28 avril 2011

Lolita de Stanley Kubrick (1962)

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     Le professeur Humbert Humbert (James Mason) pénètre de force dans la maison de Clare Quilty (Peter Sellers) et l'abat froidement.
Quatre ans plus tôt, le professeur Humbert Humbert cherche à louer une chambre pour l'été dans le New Hampshire. Il visite la demeure de Charlotte Haze (Shelley Winters) mais, celle-ci se montre tellement entreprenante à son égard, que son seul désir est de fuir les lieux jusqu'à ce que Charlotte lui fasse visiter son jardin. Là, devant ses yeux éblouis se trouve la plus belle plante qu'ait jamais vu Humbert Humbert : Lolita (Sue Lyon), la fille de Charlotte...

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     Lolita est l'adaptation du roman éponyme de Vladimir Nabokov publié en 1955. Roman sulfureux (il traite de l'amour entre un homme d'âge mur et une fillette de 12 ans), sa sortie provoqua le scandale. Pour éviter des ennuis avec la censure, Stanley Kubrick invite Vladimir Nabokov à adapter son livre. Il s'agissait d'édulcorer le livre tout en en gardant la lettre. Et c'est justement ce qui fut reproché au cinéaste lors de la sortie du film : les critiques ont trouvé que Kubrick avait trahi l'œuvre originale en se montrant bien trop policé. Kubrick regrettera plus tard d'avoir surestimé la censure.
Dès le générique, on se rend compte que le réalisateur décide de suggérer la sexualité plutôt que de la montrer de front : on voit Humbert Humbert vernir amoureusement les ongles de pieds de Lolita. Scène érotique s'il en est mais qui laisse libre court à l'imagination. Kubrick ne montrera aucune scène de sexe ni même de baisers torrides entre Humbert Humbert et Lolita, il préférera les jeux de mots et les ellipses. Le sexe est intellectualisé mais il est bien réel : Humbert se montre trop jaloux et autoritaire pour penser qu'il ne s'agit que d'un amour platonique. Lolita en parlera plus franchement à la fin du film quand elle lui réclame de l'argent et qu'elle pense devoir aller à l'hotel avec lui pour l'obtenir. La chose est entendue : Humbert et Lolita ont couché ensemble alors qu'elle n'était qu'une enfant.
Humbert Humbert est donc un pédophile qui, sous son apparence honnête, cache les pires perversités. Nom double et personnalité ambiguë. Non seulement il abuse d'une jeune fille mais aussi de sa mère en lui faisant croire qu'il en est amoureux pour mieux se rapprocher de Lolita. Il n'hésite pas à envisager d'assassiner son épouse afin de vivre pleinement sa passion avec sa "belle-fille". Le destin lui épargnera un meurtre en tuant accidentellement Charlotte. Charlotte, qui ne vaut pas beaucoup mieux que Humbert puisque, bien que veuve éplorée, elle n'hésite pas une seconde à lui faire des avances quand il vient visiter sa maison et qu'il est un parfait étranger. Lorsqu'elle met enfin le grappin sur le vilain professeur, elle n'hésite pas à envoyer sa fille en pension afin de rester seul avec l'objet de son affection. Elle sacrifie son unique enfant sur l'autel de sa vie sexuelle, car au fond, ce qu'elle veut de son nouveau mari, c'est la volupté.
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Lolita apparait comme la victime de ces deux êtres répugnants. Apparait est le bon terme car la nymphette est loin d'être aussi fragile qu'elle n'y parait. Dès qu'elle croise le regard de Humbert Humbert, elle sait. Elle sait qu'il la désire plus que tout au monde et qu'il donnerait tout pour la posséder. De même qu'elle comprend fort bien que sa mère fantasme sur le professeur. Elle s'amusera à lui mettre des bâtons dans les roues et jouera la carte de la séduction naïve avec Humbert. En outre, c'est elle qui proposera un jeu _ qui a tout l'air d'être sexuel _ à Humbert lorsqu'ils se retrouveront seuls à l'hôtel. Et puis, comble de la manipulation, elle se jouera de Humbert avec Clare Quilty avec lequel elle entretient également une liaison. Elle abandonnera Humbert à son triste sort et le rappellera quand elle aura des difficultés financières. Lolita est une victime consentante et manipulatrice.
Clare Quilty est un pervers de belle qualité car, comme Humbert, c'est un pédophile mais, en plus, il prend un malin plaisir à se jouer de Humbert. Dès qu'il rencontre le couple à l'hôtel, il comprend ce qui se passe et se présente sous l'apparence d'un flic pour faire peur à Humbert. Plus tard, il prendra l'apparence d'un psychiatre tendance nazie afin de le terroriser à nouveau et l'obliger à laisser Lolita faire du théâtre. Clare Quilty est le double machiavélique d'Humbert et son meurtre par Humbert nous fait entrer dans le monde de la pure démence.
Tous semblent être des personnes civilisés, de bons goûts mais, dès qu'on gratte un peu le vernis, ils apparaissent sales et dépravés. Ils portent le masque de la vertu pour cacher leurs vices. Et c'est en cela que le film est intéressant car il évoque davantage une satire sociale qu'un film sur la débauche. Kubrick fait le constat d'une Amérique malade de son puritanisme et totalement béotienne. Dans la mare aux biens pensants, aux interdits, à la bonne conduite et aux bienséants grouille la vermine la plus infecte qui soit. C'est le royaume de la futilité et de la crétinerie crasse.
On le voit dès l'arrivée de Humbert chez Charlotte : c'est un Européen raffiné qui fait tache au milieu des banlieusards balourds. Charlotte est une petite bourgeoise qui veut se donner l'air cultivé et précieux : elle accroche des copies de peintures françaises dans sa chambre, préside le comité de lecture et rêve d'avoir une domestique française car c'est le comble de la sophistication (du moins pour elle). Un monde les sépare, une seule chose les réunit : Lolita, une péronnelle, source de désirs pour l'un et d'ennuis pour l'autre. Cette dichotomie est à l'origine de scènes comiques (quand Humbert doit danser le cha cha cha ou quand il se plaint de n'être qu'un objet sexuel), à la limite du vaudeville _ le début du film évoque un ménage à trois. Et l'aspect satirique de la comédie apparait dès la visite de la maison avec une Charlotte agressive sexuellement et un Humbert se dérobant jusqu'à la découverte d'une Lolita lascive et à demi nue.
La satire de la société américaine se manifeste également lors de la scène du bal puisque les Farlow, à qui ont donnerait le bon Dieu sans confession, font clairement état de jeux sexuels échangistes. Ce qui n'empêchera pas Mme Farlow de détourner le regard quand elle verra Humbert nu dans son bain, une façon pour Kubrick de dénoncer l'hypocrisie environnante.
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Le film est une satire mais qui comporte des éléments dramatiques qui lui confèrent toute sa puissance émotionnelle. On voit ainsi un affrontement entre une mère et sa fille, une histoire passionnelle qui vire au tragique, un mariage bâti sur le mensonge, la mort accidentelle d'une mère... Mais à aucun moment on ne tombe dans le pathos, on reste dans l'ironie. Kubrick ne filme pas l'accident en lui-même, on n'assiste pas à l'enterrement tout comme il nous épargne le mariage et ses larmes de joie. Cela confère au film une ambiance douce-amère annonciatrice de la tragédie.
Lolita est le dernier film "naturaliste" de Kubrick même si le personnage de Quilty évoque la farce. Son traitement est proche du film noir avec son récit en flashbacks, la voix off, le jeu de manipulation entre les protagonistes, Lolita en femme fatale et ce subtile jeu d'ombres et de lumières sur les visages des personnages. De plus, le film s'ouvre (et se ferme) sur le meurtre de Quilty (ce n'est pas le cas dans le livre) afin de déplacer l'intérêt du roman : le spectateur ne se demande pas si Humbert va coucher avec Lolita mais il se demande ce que Quilty a bien pu faire pour mériter la mort ; on se rapproche du film policier _ le spectateur tenant le rôle de détective.
La réalisation de Kubrick est sublime : la scène de la visite de la maison est une succession de plans séquences et de travellings majestueux. La séquence du drive-in est un bijou d'inventivité : le cinéaste marie avec bonheur des images de film d'horreur et de gestuelles des mains, révélant ainsi la vraie personnalité des personnages.
Il joue également avec la musique puisque l'air jazz qui accompagne Lolita ou sa mère prend une dimension beaucoup plus lubrique quand Humbert prend son bain après la mort de sa femme, pensant à sa future vie avec Lolita.
James Mason est impeccable dans le rôle d'Humbert Humbert : son jeu est subtile et mesuré. Il a l'élégance nécessaire pour faire passer Humbert pour un homme du monde et assez de folie dans le regard pour nous faire peur. La jeune Sue Lyon est tellement Lolita qu'on comprend que ce rôle l'ait marquée à vie. Mais celui qui les éclipse, c'est Peter Sellers. Son jeu de masques est bluffant, grandiose et volcanique.
Alors, oui, le Lolita de Kubrick n'est pas celui de Nabokov et c'est tant mieux. Après tout, si vous voulez le livre, lisez-le. Kubrick s'est approprié cette histoire tragique pour en faire un film qui est le reflet d'une société délétère. Lolita est un film bouleversant parce qu'il choque notre moralité et nous oblige à voir ce que nous ne voulons pas voir et ce que nous faisons semblant d'ignorer.

