fille du loueur de costume que son père décide de prostituer : elle devient un objet de plus à louer.
L'idée du désir féminin est complétement banni par Bill. C'est pourquoi il est tellement sonné quand sa femme lui avoue qu'elle a désiré un autre homme, qu'elle a fantasmé sur une relation purement physique avec un autre homme. Cet aveu va à l'encontre de l'idée qu'il se fait des femmes et encore plus de la sienne.
Alice n'a pas le beau rôle : c'est elle qui parle de sexe, qui allume le vieux laideron à la soirée de Noël... alors que Bill semble si vertueux. Il est mal à l'aise avec les deux mannequins, il pose un regard professionnel sur le corps nu de ses patientes... Mais, en réalité, s'il reste fidèle à Alice ce n'est pas parce qu'il n'a pas de désirs pour d'autres femmes, ce n'est pas par respect pour sa femme mais parce qu'il est marié et qu'il a trop peur de perdre sa petite vie rangée de bourgeois new yorkais. Il a de l'argent, une très belle femme _ qu'il pend à son bras comme un accessoire de mode, une gentille petite fille, un bel appartement... Il n'a pas envie de tout perdre pour une histoire de fesses. Entre Alice et Bill, le plus minable, c'est Bill. Elle a au moins le courage d'assumer ses fantasmes. Lui non car, même dans son rêve, il lui reste fidèle. Quand il rencontre la prostituée et qu'il va passer à l'acte, comme par hasard, sa femme téléphone et le coupe dans son élan. Et il a bien fait, le bougre, car la fille est séropositive. Il aurait pu se choper une maladie, encore une bonne excuse pour rester auprès de bobonne. Lors de l'orgie, il ne touchera aucune femme puisque, manque de chance, il se fait tout de suite démasquer ! Cerise sur le gâteau : le mot de passe qu'il doit donner pour entrer dans la maison est "Fidelio", fidélité.
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Oui, Bill Harford reste fidèle à sa femme mais ce n'est que pour de mauvaises raisons et c'est pour ça qu'Alice est dévastée quand il lui raconte son rêve au petit matin. Sans compter que l'image qu'il a d'elle est catastrophique : une salope prête à se faire sauter par tout ce qui bouge, tout ça parce qu'elle a eu l'idée de l'idée d'un adultère ! La seule solution pour Alice est de rester ensemble, continuer comme avant et s'aimer.
L'image que donne Kubrick du couple/mariage est assez pessimiste voire glauque mais, au fond, elle est réaliste du point de vue du sentiment. La jalousie est un sentiment universel, nous l'avons tous connus à des degrés divers. Peut-être pas au point de péter un câble comme Bill Harford mais suffisamment pour avoir la gorge serrée.
De même que les êtres humains ont un vrai don pour faire souffrir ceux qu'ils aiment le plus. Alice n'avait pas besoin de raconter son fantasme à son mari, elle n'avait surtout pas besoin d'être aussi honnête. Pourtant, elle l'a fait sachant qu'elle allait le faire souffrir. C'est le plaisir dans la douleur.
La réalisation de Kubrick est une fois de plus superbe, tout en travellings et plans séquences majestueux, une réalisation épurée comme je les aime. Il joue avec les cadres, l'espace et la symétrie du décor. Il s'amuse avec les filtres colorés (bleus et oranges) : quand les personnages sont éveillés, ils sont éclairés par un filtre orange et l'arrière plan est bleu nuit. A l'inverse, quand ils sont dans le rêve, ils sont colorés par un filtre bleu nuit et l'arrière plan est orange.
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Les  décors sont étouffants de préciosité, la musique est angoissante et le rythme de certaines scènes donnent à elles seules le vertige.
L'interprétation est très bonne. Tom Cruise tout en intériorité, frisant parfois la crise de nerf et toujours déboussolé. Nicole Kidman, pour la première fois crédible car elle se laisse aller devant la caméra. Kidman sublime, fragile et forte à la fois. Kidman drôle à pleurer comme dans la scène où, après son joint, elle fait une crise de jalousie à son mari. L'alchimie entre Cruise et Kidman est évidente et l'idée d'avoir choisi un vrai couple est plus que payante. Eux ont payé le prix fort puisqu'ils ont divorcé après le tournage.
Eyes Wide Shut est un film mystérieux, passionnant, efficace, déconcertant, flamboyant et parfaitement maîtrisé. Il oscille entre réalité et imaginaire sans jamais révéler ses frontières. Son sujet universel, est un des plus captivants qui soit : le couple, continent fascinant et mystérieux. Cependant, le film manque de passion et de chaleur pour en faire un chef d’œuvre. Peut-être aurait-il fallu insuffler plus d'énergie, plus de violence au Docteur Harford ; peut-être que le film est d'une beauté trop élégante ou peut-être que ce couple est trop beau pour être vrai ? 
Même si Eyes Wide Shut n'est pas le film de Kubrick que je préfère, il n'en reste pas moins un très bon film surtout au regard de toutes les daubes qui sortent en salle chaque semaines.

