4 octobre 2011

Présumé Coupable de Vincent Garenq (2011)

     2001. Outreau, banlieue de Boulogne-sur-Mer. Alain Marécaux (Philippe Torreton), huissier de justice de son état est réveillé au petit matin par la police : lui et son épouse sont accusés de viols sur mineurs. Abasourdi, Alain Marécaux pense que les policiers vont rapidement comprendre qu'ils sont dans l'erreur. Au lieu de ça, il apprend par son avocat que 12 autres personnes ont été arrêtées pour les mêmes faits. Alain Marécaux, petit bourgeois rangé et honnête père de famille se retrouve mêlé à une sordide histoire de réseau de pédophiles. Pendant 4 ans, il clamera son innocence. Reconnu innocent, il aura tout perdu : ses enfants, son épouse, sa mère, son emploi... Lui et les 12 autres accusés ont été au cœur de la plus grande erreur judiciaire de l'après-guerre...

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     J'ai longtemps hésité avant d'aller voir Présumé Coupable, non pas parce que l'histoire ne m’intéressait pas ou que le casting me rebutait (au contraire), mais parce que je craignais que le réalisateur ne soit tombé dans la démonstration ou le pathos avec un sujet aussi dramatique que l'affaire dite d'Outreau.
     Or, il n'en est rien. Vincent Garenq évite tous les écueils du genre et nous livre un film fort, sensible et prenant.
     Il a pris le parti de raconter l'histoire d'un homme plutôt que de faire la chronique d'une affaire judiciaire qui a mal tourné et c'est une bonne idée. Soyons clair : chacun des accusés de l'affaire dite d'Outreau justifie à lui seul un film, il aurait été impossible de donner à chacun la place qu'il mérite dans un film choral, à moins de réaliser un film fleuve de 20 heures (ou un téléfilm en plusieurs parties mais si c'est pour qu'il soit réalisé par Josée Dayan, autant se tirer une balle dans le pied).
     Ainsi Présumé Coupable se concentre sur Alain Marécaux et raconte l'histoire d'un homme pris dans la tourmente.
Le film est une adaptation fidèle du livre écrit par Alain Marécaux : Chronique de mon erreur judiciaire : une victime de l'affaire d'Outreau. C'est la terrible histoire d'un homme qui a été brisé par le système judiciaire qu'il a lui-même servi avec rigueur pendant des années et qu'il sert de nouveau depuis 4 ans.
Alain Marécaux a tenté de mettre fin à ses jours à de nombreuses reprises et a été sauvé in extremis. Il a fait une grève de la fin qui lui a fait perdre 47 kilos, l'usage de ses jambes, le goût et l'odorat. Il a subi les humiliations des flics et des gardiens de prison, les fouilles au corps, l'absence d'intimité. Il a vu sa vie privée étalée sur la place publique. Il a entendu son fils l'accuser d'attouchements. Il a perdu son emploi pendant sa détention, sa femme l'a quitté et sa mère s'est laissée mourir de chagrin.
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     Pourtant, à aucun moment, le film de Vincent Garenq ne tombe dans le mélodramatique. Caméra à l'épaule, il réalise son film sans effet de manche et ne surligne pas le drame qui se suffit à lui-même. Les couleurs sont ternes, les dialogues sont vrais et la musique est absente pour mieux souligner le réalisme de chaque scène. Il aurait été facile d'en rajouter mais ce n'est pas le cas. Si sa caméra se fait impudique c'est uniquement par soucis de vérité. Rien n'est gratuit.
     Philippe Torreton est magistral et il prouve une fois encore qu'il est un des meilleurs acteurs français de sa génération. A aucun moment il n'imite Alain Marécaux, cependant la ressemblance est troublante tant dans le phrasé que la gestuelle. Son jeu est impeccable et il ne serait pas étonnant de le voir nominé aux Césars.
Les autres acteurs sont tous crédibles aussi bien les professionnels que les amateurs. Noémie Lvovsky interprète Edith l'épouse d'Alain Marécaux et une fois de plus elle est épatante. Wladimir Yordanoff est Me Hubert Delarue et son jeu me fait penser que c'est un acteur qui n'a pas la place qu'il mérite dans le paysage cinématographique français (c'est la deuxième fois que je le vois dans un film ce mois-ci puisqu'il a un rôle important dans Polisse et que, là aussi il joue impeccablement bien). Quant à Raphaël Ferret il campe un juge Burgaud comme on l'imagine : méprisant, froid et très con.
     Présumé Coupable est cependant plus qu'un casting, qu'une bonne mise en scène ou qu'un "bon" scénario. A l'instar de Omar m'a tuer, c'est une œuvre engagée qui éveille les consciences et qui fait froid dans le dos. Car l'histoire d'Alain Marécaux et de tous les accusés de l'affaire dite d'Outreau pourrait être la nôtre. Le film démontre une fois encore que la présomption d'innocence est le seul rempart contre le despotisme policier et le seul garant d'une justice impartiale et sereine. Quant aux conditions de détentions, elles sont tellement inhumaines qu'affirmer que la France est le pays des Droits de l'Homme est une contrevérité.
     Présumé Coupable est un grand film parce qu'humain, douloureux, révoltant et nécessaire.