27 avril 2011

Le cinéma de Kubrick entre raison et passion

Une conférence de Michel Ciment du 26 avril 2011 à la Cinémathèque Française.

Un fil rouge relie les films de Kubrick qui sont autant d’avertissements en forme de fables : le rapport au coeur de chaque homme et dans la société entre une volonté de contrôle, l’affirmation de la raison et l’irruption de la passion, de la violence et du refoulé.

Historien et critique de cinéma, Michel Ciment est maître de conférences en civilisation américaine à l’université de Paris VII et membre du comité de rédaction de Positif, collaborateur régulier du Masque et la Plume à France Inter et producteur de Projection privée à France Culture. Il est l’auteur, entre autres, de Kazan par Kazan (1973), Le Livre de Losey (1979) et de Kubrick (1980), premier ouvrage français sur le cinéaste.

26 avril 2011

Stanley Kubrick : l'artiste et sa méthode

Rencontre avec Ken Adam, Marisa Berenson, Michel Ciment, Nigel Galt, Jan Harlan, Christiane Kubrick, Tim Heptner, animée par Serge Toubiana.

La Cinémathèque Française a mis en ligne la vidéo de la table ronde qui a eu lieu le 31 mars. Pour les admirateurs de Kubrick, c'est 77 minutes de bonheur.

La table ronde peut être consultée par entrées thématiques selon le minutage de la vidéo :

00:00:00 : Introduction
00:04:04 : Napoleon, le rêve d'un film
00:14:49 : Barry Lyndon, Docteur folamour : pré-production, décors et tournage
00:36:48 : Être perfectionniste n’est pas un défaut
01:06:36 : Questions des spectateurs

Barry Lyndon de Stanley Kubrick ( 1975 )

barry lyndon, stanley kubrick
    



     Irlande, XVIIIème Siècle. Le jeune Redmond Barry (Ryan O'Neal) vit avec sa mère depuis le décès de son père, tué au cours d'un duel au pistolet. Fou amoureux de sa cousine, il provoque en duel le Capitaine Quinn (Leonard Rossiter) qui la courtise également. Redmond sort victorieux mais doit s'enfuir en attendant que l'affaire se tasse. N'ayant aucun moyen de subsistance, il s'engage dans l'armée anglaise...


barry lyndon, stanley kubrick
Depuis plusieurs années, Stanley Kubrick souhaite réaliser un film sur Napoléon. En 1974, la Warner propose de lui donner les fonds pour réaliser son projet mais le studio finit par abandonner l'idée et Stanley se retrouve le bec dans l'eau. Qu'à cela ne tienne, il en faut plus pour décourager le cinéaste qui se met très vite en quête d'un nouveau projet. Il trouvera son sujet dans le roman de William Makepeace ThackerayMémoires de Barry Lyndon. Cet ouvrage peu connu plait immédiatement à Kubrick, probablement car le personnage principal est un de ces anti-héros chers au cœur de l'artiste :  tous ses efforts pour s'en sortir seront vains, son pire ennemi étant lui-même. En outre, ce roman va lui permettre de réaliser un film en costume.
Le tournage va durer 250 jours pour un budget de 11 millions de dollars (au départ il ne devait coûter que 2,5 millions). Les tournages de Kubrick s'éternisent car il a le soucis du détail. Pour Barry Lyndon, il voulait reproduire à la perfection les mœurs du XVIIIème siècle, faire une sorte de "documentaire" (dixit Ken Adam, son chef déco). On sent bien ici la volonté du cinéaste de restituer la somptuosité de l'Europe du Siècle des Lumières : ce qui frappe immédiatement, c'est la beauté plastique du film et personne, même ceux qui n'aiment pas le film, ne peuvent nier qu'il est visuellement splendide.
Le traitement pictural des éclairages et des couleurs rappellent les ambiance en clair-obscur des œuvres de Georges de La Tour et du Caravage, les couleurs des paysages de Gainsborough. Le film est entièrement tourné en lumières naturelles et les intérieurs ne sont éclairés que par des bougies. Kubrick s'est servi dans ce but de trois objectifs photo 50 mm f/0.7 de Zeiss mis au point pour le projet d'alunissage Apollo de la Nasa ! Rien que ça...
La majesté apparait aussi dans la finesse des décors et la délicatesse des costumes. La préparation des costumes dure 18 mois : la plupart des costumes sont des vêtements d'époque, les autres sont recrées d'après des tableaux ou avec l'aide d'historiens. Chaque détail compte : des bijoux aux perruques, tout doit être réaliste. Cette surabondance visuelle tranche avec la sobriété des précédents films de Kubrick.
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Cet esthétisme particulier confère au film une froideur altière et le découpage en longues scènes provoque un certain statisme qui peut rebuter. Cependant, cet esthétisme flamboyant hausse le film au-dessus du simple divertissement romanesque et fait de ce film une œuvre dont la qualité traduit le perfectionnisme du cinéaste. Tout est fait pour que le spectateur ait le sentiment d'être plongé au cœur du XVIIIème siècle. 
La musique est choisie avec la même exigence. Kubrick utilise de grands thèmes baroques et classiques, des extraits d'œuvres de Jean Sébastien Bach, Paisiello, Schubert, Vivaldi, Mozart et Frédéric II de Prusse. Certaines partitions sont réorchestrées par Leonard Rosenman (notamment la Sarabande de la Suite pour clavecin n°4 de Haendel, l'un des thèmes musicaux récurrents du film). La musique est un personnage à part entière et sa puissance souligne la destinée tragique de Barry Lyndon.
Barry Lyndon est interprété par un Ryan O'Neal convainquant, tour à tour attachant et écœurant. Par instant, on se sent pleinement du côté de Barry (quand il se fait éconduire par sa cousine, se fait enrôler de force par l'armée prussienne, perd son enfant, se bat en duel avec Lord Bullingdon, doit se faire amputer...) et par instant, on a envie de lui foutre des baffes (quand il trompe sa femme, bat son beau-fils, dépense l'argent de sa femme pour acquérir un titre de Lord...). Barry n'est ni bon ni mauvais, ce n'est pas un héros ou une ordure : c'est un homme. Son pire ennemi, c'est lui-même. Il se fourre dans des situations dramatiques par ambition ou par bêtise _ ce qui revient au même. Sa vie est totalement absurde et il ne se rendra compte qu'il a tout gâché que lorsqu'il aura tout perdu. Il est difficile de s'identifier à un tel personnage alors que c'est le personnage principal du film. C'est ce qui est intéressant dans le cinéma de Kubrick, et particulièrement dans ce film et dans Orange Mécanique, c'est que le cinéaste ne nous oblige pas à aimer les personnages. Il ne les rend pas attachants ou sympathiques, de même qu'il ne fait rien pour nous dégoûter totalement d'eux. Il les filme dans leur complexité d'être humain et nous laisse le choix de les aimer ou pas. Un concept novateur à Hollywood (je dirai même un pari risqué) et une grande générosité de Kubrick envers son public et envers ses personnages qui ne sont pas condamnés à l'avance à un amour sans borne ou à une haine farouche de la part des spectateurs. Beaucoup reprochent à Kubrick la distance froide qu'il prend envers ses personnages, c'est pourtant cette distance qui permet aux spectateurs de s'approprier le film et de l'interpréter seuls et non en fonction de pistes données par le réalisateur. Reprocher à Kubrick d'être distant reviendrait à lui reprocher de ne pas insulter l'intelligence de son public ! Pour une fois qu'un cinéaste nous autorise à penser par nous-même, on ne peut quand même pas lui en tenir griefs...
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La vie de Barry est une succession de rencontres plus ou moins favorables. Celle par qui le bonheur et le malheur arrivent est sa douce et triste épouse, interprétée par Marisa Berenson. Très peu de dialogues pour l'actrice mais un jeu physique impressionnant. L'autre personnage qui va bouleverser à jamais la vie de Barry est Lord Bullingdon (Leon Vitali), le fils de la Comtesse de Lyndon né de son premier mariage. Dès les premiers instants, Lord Bulligdon devient l'ennemi de Barry, sa haine envers lui ne fera que croître jusqu'à l'épilogue : un duel au pistolet entre les deux hommes. Alors que Barry se montre magnanime envers son beau-fils, celui-ci se montre implacable envers celui qui a remplacé son père dans le lit de sa mère. Il blessera grièvement Barry  et le forcera a quitté l'Angleterre. Ce duel au pistolet renvoie au duel qui a ôté la vie au père de Barry : la mort du père prive Barry de la vie fastueuse due à son rang  tout comme le duel avec Lord Bullingdon. La boucle est bouclée. Un constat tragique et amer : tout ce qu'il a accompli dans l'existence ne sert à rien car il termine sa vie comme il l'a commencé _ seul avec sa mère et désargenté.
Barry Lyndon est un chef d'œuvre dont la virtuosité n'a jamais été égalée. La réalisation est éblouissante, l'émotion est intense et la musique est envoûtante. Barry Lyndon est une œuvre flamboyante qui inscrit définitivement Stanley Kubrick dans la case Artiste.

