"Il n'y a pas de bonheur sans larmes, pas de vie sans mort. Prenez garde, je vais vous donner des raisons de pleurer." Lucien Staniak*.
L'horreur est la réalité à laquelle nous ne pouvons pas échapper. C'est le regard froid du meurtrier, la marre de sang sur le sol, l'ombre du couteau, les insectes qui dévorent un cadavre, l'enfant qui traverse la rue sans voir la voiture qui arrive... La terreur est l'angoisse, la peur de ce qui pourrait arriver. La terreur promet le supplice, l'horreur est la réalisation de cette promesse.
Qui mieux qu'un tueur en série pour vous entraîner dans les abysses de la souffrance et du désespoir? Le
serial killer et son petit frère, le
slasher (tueur psychopathe masqué qui élimine les ados à l'arme blanche) occupent une jolie place dans le cinéma d'horreur. Je sais, je sais. Certains vont me dire que le film d'horreur ne peut être peuplé que de goules, zombies, loups-garous et autres esprits diaboliques et que le tueur en série n'a pas sa place dans cette catégorie. Pour moi, le film d'horreur est un film où un monstre s'ingénie à massacrer le plus possible de monde en un minimum de temps. A mon sens, le tueur en série est assez monstrueux pour pouvoir être classé dans ce type de films. Évidement, le
serial killer reste un genre à part entière du cinéma d'horreur mais non des moindres cependant.
Bien avant l'invention du terme
serial killer par les
profilers du F.B.I, le cinéma s'était déjà nourri de ces bêtes féroces. Ainsi,
Peter Lorre , dès
1931, glaçait le sang des spectateurs en interprétant le rôle de Hans Beckert, infanticide impitoyable et espiègle à la fois dans le film allemand de
Fritz Lang :
M, Le Maudit. Le personnage de Hans Beckert est très largement inspiré par
Peter Kürten, baptisé le "
vampire de Düsseldorf" par la presse, qui dans les années 1920, tuait indistinctement hommes, femmes et enfants avec des objets divers tels des couteaux et des marteaux.
En 1927,
Alfred Hitchcock réalisait
Les Cheveux D'Or (The Lodger), un film muet mettant en scène les meurtres de
Jack l'éventreur et en 1943, il mettait en scène
L'Ombre d'un Doute (Shadow of a Doubt) dans lequel
Joseph Cotten est un psychopathe qui massacre des veuves. En 1944 sort une comédie macabre,
Arsenic et Vieilles Dentelles (Arsenic and Old Lace) de
Franck Capra dans laquelle des petites mamies écharpent des clochards avant de les enterrer dans leur jardin. En 1947,
Sir Charlie Chaplin se donne le rôle du mari assassinant ses riches épouses dans
Monsieur Verdoux. Le film a été massacré par la critique (désolé, mais il fallait que je la fasse...) et boudé par le public lors de sa sortie en salles.
C'est à partir de 1960 avec les sorties simultanées de
Psychose (Psycho) de Sir Hitchcock et du
Voyeur (Peeping Tom) de
Michael Powell que le
serial killer devient un genre à part entière. Ces deux films ont davantage permis de définir les codes du
slasher des années 80 que du
serial killer. C'est à partir des années 70 que le
serial killer passe dans le domaine
policier avec des films comme
L'Inspecteur Harry (Dirty Harry, 1972_Don Siegel),
Magnum Force (1973_Ted Post) ou
Cruising_La Chasse (Cruising, 1980_William Friedkin).
Ce n'est qu'à partir des années 80 que les techniques de profilage du F.B.I seront incluses dans les scénarios.
Michael Mann signe un magnétique
Sixième Sens (Manhunter, 1986) et offre la première apparition cinéma du
Docteur Hannibal Lecter, brillant psychopathe crée par l'écrivain
Thomas Harris.
Le Silence des agneaux (The Silence of the Lambs, 1991_Jonathan Demme) floutera encore plus la frontière entre réalité et fiction et définira les codes du genre.

Les films de tueurs en série se présentent sous la forme de
thrillers d'investigation tels que
Seven (David Fincher, 1995),
Copycat (Jon Amiel, 1995),
Le Collectionneur (Kiss the Girls_Gary Fleder, 1997),
The Cell (Tarsem Singh, 2000) mais aussi sous forme de
docu-fictions :
C'est arrivé près de chez vous (Rémy Belvaux, André Bonzel, Benoît Poelvoorde, 1992),
The Last Horror Movie (Julian Richard, 2003),
The Poughkeepsie Tapes (John Erick Dowdle, 2007)... Certains films vont plus loin car ils sont de vrais sujets d'études de
vrais tueurs en série :
L'Étrangleur de Boston ( The Boston Strangler_Richard Fleisher, 1968),
Henri, portrait d'un serial killer (Henry : Portrait of a serial killer_John McNaughton, 1986),
Dahmer le cannibale (Dahmer_David Jacobson, 2002)... On trouve quelques
films d'auteur tel
Frenzy (Alfred Hitchcock, 1972),
Tueurs Nés (Natural Born Killers_Oliver Stone, 1994),
Pulsions (Dressed To Kill_Brian De Palma, 1980)... Et aussi les fameux
giallo, ces thrillers italiens à qui
Dario Argento a donné ses lettres de noblesse (
L'oiseau au plumage de cristal / L'uccello dalle piume di cristallo,1970 ; Quatre mouches de velours gris / 4 mocshe di velluto grigio, 1971...). Les
gialli, aini nommés car la couverture des romans dont ils s'inspirent est jaune
(giallo veut dire jaune en italien), ne tiennent pas du tout compte d'une quelconque cohérence narrative. La priorité est donné à
l'esthétisme des scènes de meurtres. Le tueur porte des gants noirs et est armé d'un couteau et l'enquêteur est souvent un amateur.