4 mai 2011

Full Metal Jacket de Stanley Kubrick (1987)

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     En Caroline du Sud, de jeunes marines font leur apprentissage dans un camp militaire instruit par un impitoyable sergent (Lee Ermey). Huit semaines en état de choc au bout desquelles Guignol (Matthew Modine), Baleine (Vincent D'Onofrio), Cowboy (Arliss Howard) et bien d'autres sont devenues des machines à obéir sans sourciller, des machines à tuer. Envoyés au Vietnam, le groupe participe à l'offensive du Têt...



 Stanley Kubrick s'attaque pour la troisième fois au thème de la guerre avec Full Metal Jacket,  brûlot anti-militariste. Il s'était déjà attelé au genre avec Les Sentiers de la Gloire (1957) et Docteur Folamour (1964). Il n'a pas tourné depuis sept ans et décide d'adapter Le Merdier (The Short-Timer) de Gustav Hasford. Le tournage dure plus d'un an dans les studios Pinewood de Londres.

Film froid et violent, Full Metal Jacket est divisé en deux parties : l'une montre l'instruction des recrues et l'autre, le combat au Vietnam. Les deux parties n'ont qu'un but : mettre en exergue la cruauté de la guerre (et pas seulement celle du Vietnam) et la déshumanisation des soldats.
Full Metal Jacket ne cède jamais au spectaculaire et c'est une première pour un film de guerre car ce n'est pas le délire et les atrocités de la guerre qui intéressent le cinéaste. Ce qu'il montre, c'est comment fonctionne cette machine.

La première scène du film est très révélatrice de tout ce qui va suivre : les jeunes recrues passent chez le coiffeur et se fond tondre la tête. Avec leurs boules à zéro, ils perdent une part de leur identité et, vêtus de leurs uniformes kakis, ils se ressemblent tous. Kubrick avait déjà abordé le thème dans les Sentiers de la Gloire : les soldats sont déshumanisés, anonymes et interchangeables.

Lors de l'instruction des recrues, Kubrick montre le mépris de l'armée américaine pour ces jeunes qui sont presque des enfants : insultes, surnoms grotesques, impolitesse, violence verbale et physique. Ou comment les sourires béats se transforment en une grimace terrifiante. Les personnages sont enfermés dans une structure rigide qui nie totalement leur condition d'êtres humains.
Ils sont examinés à la loupe par le sergent, à demi nu, comme un cheval par un véto ; ils sont infantilisés et on n'hésite pas à utiliser une des recrues comme souffre-douleur pour assurer la cohésion du groupe. L'appelé Baleine est la première victime de ce jeu de massacre.

Les soldats sont tous remplaçables, visent à la disparition de l'ennemi, s'oublient eux-mêmes. On ne sait rien d'eux, ils n'ont pas de passé, même pas de noms, juste ces surnoms imbéciles. En bref, ils sont éduqués pour être des machines à tuer et ils sont des machines à tuer. Ils tuent les autres et se tuent eux-même (la scène du suicide dans les toilettes est inoubliable). La guerre n'est pas glamour, elle n'est pas excitante. Les soldats s'ennuient, ils ont peurs et c'est tout. Ils sont en vie et ils meurent.

C'est le personnage de Guignol qui est le fil conducteur de l'histoire et c'est à travers lui que l'on voit les ravages de la guerre sur les soldats. Son premier échec est la correction qu'il inflige à Baleine. Jusqu'ici Guignol avait réussi à résister au conditionnement du Sergent mais, en participant à cette raclée, il se range du côté des bourreaux alors que jusqu'ici il s'était comporté comme un homme en aidant Baleine, c'est à dire en protégeant le plus faible. Il perdra un peu de son humanité après la découverte d'un charnier quand un Général l'obligera à ôter son badge de la paix et que tout ce qu'il trouvera à dire devant les cadavres est que "la seule chose que savent les morts, c'est que c'est mieux d'être en vie".  Il perdra toute distanciation quand il tuera de sang froid le jeune sniper et, qu'après avoir donné la mort, chantera en cœur avec ses camarades car il est vivant et n'a pas peur.