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24 avril 2011

Joyeuses Pâques !!!


Un très joyeux et chaleureux week end de Pâques à tous ! J'espère trouver un beau bébé comme ça dans mes œufs en chocolat

19 avril 2011

Variations sur le même thème...

Stanley Kubrick, images, pictures

17 avril 2011

Flying Padre de Stanley Kubrick (1951)

      Flying Padre est le second court métrage réalisé par Stanley Kubrick. Ce film est un documentaire qui parle d'un prêtre du Nouveau Mexique qui, parce que sa paroisse s'étend sur une large superficie, utilise un avion pour se déplacer. On le voit donner des conseils, faire des sermons et utiliser son zinc comme d'une ambulance pour sauver un enfant. L'histoire n'a rien d'originale mais, comme l'a dit lui-même Kubrick en parlant de son film, "au moins, il est bien photographié".
Et vous noterez le travelling arrière à la fin du film...




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15 avril 2011

2001, L'Odyssée de l'Espace (2001: A Space Odyssey) de Stanley Kubrick (1968)

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      L'Aube de l'Humanité. Des humanoïdes vivent en milieu hostile et découvrent un monolithe noir dont la présence semble modifier leur comportement...
En 2001, le Dr Floyd (Willliam Sylvester) doit enquêter sur la présence d'un monolithe noir que l'on a découvert sur la Lune et qui envoie des ondes électromagnétiques vers Jupiter... 18 mois plus tard, le "Discovery" entreprend un voyage vers Jupiter...