Quand au
slasher, c'est un genre qui a eu un succès commercial immense_aucun genre ciné n'a eu autant de succès. Dans ces films, des cinglés porteurs de masques ou carrément invisibles à l'écran s'en prennent à des adolescents, souvent des filles, dont l'aspect physique ou la personnalité ravivent en eux un souvenir douloureux et entrainent un déferlement de violence psychique et sexuelle. Même si le genre n'est pas figé, il s'emploie à exploiter certains
domaines précis : le voyeurisme masculin, le perversion sexuelle, la confusion sexuelle, la force féminine, le meurtre comme métaphore de l'acte sexuel, l'incapacité de la police à assurer la sécurité, la théâtralisation du meurtre. Pendant longtemps, le
slasher n'a été perçu que comme de la pornographie violente par une partie des critiques et historiens du cinéma. Il a été honni par les féministes car ils transmettent des messages misogynes. Quand aux autres, ils ne voyaient en lui qu'un produit de sous-culture pop. Le fait que l'explication du mobile du tueur relève de la psychologie de bazar, que l'héroïne ait un comportement sexuel transgressif et que l'on peut voir une multitude de pénétrations au couteau ou avec d'autres objets phalliques n'aident pas le genre à être pris très au sérieux!
Un des
slasher le plus célèbre et le plus gore est
Massacre à la tronçonneuse (The Texas Chain Saw Massacre_Tob Hooper, 1974) qui est inspiré par les crimes de
Ed Gein (assassin nécrophile, la police a retrouvé chez lui des abats-jour, des gants, des rideaux...en peau humaine et des morceaux humains dans des bocaux). Ce film a apporté
deux nouveautés au slasher : un groupe d'ados qui se font tuer les uns après les autres et une
final girl ou superhéroïne qui subit les pires supplices pendant toute la deuxième partie du film mais qui s'en sort vivante à la fin.
John Carpenter, en 1978, devient le maître du slasher avec
Halloween, la nuit des masques (John Carpenter's halloween) en évitant toutefois la surenchère gore de Massacre à la tronçonneuse. On y retrouve cependant un groupe de victimes adolescentes et une
final girl hypercombative incarnée par
Jamie Lee Curtis, que l'on peut élire "plus grande crieuse de tous les temps" (or ciné porno évidemment). Le succès du film est tel que pas moins de
11 slashers inspirés de Halloween seront tournés entre 1978 et 1981 dont
Vendredi 13 (Friday the 13th_Sean S. Cunnigham, 1980),
Le Bal de L'horreur (Prom Night_Paul Lynch, 1980),
La Mort en Récompense (Graduation Day_Herb Freed, 1981)... Tous reprennent la composition de l'original tout en ajoutant quelques nouveautés formelles. Ces films se focalisent sur le duo chasseur / proie, sur l 'inventivité du meurtre et sur le choix des prises de vue.
Aux
Etats-Unis, un débat est né autour des
slashers : certains députés prétendant que le flot de violence déversé dans ces films a un lien direct avec la recrudescence de la violence chez les adolescents. En 1984, le
Parlement britannique vote la
Video Recording Bill, loi visant à restreindre l'accès aux "vidéos abjectes". Depuis 1989, des lois votées dans le
Missouri, le
Colorado, le
Texas et l'
Ohio permettent aux procureurs locaux de décider quelles vidéos dépassent la limite de la "violence excessive" et exige l'accord parental pour être loué par de jeunes mineurs.
Tout ceci semble dérisoire au regard du déclin du genre depuis le milieu des années 80. Le
slasher souffrant d'une trop grande rigidité stylistique et d'une surabondance de films aux fins trop prévisibles. Il connaitra un
revival au milieu des années 90 avec des films comme
Scream (Wes Craven, 1996),
Souviens-toi, l'été dernier (I know what you did last summer_Jim Gillepsie, 1997),
Halloween, 20 ans après (Halloween, H20_ Steve Miner, 1998). Les scénaristes de ces films ayant eu la bonne idée de s'affranchir des codes du genre voire même de s'en moquer ouvertement (Scream).
Une chose est sure : le
slasher et le
serial killer ont toujours plu au public malgré ou à cause de leur violence et il y a fort à parier que la donne n'est pas près de changer.
"Nous, les tueurs en série, nous sommes vos fils, vos maris, nous sommes partout. Et il y aura d'autres morts demain." Ted Bundy**.
* Lucien Staniak dit "L'Araignée Rouge" est un tueur en série polonais qui s'attaquait aussi bien aux hommes, aux femmes et aux enfants dans les années 60.
** Ted Bundy dit "Le Tueur des Femmes" a violé et assassiné officiellement 34 femmes dans les années 70 mais il est soupçonné d'en avoir en réalité tué une centaine.