Nina (
Natalie Portman) est une jeune danseuse perfectionniste et renfermée. Elle est prête à tout pour obtenir le rôle principal du
Lac des Cygnes mis en scène par
Thomas (
Vincent Cassel), un directeur de troupe cynique et imbu de lui-même. Nina est la grande favorite jusqu'à l'arrivée de
Lily (
Mila Kunis), une danseuse aussi volcanique et sensuelle qu'élégante et douée...
Pratiquement tout le monde a vu
Black Swan et, ceux qui ne l'ont pas vu, n'ont pas pu faire autrement que d'en entendre parler tant la presse s'est emparée du film pour en faire le meilleur film de l'année 2011 (
nous ne sommes qu'en février) et pour faire de Natalie Portman la nouvelle vedette du cinéma indé américain et, surtout, la seule actrice Oscarisable de l'année. Pour tout vous dire, depuis que j'ai vu l'affiche et les premières images lors de la
Mostra de Venise, je n'ai qu'une envie : voir le film. J'ai lu les critiques de la presse plus élogieuses les unes que les autres et c'est donc le cœur léger et le sourire béat accroché au visage que je me suis rendue hier voir mon chef d'œuvre. Quand je suis ressortie de la séance mon cœur n'était plus léger et le sourire béat avait disparu. Un seul mot me vient à l'esprit :
DÉCEPTION.
Comment est-il possible que l'ensemble des critiques ciné se soient à ce point enthousiasmé pour ça? Entendons-nous bien : Black Swan n'est pas un mauvais film mais ce n'est pas du tout un chef d'œuvre. De même que Natalie Portman nous livre une belle partition mais de là à dire que c'est le rôle qui va changer sa vie et qu'elle est la seule et l'unique, il y a une marge.
Mes connaissances en matière de danse et de ballets sont en dessous du niveau de la mer, ce qui ne m'empêche pas d'apprécier la musique classique et l'élégance des danseurs(ses). Je ne m'attarderai donc pas sur les chorégraphies qui ponctuent le film : je les ai trouvé jolies _ peut-être que je me trompe complétement.
Je préfère vous parler de ce que je connais le mieux : la mise en scène, la narration et les acteurs.
Darren Aronofsky avait déjà montré son goût pour les mises en scène nerveuses et compliquées avec
Requiem For A Dream, il remet le couvert avec Black Swan. Sa caméra virevolte dans tous les sens, les danseuses passent dans le champ de la caméra à la vitesse de la lumière et le cinéaste est le champion des gros plans. On pourrait compter les points noirs sur le visage de Natalie Portman (si elle en avait) tant la caméra colle les personnages. Aronofsky "s'inspire" de
Gus Van Sant et filme ses personnages de dos et de face. Le but est évidemment de communiquer le sentiment de malaise et d'étouffement qui étreint Nina aux spectateurs : c'est réussi, on en a la nausée. Pas moyen de souffler ou de prendre un peu de distance avec les personnages, on suffoque.
Le cadrage est aléatoire et la caméra tremble subitement dans certains plans_ je ne sais pas si c'est fait exprès ou pas.
Quand à l'histoire, je ne sais pas quoi en penser. Est-on dans un thriller horrifique, dans un film de monstre ou un drame psychologique? Ou dans tout ça à la fois? Vous me direz, quelle importance si l'histoire te transporte et t'émeut? Aucune, bien sûr. Sauf que je n'ai pas été émue ou transportée. L'histoire se focalise sur Nina qui, à force de vouloir atteindre la perfection _ en l'occurrence devenir le Cygne Noir __ se perd et perd la raison. Or, Nina est dingue depuis le début : avant même l'arrivée de Lily ou le début des auditions pour le
Lac des Cygnes, elle voit des doubles d'elle-même dans le métro ou les couloirs. Sa névrose ne fera que s'accentuer jusqu'au dénouement (dont je ne vous dis rien, je ne suis pas du genre à raconter la fin des films). Elle est très déséquilibrée comme tout les gens qui l'entourent. Sa mère est d'une rare possessivité et l'infantilise (elle la met coucher alors que Nina a 28 ans, surveille ses sorties, ses ami(e)s, lui met une berceuse avant d'éteindre la lumière...). Lily se drogue, fume, boit, couche avec tous les mecs qu'elle croise, sexualise tout, ment... Thomas est un pervers : il séduit Nina pour mieux la rejeter, se moque d'elle, la pousse à bout, l'oblige à parler de sa vie intime, couche avec tout ce qui a un vagin... Oui, parce que si vous pensiez voir un film sur la vie d'une ballerine, vous serez déçu : il n'est question ici que de sexe. Nina est pratiquement frigide, tout le monde s'en rend compte et l'idée est que, si elle parvient à atteindre l'orgasme (seule ou en compagnie), elle pourra être le Cygne Noir et, par conséquent, réussira sa vie. Messieurs-Dames les losers, masturbez-vous, faites-vous déflorer, les choses finiront par s'arranger! Un message d'autant plus simpliste que, si on a affaire à une maboule, les choses ne peuvent
pas s'arranger...