2001 l odyssee de l espace, stanley kubrick      2001 L'Odyssée de l'Espace est sans conteste le film le plus mystérieux qui soit car, ni le film ni Stanley Kubrick ne nous en ont donné la clef. De nombreuses personnes y sont allées de leur interprétation _ ce film doit être l'un des plus commentés de Stanley Kubrick. Me voici donc un peu (beaucoup) fébrile à l'idée de "m'attaquer" à cette pièce d'anthologie. Je ne suis pas plus maligne que les autres, c'est donc en toute humilité que je pars à l'assaut de "l'ultime trip". Il serait totalement idiot et prétentieux de ma part de tenter une analyse du film puisque certains s'y sont employés avec brio et avec certainement plus d'intelligence que je ne saurais le faire. Je ne suis pas Michel Ciment ou Michel Chion mais, si d'aventure je pouvais vous donner envie de voir ou revoir ce chef d'œuvre du 7ème Art alors, comme le Dr Floyd, j'aurais accompli ma mission. Et il me semble totalement impossible de tenir un blog consacré au cinéma sans écrire sur 2001 l'Odyssée de l'espace.
Stanley Kubrick nous invite à une expérience intellectuelle et sensorielle du plus haut niveau. Le film est d'une telle richesse philosophique qu'il est impossible de le regarder sans se poser de questions. Cependant, 2001 n'est pas un film pour geek ou nerd, il n'est pas nécessaire d'être un intello pour se laisser embarquer par l'histoire et vivre cette expérience émotionnelle. Laissez-vous bercer par la musique de Strauss,  émerveillez-vous devant la splendeur des images et planez devant ce trip psychédélique. Kubrick vous laisse le choix de comprendre ce que bon vous semble, il ne vous impose pas un point de vue... Il vous laisse réfléchir par vous même et accepte que votre interprétation varie en fonction de votre vécu ou de vos émotions. Que l'on ait 10 ou 80 ans, il est possible d'apprécier et de s'approprier le film.
J’ai tenté de créer une expérience visuelle qui aille au-delà des références verbales habituelles et qui pénètre directement le subconscient de son contenu émotionnel et philosophique. J’ai eu l’intention de faire de mon film une expérience intensément subjective qui atteigne le spectateur au niveau le plus intérieur de sa conscience juste comme le fait la musique. Vous avez la liberté de spéculer à votre gré sur la signification philosophique et allégorique de ce film.
Stanley Kubrick
Kubrick témoigne ici d'un grand respect pour son public (qu'il ne prend pas pour un crétin mangeur de popcorn) et fait preuve d'une grande générosité car il abandonne son film aux mains des spectateurs, son film n'étant plus qu'un catalyseur à notre voyage intérieur.
Kubrick est un homme curieux et la possibilité d'une vie extra-terrestre lui plaît. Comme à chaque fois qu'il se passionne pour un sujet, Stanley dévore toute la documentation sur le sujet. Sujet qu'il lui parait tellement riche qu'il décide d'en faire un film. Il se met à écrire un scénario avec l'aide de l'écrivain de science-fiction Arthur C. Clarke. Pendant que Kubrick réalise son film, Clarke peaufine le scénario du livre homonyme, s'inspirant même des rushs du film.
Le tournage dure 7 mois, la postproduction deux ans et le budget gonfle à vue d'œil, plus de la moitié étant consacrée aux effets spéciaux !  Effets spéciaux qui n'ont pas pris une ride et font même rougir de honte certaines productions numériques...
Stanley Kubrick fait preuve de sa minutie légendaire et le résultat est spectaculaire et novateur : le film est à la fois une superproduction et un film d'auteur ! Le film ne devait pas du tout avoir cet aspect expérimental au départ puisque Kubrick voulait le tourner comme un documentaire avec interviews de scientifiques et voix off explicative. C'est pendant le tournage que Kubrick a changé son fusil d'épaule et a décidé de retirer toutes les parties explicatives et de réduire les dialogues à leur minimum faisant de 2001 un film quasiment muet.
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Il y a un avant et un après 2001. Jusqu'au film de Kubrick, le cinéma de SF s'était contenté de traiter de sujets très primaires. Pour la première fois, un film donnait à voir le long périple que représente un voyage dans l'espace. Pour la première fois, on nous montrait l'inquiétante confrontation entre l'humain et une intelligence artificielle (Hal 9000). Et pour la première fois, un cinéaste confrontait deux univers temporels : un ossement préhistorique se transformant en vaisseau spatial  !!!!
2001 est un film recherché, une épopée sur le devenir de l'Homme, son rapport au temps qui passe et au progrès technique, sur sa place dans l'univers et sur les questions qu'il se pose sur la création de cet univers. C'est un film philosophique mais jamais prétentieux ou chiant. Certains pourront peut-être le trouver long ou seront frustrés par toutes ces questions sans réponses mais comment rester froid devant ce foisonnement philosophique et métaphysique?! Le réalisateur de 2001 était d'une imagination débordante et d'une grande intelligence et son film fourmille d'idées.
La dernière scène du film est probablement la plus étourdissante et celle qui m'a le plus torturée l'esprit ! Je préfère laisser le soin à Kubrick d'en donner sa vision plutôt que de partager avec vous mes délires dignes d'un fumeur de moquette...
Le troisième monolithe entraîne Bowman dans un voyage intérieur et interstellaire jusqu'au zoo humain où il est placé, qui n'est pas sans rappeler un milieu hospitalier terrestre, sorti tout droit de ses rêves et de son imagination. Plongé dans l'éternité, il passe de l'âge mûr à la sénescence, puis à la mort. Il renaît sous la forme d'un être supérieur, un enfant étoile, un ange, un surhomme si vous préférez, et revient sur terre, prêt pour le prochain bond en avant de la destinée évolutive de l'homme.
Stanley Kubrick
 Comme je l'ai dit plus haut, le film est quasiment muet, les dialogues étant concis et sans grand relief. Les personnages humains semblent si froids et ternes à côté des humanoïdes du début ou de Hal, l'ordinateur embarqué du Discovery. Un peu comme si les humains étaient las de tout parce que trop "vieux", les humanoïdes du début ont tout à apprendre ainsi que Hal qui n'est qu'un "enfant".  Le pessimisme de Kubrick envers l'espèce humaine s'exprime ici de manière criante même s'il place de l'espoir dans cet "enfant étoile".
Une des scènes les plus émouvantes du film est celle où Bowman débranche Hal car celui-ci a essayé de le tuer. Sa conscience disparaît petit à petit et ses suppliques envers Bowman sont déchirantes. Ce qui est le plus étonnant est de ressentir autant de peine pour une machine et si peu pour Franck Poole et l'ensemble de l'équipage que Hal a tué quelques minutes plus tôt...
2001 est d'une grande richesse spirituelle, intellectuelle, émotionnelle mais aussi technique. Stanley Kubrick s'est surpassé pour nous donner cette vision si réaliste du cosmos. Il a fabriqué un projecteur de 10 pouces sur 8 pour projeter les photos à  l'arrière plan sur un écran de 30 mètres sur 10. Pour la séquence psychédélique, il a développé le système du slit scan... Il a fait un travail novateur sur les lumières en ouvrant le diaphragme de sa caméra au maximum et en utilisant au maximum les lumières du décors .
Sa mise en scène et le montage atteignent la perfection : tout le monde a entendu parler de cet os jeté en l'air qui se transforme en vaisseau spatial dans un fondu parfait, nous faisant vivre la plus grande ellipse de l'histoire du cinéma.
La photographie est sensationnelle et certains travellings relèvent de la maestria. Et que dire de l'utilisation de la musique classique ? Miraculeuse. Vous en connaissez beaucoup des films de science-fiction sans musique électronique ? Personne n'aurait pu croire que la musique de Richard Strauss s'unirait aussi bien aux images de vaisseaux ou d'astronautes.
Sa rigueur scientifique s'exprime au plus haut point puisque sa représentation du cosmos est fidèle à la réalité. Une vision tellement réaliste que certains iront fantasmer que l'Homme n'a pas marché sur la Lune en direct à la télévision mais que ces images ont été tournées par Kubrick, en studio, à la demande du gouvernement américain !
2001 l'Odysée de l'espace est un film d'une grande poésie qui vous plonge dans un état quasi hypnotique.
Kubrick était un génie, un visionnaire... Il a enlevé tous les clichés et "trucs" de la SF classique pour mieux transcender le genre. Le cinéma ne s'est jamais remis de 2001 car ce film est un prodige artistique. Stanley Kubrick était au cinéma ce que Mozart était à la musique.


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14 avril 2011

Dr Folamour : Ou Comment J'ai Appris A Ne Plus M'en Faire Et A Aimer La Bombe (Dr Strangelove: Or How I Learned to Stop Worrying And Love The Bomb) de Stanley Kubrick (1968)

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Gentlemen, you can't fight in here! This is the War Room! President Merkin Muffley

      Le Général Jack D. Ripper (Sterling Hayden) devient fou et ordonne à ses hommes de balancer des ogives nucléaires sur  l'URSS  afin d'empêcher les Russes de souiller "les précieux fluides corporels" de ses compatriotes. Alertés par le colonel Mandrake de la RAF (Peter Sellers), le Président des Etats-Unis Merkin Muffley (Peter Sellers), l'ensemble de son Etat Major et son conseiller scientifique, le Docteur Folamour (Peter Sellers), vont tenter de désamorcer cette crise qui risque de provoquer la fin de toute vie sur terre...

