24 novembre 2011

Moon (La face cachée) de Duncan Jones (2009)

Deux ans avant Source Code, Duncan Jones réalisait son premier long métrage : Moon, directement sorti en vidéo en France. Moon méritait-il vraiment un tel sort ?

     Sam Bell (Sam Rockwell) vit depuis trois ans dans la station lunaire de Selene, où il gère l'extraction de l'hélium 3, seule solution à la crise de l'énergie sur Terre. Souffrant de plus en plus de son isolement et de l'absence de sa femme et de sa fille, Sam se met à compter les jours qui le séparent de son retour sur Terre.
Mais quelques semaines avant la fin de son contrat, il se met à voir et à entendre des choses étranges...

moon, duncan jones, affiche
     Réalisé avec un budget de 5 millions de dollars, le tout premier film de Duncan Jones s'aventure sur le terrain risqué de la Science Fiction réflective, terrain trop risqué pour les distributeurs français qui ont joué la sécurité en le sortant directement en vidéo. La vision de Moon laisse perplexe quant à cette décision. En effet, le film de Duncan Jones est un petit bijou de SF qui n'a rien a envier au Solaris de Soderbergh ou à la saga Alien, films auxquels Moon fait penser car il aborde les mêmes thèmes de l'isolement et de la survie de l'espèce humaine.
Moon fait également référence à 2001, l'Odyssée de l'Espace de Stanley Kubrick _ comme tous les films de SF, je vous l'accorde. Duncan Jones emprunte à Kubrick ses décors aseptisés minimalistes et sa réalisation épurée. Il lui emprunte également l'idée de l'intelligence artificielle et nous propose sa vision de HAL. Il utilise de manière ingénieuse la peur panique qu'a fait naître chez nous cet œil rouge assassin pour nous égarer. HAL devient Gerty, robot monochromatique au visage de Smiley et à la voix douce (celle de Kevin Spacey) qui nous met indubitablement mal à l'aise. La comparaison avec 2001... s'arrête là car Moon est un film beaucoup plus accessible et aux messages plus clairs.
     Il aborde les thèmes classiques de la SF : l'intelligence artificielle, l'écologie, l'évolution de l'humanité, la frontière entre rêves et réalité et s'octroie une réflexion sur le clonage et les enjeux financiers et sociaux liés à la conquête de l'espace. En ce sens, Moon ne soulève que des questions maintes fois ressassées dans les films de Science Fiction, ce qui le différencie est la manière dont il aborde le sujet. Comme je l'ai déjà mentionné, la mise en scène de Jones est pure et ne s’embarrasse pas de fioritures. Son sens du cadre donne aux maquettes un aspect terriblement réaliste, même dans les plans en extérieur. Il faut dire que c'est Bill Pearson qui a crée les maquettes, celui-là même qui a travaillé sur les miniatures de Alien. A cela s'ajoute la superbe photographie de Peter Talbot qui
moon, duncan jones, sam rockwell crée une ambiance très particulière.
     Mais c'est surtout l'incroyable prestation de Sam Rockwell qui rend ce huis-clos oppressant passionnant. Acteur bien trop rare, Sam Rockwell porte Moon sur ses épaules et livre une interprétation juste et terriblement émouvante. Son face-à-face avec lui-même, aux allures de dédoublement de personnalité, est d'une telle intensité dramatique qu'il est impossible de rester insensible et, avouons-le, on ne peut s'empêcher de pleurer. Savoir qu'il est seul pendant 95% du film peut vous donner une idée du travail considérable qu'il a dû fournir pour ne pas être ennuyeux.
     Dernier élément important qui contribue à la réussite de Moon : la remarquable bande-son orchestrée par Clint Mansell (Requiem for a Dream, Black Swan), compositeur bien inspiré, qui livre un score planant assez proche du travail de Cliff Martinez sur Solaris.

     Moon compense avec brio la minceur de son budget grâce à un scénario solide et imaginatif. Film captivant, poétique et dramatique, il mérite largement sa place dans votre DVDthèque à défaut de pouvoir se l'approprier sur grand écran.
Il saura combler les amateurs de SF purs et durs mais saura aussi satisfaire les autres par son humanité et sa sensibilité.



Moon de Duncan Jones avec Sam Rockwell, Dominique McElligott, Kevin Spacey...
Durée : 1 h 37mn
Sortie en salles : inédit
Sortie en DVD et Blu-Ray : 16 juin 2010

6 commentaire(s):

  1. Une découverte pour ma part. Je suivrai peut être tes conseils et le visionnerai si l'occasion se présente. Bises ma belle

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  2. Duncan Jones, c bien le fils de David Bowie, c ca? je te félicite car réussir à occulter ce volet people de cet article, personnellement je n'aurais pas réussi à le faire :o)
    Quant au film, je n'aime pas du tout la SF traditionnelle (pas assez d'imagination pour cela :o), mais j'avoue que le Solaris de Soderbergh que j'avais vu au ciné à une période où j'allais 5 fois par semaine au ciné ( ah époque hélas révolue) m'avait ébloui par la beauté de l'entreprise, enfin surtout le coté histoire d'amour en fait ( on ne se refait pas)... donc je tenterais peut etre le coup, en tout cas plus que pour source code qui pour le coup me semble etre un vrai film de sf avec explosions et autres prises de tete ( enfin comme je l'entends :o)

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  3. Anonyme24.11.11

    Mais je viens de le voir! Je l'ai montre a mon etudiant l'autre jour - nous etudions la science-fiction ce trimestre. C'etait interessant at tres bien realise.

    Val

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  4. Anonyme24.11.11

    ???ET tres bien realise.
    Val

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  5. @Dame Skarlette : si jamais tu le vois, n'hésite pas à me dire ce que tu en as pensé ^^ Bizzz !

    @filou : tu as raison, c'est bien le fils de Bowie mais je m'en fous un peu, je ne peoplelise pas du tout ^^
    J'aime beaucoup beaucoup la SF, c'est un de mes genres préférés. J'aime bien les trucs prise de tête ! Solaris m'avait beaucoup plu, l'histoire d'amour est magnifique et les questionnements que le film soulève sur l'amour et les souvenirs sont passionnants.
    Concernant Source Code, figure-toi qu'il y a des explosions mais pas tant que ça ! C'est un film qui se pose plus des questions sur l'ethiques que des questions sur la courbe du temps ! J'avais aimé mais je préfère Moon quand même...

    @Val : c'est marrant que tu l'aies vu récemment ! Pour une fois que je parle d'un film dans lequel Vincent ne joue pas et que tu l'as vu ^^

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  6. Celui-là est pour moi, il faut que je le regarde !

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