Il y a un moment déjà que Natalie Portman tente de se débarrasser de son image de petite fille sage mais je ne sais pas si c'est Black Swan qui va changer la donne. Certes, on la voit se faire tripoter par Vincent Cassel, se masturber avec ardeur sur un oreiller et atteindre l'orgasme grâce à la langue experte de Mila Kunis lors d'une scène saphique extrêmement sensuelle mais j'ai plus eu envie de la prendre dans mes bras pour la consoler que de la baller dans un lit (je ne suis pas gay, c'est peut-être pour ça... ou pas). Natalie est une femme ravissante qui excelle dans les scènes de désespoir et de larmes. Et elle joue très bien la folie. On a beaucoup parlé dans la presse du fait qu'elle s'est entraînée pendant des mois et que c'est bien elle qui danse dans le film. Je suis sûre qu'elle danse dans certaines scènes mais pas dans toutes. Peu importe, Natalie Portman est actrice, pas danseuse et sa performance ne se limite pas aux entrechats. Le vrai problème est que j'ai trouvé
Barbara Hershey, qui joue sa mère, bien plus impressionnante. Perso, c'est à elle que je donnerais l'Oscar. Elle est flippante en mère possessive et tyrannique. C'est d'ailleurs la relation mère-fille qui est la mieux développée dans le film. Toutes les scènes entre Portman et Hershey sont excellentes : au début, on les trouve émouvantes et à la fin, on ne sait plus laquelle des deux nous fait le plus peur.
Vincent Cassel est très bon, j'ai été très surprise par la qualité de son jeu. Ce n'est pas que je ne l'aime pas mais je trouve qu'il en fait toujours des tonnes. Pas ici. Il se montre sobre dans son jeu et laisse vivre un personnage fortement antipathique. Il ne fait rien pour rendre son personnage attachant et assume parfaitement la "garcitude" de Thomas.
Mila Kunis était, toujours d'après la presse,
LA révélation du film. Sensuelle, provocante, audacieuse, émouvante...les adjectifs n'ont pas manqué aux critiques pour qualifier la jolie Mila. S'il suffit de dire bite, queue, chatte pendant 1 heure 45, je suis une révélation. Mila Kunis est jolie, il est évident qu'elle est capable de jouer la provoc' à la perfection mais c'est tout. C'est facile d'attirer l'attention du public quand on joue une garce, les spectateurs aiment détester les méchants au cinéma. Son personnage n'existe que grâce à Natalie Portman. Natalie fait le boulot et Mila lui renvoie la balle.
Quand à
Winona Ryder, qui devait signer son grand retour, elle est incroyable de naturelle en pocharde névrosée...dans deux scènes et demie ! Il est fort à parier que dans 6 mois, plus personne ne saura que Winona Ryder a joué dans Black Swan.
Enfin, qui dit ballet dit musique. Il parait que
Clint Mansell a composé la musique du film : moi, j'ai eu l'impression de n'entendre que des variations du thème principal du
Lac des Cygnes pendant 1 heure 45, le tout agrémenté de bruits étranges pour faire peur au moment où Nina a peur. Rien de catastrophique mais rien de bien excitant non plus.
Black Swan est un film atypique, c'est son mérite. Il nous fait découvrir un univers bien particulier : celui des troupes de ballets classiques. Jamais formel, il péche par son excès d'ambition et par une réalisation trop brouillonne qui ne s'accorde pas avec son sujet. Il est fort probable que je l'aurais apprécié bien plus s'il n'avait pas joui d'une telle réputation. Je m'attendais à trop : j'espérais des scènes de danse passionnées, une actrice habitée, un esthétisme flamboyant, une fin surprenante... J'espérais un feu d'artifice, j'ai eu une explosion de pétards. Il faudra que j'attende quelques mois que le soufflé soit retombé pour le visionner à nouveau. Peut-être que je l'aimerais davantage.