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      L'histoire du Docteur Folamour n'est pas seulement le fruit du cerveau d'un artiste inspiré. Ce film est surtout une réflexion sur les événements de l'époque : la Guerre Froide.
Kubrick est très choqué par la crise des missiles de Cuba, essentiellement car il s'aperçoit que les gens acceptent tout sans broncher. Il décide alors d'écrire un scénario sur le sujet. Au début, son histoire est très sérieuse puis il se rend compte du comique de certains aspects de la situation et décide de faire une comédie cauchemardesque.
Dans son premier jet, des extra-terrestres observent la terre suite à un holocauste nucléaire. Le film s'intitulait alors The Delicate Balance of Terror. Rapidement, Kubrick décide que l'histoire doit placer ces absurdités dans un contexte réaliste. Il fait alors appel à l'écrivain Terry Southern afin d'apporter de l'humour sans tomber dans le grotesque. Ensemble, ils adaptent le roman Alerte Rouge de Peter George, le transforment et en tirent Docteur Folamour, un film acerbe à l'humour pessimiste, tordant mais impitoyable.
La menace qui plane au-dessus de la tête des protagonistes est d'autant plus traumatisante qu'elle joue sur le comique. Un comique noir mais éclatant : le film fourmille de répliques jubilatoires, de situations cocasses et de dialogues hallucinants.
C'est aussi (surtout) à Peter Sellers que le film doit sa drôlerie : il est hallucinant dans ses trois rôles. Totalement méconnaissable, il déploie ici toutes ses qualités d'imitation, de transformation et d'improvisation. La majorité du texte dit par Sellers n'était pas dans le script, Kubrick l'a laissé improviser. Sellers a trouvé des répliques qui sont devenues cultes : quand Mandrake explique au Général Ripper qu'il a une corde dans la jambe, quand le Président Américain annonce à son homologue Russe qu'un de ses officiers a perdu la boule, quand le Docteur Folamour fait ce truc de dingue avec les bras... Rien de tout ceci n'était écrit. Ça prouve à quel point Sellers était imaginatif et à quel point Kubrick lui faisait confiance, lui qui était si rigoureux.
Peter Sellers devait également jouer le rôle du Major Kong, celui qui va lancer ses bombes à bord de son B-52. Mais Sellers n'était pas très emballé car il trouvait qu'il ne maîtrisait pas l'accent texan et que jouer quatre rôles dans un même film était peut-être excessif. En fin de compte, c'est une blessure à la jambe qui l'empêchera d'assurer ce rôle car il lui était impossible de bouger dans l'avion.
Toujours est-il que Dr Folamour est le film dans lequel s'exprime le plus toute la mesure de son talent.  
Face à Sellers et à son génial génie, il fallait quelqu'un qui ait de la personnalité. George G. Scott est parfait pour interpréter le Général Turgidson. Son personnage est inspiré par le Général Curtis LeMay, un anti-communiste fanatique. Turgidson est un vrai gamin qui boude quand il se fait réprimander par le Président, il a une vision adolescente du sexe et c'est un optimiste à toute épreuve !
Bien que respectant Kubrick, George C. Scott était en conflit avec lui car le cinéaste le forçait à surjouer et Scott n'aimait pas ça car ce n'était pas sa façon de travailler. Au final, son jeu exagéré provoque l'hilarité et rend son personnage attachant.
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Sterling Hayden n'est pas en reste : sa performance de Jack Le Frapadingue est épatante. Et le reste du casting est à l'unisson.
A noter que la fin du film devait être burlesque : une bagarre de tartes à la crème dans la salle de guerre devait clore le film. Le problème est que les personnages n'étaient plus identifiables sous leur couche de crème fouettée. A cela s'ajoute le fait que les acteurs étaient morts de rire, il aurait fallu retourner la scène, or Columbia Pictures avait prévenu Kubrick qu'il devrait tourner la scène en une seule prise car elle était coûteuse. Résultat Kubrick a laissé tombé et le film s'achève sur le Docteur Folamour qui se lève de son fauteuil roulant, mystérieusement revigoré par son retour au pouvoir nazi et tout excité à l'idée de forniquer dans le bunker !
Stanley Kubrick signe ici un pur chef d'œuvre de comédie, la seule qu'il tournera (et c'est dommage). Son génie créatif est visible à chaque plan et on retrouve son sens du cadrage et sa magnifique photographie. Son sens du détail est visible dans toutes les scènes mais surtout dans celles à bord du B-52, incroyable de réalisme. La table de la salle de guerre a même était peinte en verte à la demande de Kubrick car il voulait donner l'impression que les 36 personnages assis autour de la table participaient à une partie de poker géante où le sort du monde était en jeu... ce qui a amusé son chef décorateur puisque le film est en noir et blanc ! Mais le cinéaste souhaitait donner cette impression à ses acteurs afin d'influencer leur jeu. Ce mec pensait à tout !
Une fois n'est pas coutume, Kubrick se joue de la musique avec génie et réussit à créer quelques effets spéciaux qui, certes ont un peu vieilli, mais font quand même illusion.
Docteur Folamour est le film le plus corrosif, audacieux , drôle et intelligent de Stanley Kubrick. Un bijou.



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12 avril 2011

Le Baiser du Tueur (Killer's Kiss) de Stanley Kubrick (1955 - sortie française 1962)

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      Davy Gordon (Jamie Smith) est un boxeur en fin de carrière. Un soir, après une énième défaite, il vient en aide à sa voisine, Gloria (Irene Kane), une danseuse. Très vite, les deux jeunes gens s'éprennent l'un de l'autre et décident de tout quitter pour recommencer une nouvelle vie ensemble. Mais, le patron de Gloria (Franck Silvera) ne l'entend pas de cette oreille. Amoureux d'elle, il décide de tout tenter, même tuer Davy, pour la reconquérir...

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      Le Baiser du Tueur est le premier film officiel de Stanley Kubrick puisqu'il a renié son premier métrage Fear and Desire, le considérant comme un film d'amateur. Quelques années plus tard, Kubrick finira par déclarer que Le Baiser du Tueur est aussi un film d'amateur. Décidément, Kubrick n'était pas très tendre avec ses œuvres de jeunesse !
Le Baiser du Tueur est un film noir, entièrement tourné en décors naturels, principalement dans les rues de New York. Le jeune cinéaste avait un budget de misère pour réaliser son film (40 000$ donné par un parent de Kubrick _ Morris Bousel qui sera crédité comme producteur) et aucune autorisation pour filmer dans les lieux publics et les rues de New York ! Il devait donc faucher ses séquences, ce qui donne au film un caractère très réaliste et un aspect très novateur pour l'époque.
L'absence de budget a obligé Stanley Kubrick à occuper tous les postes ou presque : scénariste, producteur, réalisateur, monteur et directeur de la photographie ! Cela lui permet de faire des économies, de rester indépendant et d'apprendre son métier sous toutes les formes. La modestie des moyens n'a pas empêché Kubrick de travailler avec la même minutie ou le même sens du détail que sur tous ses autres films. Les témoins de l'époque rapportent d'ailleurs qu'ils sentaient chez le jeune homme un certain autoritarisme et un désir de perfection. Les conditions de tournage ne sont pas faciles : l'équipe subit le caractère affirmé du cinéaste, elle doit travailler dans le froid, les techniciens voient leurs salaires baisser, le tournage prend plus de temps que prévu et Franck Silvera ratera même un rôle important au théâtre. Tout ceci ne gêne pas Kubrick qui trouve toujours une solution à ses problèmes : lorsqu'il vire Nat Boxer, son ingénieur du son, il décide d'enregistrer lui-même le son sur un vieux magnéto ! Le résultat final n'étant pas génial, les dialogues doivent être entièrement refaits en post-synchronisation. Ce qui explique que certaines scènes manquent un peu de naturel...
Le film permet à Kubrick de refaire un film sur la boxe, un sport qui le passionne, après son court métrage Day of the Fight (1951). Pour ce faire, il s'inspire d'un roman de Mickey Spillane et place son histoire dans les quartiers mal famés de la Big Apple afin de créer une ambiance crasse et une impression d'abandon.
Le choix de la boxe n'est pas  insignifiant car ce sport suggère un face à face et c'est le plus fort qui gagne. La boxe fonctionne à l'envers :  dans la vie, on a une tendance à fuir la violence et les coups alors que dans la boxe, on va au devant de la brutalité et de la peine. Le choix du métier de danseuse pour Gloria n'est pas anodin non plus car il suggère le désir, la sensualité et un rapport meneur/mené.
La ville, les protagonistes, les appartements poisseux, les cours désertes renforcent les sentiments de désolation et de pessimisme du film.
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Le Baiser du Tueur montre déjà les obsessions de l'artiste que l'on retrouvera dans tous ses films. Comme je vous l'ai dit, la boxe est un duel et Kubrick est fasciné par les duels car il sait que le conflit est source du malheur et que l'Homme est fondamentalement violent. Il cache ou refoule cette violence au plus profond de lui mais il ne faut pas grand chose pour qu'elle refasse surface. Ici, c'est par amour/désir que les deux principaux protagonistes vont s'affronter, de la plus étrange façon qui soit. Davy et Vince vont se poursuivre jusque dans un entrepôt de mannequins et vont s'affronter au milieu des corps, bras et têtes en cire. Leur combat ressemble à celui de deux gladiateurs, l'un utilisant une hache, l'autre une lance ou encore le tronc ou une jambe de ces poupées inanimées. La scène est totalement surréaliste ! Le découpage est dynamique et les plans serrés sur les deux protagonistes tranchent totalement avec la course poursuite en plans larges dans les bas fonds de New York quelques minutes auparavant. C'est d'autant plus oppressant que Vince a le visage rempli d'effroi et que, lorsque Davy se cache dans l'entrepôt, Kubrick le filme en plan très serré avec, au-dessus de la tête du boxeur, des mains de cire qui pendent, comme des mains de cadavres qui tenteraient de l'attraper. Une scène horrifique, d'une grande intensité émotionnelle et visuelle et qui montre tout le talent du cinéaste.
Cinéaste en devenir à l'époque mais qui teste ici des composants qui deviendront récurrents dans son œuvre :  le duel, le pessimisme, la violence frontale, la voix off, la symétrie des éléments, le soin apporté au cadrage et à la photographie... On voit déjà ici son obsession pour la lumière et son penchant pour les contrastes.
La chose la plus exceptionnelle dans ce métrage est le choix délibéré de Kubrick pour le happy end.  C'est son seul film qui finit bien et plus que bien puisque Davy - le raté se transforme en vainqueur. Davy n'est pas un anti-héros mais bien un héros. Kubrick n'a jamais caché qu'il s'agissait d'un choix stratégique : cette fin heureuse lui permettait de se rapprocher des ténors de Hollywood, de leur vendre le film et de se faire connaître. Après Le Baiser du Tueur, Kubrick ne cédera plus jamais au happy end, le film sombrant toujours dans le tragique, même de justesse (comme dans le Docteur Folamour).
A la sortie du film, une partie de la presse s'enthousiasme pour la virtuosité de la mise en scène. Une autre partie ne voit en ce film que le travail d'un bon élève. Il n'empêche que Kubrick reçoit un Léopard d'Or au Festival  de Locarno pour son film et que, plus important encore, il lui permet de rencontrer James Harris avec qui il s'associera afin de produire ses films en toute indépendance.
Le Baiser du Tueur est le travail d'un tout jeune réalisateur dans lequel apparaissent les germes de son génie.