Présumé Coupable de Vincent Garenq avec Philippe Torreton, Noémie Lvovsky, Wladimir Yordanoff, Raphaël Ferret...
Sortie en salles : 7 septembre 2011
Durée : 1 h 42 min
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité de certains spectateurs.

6 commentaire(s):

  1. Ce film tu le résumes tellement bien que ça me fait envie et Philippe Torreton est tellement un bon acteur. Bonne soirée

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  2. tiens j'avais fait un commentaire mais il est pas passé...j'ai du oublier de valider...bref il me semblait ( sans avoir vu le film mais après en avoir bcp entendu parler) que sans être dans le pathos ou le larmoyant, le film n'était vu que sous un angle, celui de la victime, seul contre tous (les institutions, sa famille, les médias) et que du coup on pouvait se sentir un peu la main forcée... evidemment le jugeburgaud et les monstres vraiment coupables ne peuvent etre défendables, mais j'aurais sans doute préféré un film qui filme aussi de leur coté, en montrant leur failles et leurs doutes...

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  3. Ta critique est intéressante même si de mon côté j'ai été un peu moins enthousiaste. J'ai du voir trop de films de ce genre en peu de temps et du coup j'avais une impression de déjà vu, et un peu comme vient de le dire filou, que le seul angle de la victime est un peu faible par rapport à la réalité des faits... Bien sûr je suis d'accord avec toi qu'avec une telle affaire il est impossible de tout retranscrire dans un film de moins de deux heures, mais bon. J'en attendais sûrement quand même un peu plus.

    Par contre, chapeau à Philippe Torreton, c'est clair qu'il est excellent !

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  4. @Dame Skarlette : merci, c'est gentil :) Si tu aimes Torreton, va le voir parce qu'il est génial.
    Bonne soirée ma belle. Bisous

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  5. @filou : euh, je suppose que tu ne l'a pas validé ou c'est Blogger qui fait des siennes parce que je ne le trouve pas dans mes spams.

    Je ne me suis pas du tout sentie forcée à éprouver quoi que ce soit. J'avais des a priori sur le film et sur la personne d'Alain Marécaux. Malgré tout ce qu'il a vécu, cet homme m'est toujours apparu antipathique. Je ne sais pas trop pourquoi mais je le trouvais froid, limite arrogant. Donc ce n'étais pas gagné d'avance pour me faire ressentir de la sympathie pour lui. Garenq ne fait que filmer ce qui lui arrive et c'est suffisant à se sentir touché, à moins d'avoir un cœur de pierre. Le film n'est tourné que vers Marécaux car c'est l'adaptation fidèle de son livre. Pour avoir le point de vue de Burgaud et Cie, il aurait fallu les interroger et ça n'était pas le souhait du cinéaste qui ne voulait pas faire un film sur cette affaire en particulier mais sur un homme comme un autre pris dans une spirale infernale. Et pour montrer les failles et les doutes des flics, des juges, du procureur et de tous ceux qui ont participé à cette mascarade, il aurait fallu qu'ils en aient, ce qui n'était pas le cas puisqu'ils se sont entêtés à condamner des innocents même lorsque Badaoui s'est rétractée.
    Je t'encourage à le voir, ne serait-ce que lorsqu'il sortira en DVD, je suis persuadée que tu l'apprécieras même si ce n'es pas autant que moi ^^

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  6. @Marine : j'ai vu beaucoup de films sur le sujet aussi mais je n'avais aucune attente particulière, c'est peut-être pour ça que je l'ai davantage apprécié. Et pour moi, Présumé Coupable se démarque des autres films de justice que j'ai pu voir car ce n'est pas du tout un film à charge sur les flics ou le système judiciaire, c'est juste l'histoire d'un homme englué dans le système.
    N'avoir que la vision de Marécaux ne m'a pas dérangé du tout. Dans Omar m'a tuer, on n'a que le point de vue de Omar et du journaliste qui croit en son innocence, c'est à dire la même vision et ça ne m'a pas gêné n'ont plus. D'ailleurs dans les 2 cas, tout ce que les réalisateurs auraient pu nous montrer c'est que les flics et les juges croyaient en la culpabilité de Marécaux ou de Raddad...
    De toutes façons, il y a autant de vérité et de point de vue qu'il y a de protagonistes. On a déjà celle d'Alain Marécaux :)

    Et je suis tout à fait d'accord, Torreton est génial. Il me manque au cinéma :)

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