Stanley Kubrick n'a pas fait un documentaire sur la guerre, il n'a pas cherché une véracité textuelle mais émotionnelle. Il s'est limité à filmer le dortoir des soldats puis la ville en ruine de Hue. Il ne montrera rien d'autre du Vietnam. Le but est évident : Kubrick utilise la guerre du Vietnam comme point de départ de son propos. En ne marquant pas trop géographiquement et historiquement son  histoire, il dénonce la stupidité de tous les conflits, indépendamment du lieu ou de l'époque. C'est pourquoi les décors sont si épurés, les seuls signes d'exotisme sont des palmiers sur le bord des routes et les jolies autochtones. Son film n'en est que plus universel.

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L'action du film est simple, il n'y a pas de grandes scènes de batailles mais chaque balle qui fend l'air fait frissonner. L'une des dernières scènes est terrifiante et quasi insoutenable puisque le groupe découvre que le sniper qui les flingue les uns après les autres n'est qu'une adolescente. Dans ce monde-là, les enfants sont armés et tirent sur tout ce qui bouge. Dans ce monde-là, des hommes ne montrent aucune pitié devant une enfant en train de mourir. Dans ce monde-là, un homme tire une balle dans la tête d'une enfant pour abréger ses souffrances. Oui, "I... Am... In...  A... World... Of... Shit."

La parfaite maîtrise de la réalisation accroit la dureté du récit et intensifie la violence des combats. La réalisation est crue et froide, ce qui ne veut pas dire que le film n'est pas émouvant, bien au contraire. Comme à l'accoutumé, Stanley Kubrick filme en plans séquences et utilise les travellings pour souligner que les personnages sont en marche vers leur destin. La mise en scène est très fluide et épurée, un sujet comme la guerre ne nécessite aucunement une surcharge lacrymale.
 La musique mystérieuse de Abigail Mead (la fille de Kubrick) est totalement anxiogène et Kubrick joue de la dichotomie entre les standards rock des années 60 et la cruauté et la violence des images.

Évidement,  le succès de ce film est dû au génie pur de Stanley Kubrick mais aussi à l'interprétation exceptionnelle des acteurs. Matthew Modine trouve ici un rôle à sa mesure, lui qui avait déjà donné dans le genre militaire avec Birdy de Alan Parker. Il fait de Guignol une personne à la fois sympathique et détestable, oscillant en permanence  entre le bien et le mal. On ne peut s'empêcher d'éprouver une triste sympathie pour ce jeune homme sarcastique, plongé dans un monde de merde et qui perd peu à peu de son humanité. Matthew Modine apporte de la fraîcheur à son personnage et donc au film, surtout dans la première partie. Si vous n'avez pas le cœur brisé en voyant son visage quand il assassine le sniper, c'est que vous êtes un monstre.
Vincent D'Onofrio crève l'écran. Quiconque a vu Full Metal Jacket se souvient de lui et de son personnage de Baleine. Son regard de doux imbécile du début, ses larmes d'enfant, son visage fou, sa carrure impressionnante laissent un souvenir impérissable. Sa performance est juste prodigieuse. Vincent D'Onofrio a l'habitude de dire qu'il doit tout à Stanley Kubrick car, sans lui, il n'aurait jamais eu la carrière qui est la sienne. C'est sans doute vrai mais, j'ajouterai que, sans Vincent D'Onofrio, le succès de Full Metal Jacket n'aurait peut-être pas été le même.
Dans le rôle du sergent instructeur salopard, Lee Ermey fait des merveilles. Il n'a pas fallu le pousser puisqu'il a vraiment été instructeur pour les Marines avant d'être engagé sur le tournage. J'ajouterai qu'il n'est pas difficile de jouer un con quand on en est un soi-même (avis tout ce qu'il y a de personnel mais fondé sur des déclarations imbéciles du monsieur sur la présente guerre en Irak).

Full Metal Jacket est un film froid, âpre, rigide, désagréable, violent, rageur, vertigineux, brillant, maîtrisé, bouleversant, dur... Full Metal Jacket est un film inoubliable.

N.B : Ceux qui se demandent pourquoi "Pyle" (Vincent D'Onofrio) devient "Baleine" en VF, il faut savoir que Stanley Kubrick  fait référence à plusieurs choses. Gomer Pyle est le héros d'une série TV US "The Andy Griffith Show". Pyle est un pompiste simple d'esprit ( tout comme "Baleine").
De plus, Gomer est le surnom donné dans l'armée à une recrue qui met la pagaille ou qui a besoin de plus d'entraînement. Les scénaristes de la série y ont pensé en créant le personnage. Stanley Kubrick fait donc référence à ce personnage, ce qui aurait été incompréhensible pour les spectateurs français car la série n'était pas diffusée chez nous. Il a donc été appelé "Baleine", en référence peu sympathique à sa surcharge pondérale !



Recréer le Vietnam
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L'homme et son double
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1 mai 2011

Un petit porte-bonheur...

... en ce joli jour de printemps.