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10 avril 2011

Sidney Lumet : 25 Juin 1924 - 9 Avril 2011


       Quelques jours après Liz Taylor, c'est au tour d'une autre grande star de l'âge d'or Hollywoodien de nous quitter. Sidney Lumet est décédé ce 9 avril à 86 ans des suites d'un cancer. 
50 ans de carrière et autant de films, Sidney Lumet a signé de nombreux chefs d'œuvres.  Son premier film, Douze Hommes en colère (12 Angry Men) avec Henri Fonda sorti en 1957, le propulse directement dans la cour des grands et lui vaut plusieurs nominations aux Oscars. On le connaît aussi pour Un  Après-Midi de Chien (Dog Day Afternoon,1975) avec l'incroyable Al Pacino, Network (1976) avec la sublime Faye Dunaway, Le Crime de L'orient Express ( Murder on the Orient Express, 1974), L'Homme à la peau de serpent ( The Fugitive Kind) avec un Marlo Brando plus sensuel que jamais... Quand à Serpico (1973), encore avec Al Pacino, il est devenu un film culte. 
Sidney Lumet a été un des cinéastes les plus prolifiques qui soit (presque un film par an) et un des plus inspirés. 


8 avril 2011

L'Ultime Razzia (The Killing) de Stanley Kubrick (1956)

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      Johnny Clay (Sterling Hayden), fraîchement sorti de prison, décide de braquer la caisse des paris lors d'une importante course de chevaux. Avec deux millions de dollars à la clef, les volontaires ne manquent pas. D'autant, que tout est réglé comme du papier à musique. Mais c'était sans compter sur la très vénale Sherry Peatty (Marie Windsor), épouse déçue, qui voit en ce magot l'occasion de fuir avec son amant...

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       Le troisième long métrage de Stanley Kubrick n'est ni plus ni moins qu'un film noir.
Le précédent métrage de Kubrick, Le Baiser du Tueur (Killer's Kiss), lui avait permit de rencontrer James Harris car le film lui avait tapé dans l'œil. Ensemble, ils décident de créer une société de production, Harris-Kubrick Pictures, et se lancent dans l'adaptation du roman de Lionel White, Clean Break dont les droits avaient été détenus pendant un temps par Franck Sinatra.
United Artist, qui finance le film, se décide à verser les 200 000 $ nécessaires, dès que Sterling Hayden s'engage à faire le film. Le monsieur était connu pour ses prestations dans Johnny Guitar (Nicholas Ray, 1954) et Quand La Ville Dort (The Asphalt Jungle de John Huston, 1950). Comme quoi, même dans les 50's, les studios s'engageaient plus sur le nom d'un acteur que sur une histoire...
L'histoire de L'Ultime Razzia est tout ce qu'il y a de plus classique : un ancien gangster décide de faire un dernier coup avant de se ranger des voitures pour les beaux yeux d'une blonde. Pour ce faire, il s'entoure de 7 gars aux motivations personnelles : essuyer des dettes, payer de bons médecins à une épouse malade,  reconquérir le cœur d'une épouse lassée, changer de vie... Et le plan est fignolé aux petits oignons. Mais, car il y a toujours un "mais" dans les histoires de hold-up, un grain de sable _ qui prend la forme d'une épouse désespérée et de son ambitieux amant _ vient enrayer cette machine bien huilée, jusqu'au dénouement fatal.
Classique, certes, mais Kubrick parvient à donner à son film un caractère tortueux grâce à une architecture compliquée. A force de flashbacks, le spectateur est dupé et fait fausse route.
Stanley Kubrick raconte son histoire dans le désordre chronologique, à la manière de Orson Welles dans Citizen Kane. On suit, tour à tour chacun des protagonistes, nous revivons la même scène d'un point de vue différent et l'angoisse monte jusqu'au dénouement.
On sent déjà la puissance visuel du jeune cinéaste (il n'a que 28 ans) : le montage alterné, les travellings, les plans séquences, la fluidité de la caméra, la parfaite symétrie des plans, le goût pour les figures géométriques... Ainsi que les obsessions kubrickiennes : la duplicité, le jeu des masques, la dualité, le désordre dans l'ordre...
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Tout le film progresse pour nous conduire jusqu'au dénouement qui ne pouvait être que catastrophique. Rien, pas même la confiance de Johnny Clay, ne nous laisse penser qu'un happy end est possible. Tout semble trop parfait et les apparences sont toujours trompeuses. On pourrait penser que c'est un fâcheux hasard qui fait tout capoter. La vérité est que c'est eux et eux seuls qui font tout rater. Johnny commence par s'entourer d'une bande de bras cassés dont il n'est pas sûr à 100% (à raison) et ses motivations sont trop romantiques. Si Sherry Peatty a connaissance de ce projet, c'est bien parce que son mari lui en a parlé alors qu'il avait juré de se taire. Et quand Johnny apprend qu'elle est au courant, la connaissant, au lieu d'abandonner ou de modifier son plan, il s'entête. Après le casse, il commet erreurs sur erreurs : il se trompe de porte au motel où il doit récupérer l'argent, achète une valise bien trop grande qui ferme mal... De même, lorsqu'il voit George Peatty (Elisha Cook Jr.) ensanglanté lorsqu'il revient au "Q.G" après le hold-up, il décide quand même de mener à bien son entreprise, à savoir quitter le pays, au lieu de se planquer et d'attendre que l'affaire se tasse. Comme s'il cherchait la tragédie. Comme s'il cherchait à échouer à tous prix.
Tous les personnages semblent vouloir des ennuis, à des degrés différents. Ils n'étaient certes pas destinés à devenir riches et heureux mais leurs existences auraient pu ne pas être aussi terribles s'ils avaient fait les bons choix.
Il y a quelque chose de très hitchcockien dans cette Ultime Razzia : la blondeur de celle par qui le malheur arrive, les plans séquences, les jeux d'ombres et de lumières, la voix off joueuse, la musique que Bernard Herrmann n'aurait pas renié, cette subtile distillation de l'angoisse... Mais nous sommes chez Kubrick, pas chez Hitchcock, il n'y a donc pas de héros ni d'optimisme salutaire.
A l'époque, le film avait été plébiscité par le public et aujourd'hui, il inspire encore de nombreux réalisateurs dont Quentin Tarantino qui s'est largement inspiré du film pour la déconstruction narrative de Reservoir Dogs et de Pulp Fiction. Une scène de Pulp Fiction fait clairement référence à L'Ultime Razzia : lorsque, au tout début du film, Vincent Vega et Jules Winnfied entrent dans l'appartement et braquent leurs armes sur les dealers, c'est exactement la même scène, avec le même angle de vue, que lorsque Val (Vince Edwards) entre dans l'appartement pour tenter de voler l'argent du hold up.
L'Ultime Razzia est vraiment un très bon film noir qui laisse entrevoir tout le potentiel de Kubrick et qui donne envie de voir les autres œuvres du cinéaste.


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4 avril 2011

Les Sentiers de la Gloire (Paths of Glory) de Stanley Kubrick (1957)

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Le patriotisme est le dernier refuge du vaurien.
Samuel Johnson

     En 1916, durant la Première Guerre Mondiale, le Général français Broulard ordonne  au Général Mireau de lancer une offensive contre une position allemande imprenable : la colline dite 'la fourmilière". Le 701ème régiment, commandé par le colonel Dax s'élance vers une mort certaine. L'opération échoue et, le Général Mireau, fou de rage, exige des "fusillés" à titre d'exemple. Le colonel Dax défend les trois soldats tirés au sort devant la cour martiale, accusés de lâcheté face à l'ennemi...


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     Après m'être plongée dans l'exposition virtuelle de la Cinémathèque Française et dans le hors série de Trois Couleurs consacré à Kubrick, j'ai eu l'irrésistible envie de revoir l'œuvre du Maître.
J'ai commencé par Les Sentiers de la Gloire, par hasard, car j'aime tous les films de Stanley Kubrick. J'ai hâte de pouvoir visionner son tout premier film Fear and Desire (que Kubrick a renié, le considérant comme un film "d'amateur") qui devrait sortir en DVD cette année.

Les Sentiers de la Gloire est donc le troisième film "confirmé" de Kubrick, adapté du roman homonyme de Humphrey Cobb, qui nous plonge dans l'enfer de la Première Guerre Mondiale.
Le film se découpe en deux parties :
  • la première évoque l'horreur de la guerre pure : mort, peur du soldat, lâcheté, courage, désespoir, haine, stratégie...
  • La seconde évoque l'horreur de l'armée en elle-même sous la forme d'un "procès" partial : ambition des officiers, inflexibilité, déshumanisation, stupidité, couardise... 
Les Sentiers de la Gloire affiche déjà le style du cinéaste ainsi que sa thématique.
D'un point de vue purement formel, le film marque le goût de Kubrick pour les longs travellings (l'inspection du Général dans les tranchées par exemple), les face-à-face et la symétrie. Les travellings arrières sont un symbole fort : les protagonistes marchent inéluctablement vers leur destin, aussi funeste soit-il.
Les soldats sont disposés dans un ordre rigoureux, les trois soldats font face au tribunal militaire, les poteaux des condamnés à mort sont disposés de façon symétrique... Tout est parfaitement ordonné. Le cadrage de Kubrick est précis et équilibré et annonce un profond déséquilibre dans cet univers si bien ordonnancé. Le Général Mireau, si stricte et serein, bascule dans la folie et ordonne à l'artillerie de tirer sur ses propres troupes; les soldats exécutent à bout portant leurs frères d'armes... L'invasion du chaos dans un monde aux règles strictes. L'armée est un univers tellement réglementé que l'on ne s'attend pas à un tel désordre et pourtant... Kubrick se penchera à nouveau sur ce microcosme si particulier avec Full Metal Jacket, film ô combien pessimiste.

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Les Sentiers de la Gloire marque le début de l'analyse de Kubrick sur les processus de déshumanisation. Les soldats ne sont personne, ils se noient dans l'unité qu'ils forment. Ils sont le régiments 701, ils sont l'armée française, ils sont interchangeables, ils sont anonymes. Lorsque le Général visite les tranchées, il demande le nom de deux ou trois soldats qui redeviennent des personnes à part entière pendant quelques instants pour retomber dans l'obscurité l'instant suivant. Les trois soldats qui seront fusillés seront nommés car ils doivent servir d'exemple. Les autres ne seront que des inconnus servant de chair à canon. Seul les officiers sont nommés, fiers de leur importance (impotence ?).

Déshumanisation aussi dans l'absence totale de prise de responsabilité. Tous, du Général au simple troufion, tous se cacherons sous la bannière de l'armée pour justifier leurs actes. Aucun ne prend de décision, tous se référent à de plus hautes instances que ce soit pour cacher une bévue ou un acte de grande lâcheté. Quand Mireau ordonne de tirer sur ses propres soldats, l'artilleur exige un écrit au cas où le Général mourrait avant la fin de l'assaut ! Ça ne le gêne pas de tirer dans le tas du moment qu'il est couvert par son supérieur hiérarchique. De même que le lieutenant Roget commet un meurtre (indirect mais un meurtre quand même) en sacrifiant l'unique témoin de son impéritie et de sa lâcheté.
Tout le monde participe à cette ignominie sans jamais porter le poids de la responsabilité. La seule exception est le colonel Dax qui a su conserver son humanité. Il n'est pas militaire de carrière comme Mireau mais avocat dans le civil. Il agit en appliquant ses principes et ne cherche qu'une chose : la justice. Il sait que c'est la guerre mais ne supporte pas l'injustice faite aux trois soldats, tout comme il ne supporte pas la mascarade de procès qui leur est faite. Son jusqu'au-boutisme le fera passer pour un naïf, limite imbécile aux yeux de sa hiérarchie qui ne peut comprendre qu'il agit par humanité et non par ambition.
La question que l'on peut se poser est : est-ce que c'est la guerre qui a abêti ces hommes ou est-ce qu'elle n'a fait que ressortir leurs instincts les plus vils, dissimulés sous le lustre de la civilisation ?

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Les Sentiers de la Gloire est un film puissant, parfaitement maîtrisé et brillamment interprété. Kirk Douglas est sublime dans le rôle du colonel Dax, il nous offre une de ses plus belle performance d'acteur. Même si le reste du casting est largement à la hauteur, il faut reconnaître que Kirk Douglas bouffe l'écran.
Le film est anti-héroïque, anti-militariste et s'inspire de faits réels. Ce n'était peut-être pas une raison pour ne pas le distribuer en France avant... 1975 ! Le film n'a pas été distribué en France afin de ne pas créer de polémiques supplémentaires, la France étant en guerre avec l'Algérie...

Les Sentiers de la Gloire est une pièce maîtresse dans l'œuvre de Kubrick. Un film poignant, d'une grande richesse visuelle et émotionnelle qui trouve bien sa place dans toute bonne DVDthèque.


N.B : la jeune femme qui chante à la fin du film, créditée sous le nom de Susanne Christian est l'épouse de Stanley Kubrick. Ils se sont mariés à la fin du tournage.

Ressortie du film dans les salles françaises depuis le 23 mars. 

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Je sais que la qualité de l'image est mauvaise mais c'est à cause du lecteur vidéo de Blogger qui est totalement nul.


2 avril 2011

Stanley Kubrick ou quand le cinéma est de l'art

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          Stanley Kubrick est né à New York en 1928 dans une famille juive originaire d'Europe centrale. Très tôt, il se passionne pour la photographie et est engagé  comme photographe indépendant au magasine Look alors qu'il n'a que 16 ans. Il y travaille pendant quatre ans. C'est pendant cette période qu'il découvre le cinéma européen et plus particulièrement le travail de Antonioni, Bergman, Ophüls. C'est à 22 ans qu' il se lance dans la réalisation de documentaires sur lesquels il est scénariste, réalisateur, cadreur, ingénieur du son et monteur ! Son premier docu se porte sur le travail photographique qu'il a fait sur le boxeur Walter Cartier qu'il vend à la RKO. Le second porte sur un missionnaire catholique. Ces deux docu le font remarquer, surtout pour la qualité de sa photographie. En 1953, il réalise un nouveau documentaire, The Seafarers, sur la marine marchande dans lequel on aperçoit déjà son goût pour les longs travellings. Ensuite, il réalise son premier film de fiction Fear and Desire sur une guerre fictive. Il occupe tous les postes sauf celui de scénariste. Fier de son travail à la fin du montage, il le retirera pourtant de la circulation le jugeant trop prétentieux et absurde. Pourtant ce film lui permet de financer Le Baiser Du Tueur (Killer's Kiss) en 1954. Le film, tourné dans les rues de New York, montre tout le talent de mise en scène du jeune cinéaste et sa capacité à jouer de l'ombre et de la lumière. Stanley Kubrick recevra un Léopard d'Or au Festival de Locarno et lui permettra de rencontrer James Harris avec qui il s'associe et fonde la société de production Harris-Kubrick Pictures.  Ils produisent ensemble L'Ultime Razzia (The Killing) en 56, film à gros budget et à la machinerie lourde. Le scénario se révèle classique mais Kubrick y apporte sa touche en fragmentant l'histoire et en utilisant la voix-off pour restituer l'ensemble (procédé utilisé par Orson Welles sur Citizen Kane et qui sera pillé par de nombreux cinéastes dont Quentin Tarantino). Le film lance sa carrière auprès du public même si les autres cinéastes ne voient en lui qu'un bon technicien. En 1957, il entreprend l'adaptation du roman homonyme de Humphrey Cobb, Les Sentiers de la Gloire (Paths of Glory), inspiré de faits réels, où des soldats français furent fusillés à titre d'exemple. C'est sur ce film qu'il va utiliser des techniques qui marqueront son identité comme les travellings, la symétrie, les mouvements de caméras fluides annonciateurs de chaos... Le film traite des obsessions kubrickiennes par excellence : l'anti-héros, un monde en déperdition et la déshumanisation. Le film remporte un vif succès critique et public aux USA mais est reçu comme une critique infamante de l'armée française en Europe. Il sera interdit dans plusieurs pays et ne sera pas du tout distribué en France avant 1975 !
De retour aux USA, il est sollicité par Kirk Douglas pour reprendre la réalisation de Spartacus mais l'ambiance n'est pas au beau fixe et, malgré l'accueil chaleureux reçu par le film et les 4 Oscars qu'il décroche, Stanley Kubrick le reniera, déclarant qu'il s'agit là de son film le moins personnel. Spartacus sera son seul film tourné à Hollywood, Kubrick préférant demeurer libre. C'est donc en Angleterre qu'il s'attèle au tournage de Lolita en 62 d'après le roman éponyme de Nabokov. L'écrivain et Kubrick travaillent ensemble pour rendre le scénario moins choquant pour la morale de l'époque puisque le roman et le film traitent de la relation entre une adolescente et un homme plus âgé. C'est peine perdue, le film provoque l'indignation des puritains et la déception des journalistes lors de sa présentation à la Mostra de Venise. Lolita marquera la fin de la collaboration entre Stanley Kubrick et James Harris, Kubrick produira dès lors ses films seul avec son beau-frère Jan Harlan.
En 1963, il réalise Le Docteur Folamour ou : Comment j'ai cessé de m'inquiéter et à aimer la bombe (Dr Strangelove or : How I Learn To Stop Worrying And Love The Bomb), premier film d'une trilogie de films de science-fiction teintée d'humour noir. Il travaille sur ce film avec le scénariste de Easy Rider. Docteur Folamour sera nominé 4 fois aux Oscars. Le second opus est 2001 L'Odyssée de L'Espace (2001 A Space Odyssey) réalisé en 67. Kubrick va au bout se ses désirs et innove par ses effets spéciaux. Le film est une révolution artistique et technique, notamment grâce au travail de Harry Lange, ancien conseiller de la NASA et Marvin Minsky, directeur d'un labo d'intelligence artificielle. Ce film merveilleux innove aussi par l'utilisation de la musique comme moteur narratif. "2001" reçoit d'ailleurs un Oscar pour ses effets spéciaux et permet à Kubrick de se forger une solide réputation de metteur en scène. Stanley Kubrick s'attaque ensuite à un film fort et d'une rare violence :  Orange Mécanique (A Clockwork Orange, 1971) adapté du roman homonyme de Antony Burgess. Le film provoque une vive polémique dès sa sortie en Grande-Bretagne, à tel point que la Warner stoppe sa distribution au Royaume-Uni. Kubrick ayant même reçu des menaces de mort et ayant été accusé d'incitation à la violence et au meurtre ! Le film est cependant élu film de l'année par le New York Critics Circle. Sa trilogie de SF terminé, Kubrick décide de s'atteler à un projet ambitieux : un film sur Napoléon. La Warner abandonne le projet, Stanley se console avec Barry Lyndon en 76, la biographie d'un jeune irlandais à l'ambition démesurée. Kubrick se montre aussi ambitieux que son personnage principal et souhaite que son film ait l'esthétisme des peintures du XVIIIè Siècle. C'est son premier film en costume, tout en lumière naturelle, d'une grande splendeur et qui remporte 4 Oscars. Mais le film est un échec commercial aux USA et en GB... Cela ne décourage pas le cinéaste qui adapte un roman de Stephen King, Shinning en 80 mais il change profondément l'histoire, ce qui ne plaît ni à l'auteur, ni aux critiques, ni au public. Kubrick déclarera pourtant que Shining est son film le plus personnel, surtout d'un point de vue de la mise en scène.
Cet échec ne l'arrête pas non plus et il entreprend de réaliser un film sur la guerre et plus précisément sur les hommes qui font cette guerre. Ce sera Full Metal Jacket en 87.  Une fois de plus, Kubrick adapte un roman, The Short Timers de Gustav Hasford. Le film est un grand succès mais Kubrick n'en profite pas et ne réalise aucun film pendant 7 ans. On le retrouve aux commandes de Eyes Wide Shut sorti en 99 avec Nicole Kidman et Tom Cruise en tête d'affiche. Ce film est également adapté d'un roman La Nouvelle vie rêvée de Arthur Schnitzler auquel le cinéaste reste fidèle. Eyes Wide Shut est son film testament car le cinéaste décède peu de temps avant sa sortie.
Pendant les 10 années précédent sa mort, Kubrick ne donnait plus d'interviews. C'est pourquoi des "journalistes" écrivirent des horreurs sur lui, le peignant comme un fou reclu chez lui.


Je me souviens parfaitement du jour de sa mort. J'étais retournée dans ma chambre d'étudiante après un week-end en famille, déjà dépitée à l'idée de me retrouver seule. L'annonce de sa mort au JT m'a achevée! Pour moi, c'était le plus grand metteur en scène et scénariste de son époque qui nous quittait. Stanley Kubrick était un ARTISTE. Pas un faiseur d'entrées ou de produits dérivés. C'était un génie. Un créateur. Ses films ne sont pas de films. Ce sont des œuvres d'art.

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