30 septembre 2010

Décès de Tony Curtis

tony curtis
Tony Curtis est décédé le 29 septembre à l'âge de 85 ans. Né le 3 juin 1925 sous le nom de Bernard Schwartz, Tony Curtis est issu d'une famille pauvre de juifs hongrois. Il vit une enfance difficile dans le Bronx à New York auprès d'un père qui est tailleur et d'une mère très violente (elle est schizophrène) et de ses deux frères cadets. L'un de ses frères sera placé en institut psychiatrique dû au comportement de leur mère et l'autre sera tué dans un accident de la route alors que Tony n'a que treize ans.  Laissé seul, livré à lui-même, le jeune Tony erre dans les rues, fait de mauvaises rencontres, devient délinquant et est placé dans une maison de redressement. C'est là que naîtra sa passion pour le théâtre et le cinéma. 
Vétéran de la Seconde Guerre Mondiale dans la  marine, on lui offre une  bourse qui lui permet de prendre des cours de théâtre. C'est lors d'une représentation d'une pièce (Golden Boy) qu'il est repéré par un agent de Universal qui lui fait signer un contrat de sept ans. Il arrive donc à Hollywood en 1948 alors qu'il n'a que 23 ans. Il prend alors le pseudo d'Anthony Curtis puis de Tony Curtis en raison de l'antisémitisme ambiant et enchaîne les séries B sans intérêt. En 1950, il tourne son premier grand film auprès de James Stewart : Wincheter '73 de Anthony Mann. La même année, il tourne Le Voleur de Tanger de Rudolph Maté où son physique athlétique et son teint mat sont remarqués par le studio qui lui offre ensuite des rôles d'orientaux  comme dans Houdini le grand magicien (George Marshall, 1953). Bien qu'occupé par sa carrière, Tony ne délaisse pas sa vie sentimentale pour autant et épouse la jolie Janet Leigh en 1951 à qui il donnera deux beaux enfants : Kelly et Jamie Lee (la plus grande "hurleuse" de tous les temps!).
Tony se fait remarqué dans Trapèze (Carol Reed, 1956) au côté de Burt Lancaster, un film dramatique auréolé de plusieurs récompenses. Mais c'est Le Grand Chantage ( Alexander Mackendrick, 1957) qui le consacre définitivement à Hollywood. Il enchaîne les films à succès comme Les Vikings (Richard Fleisher, 1958) aux côtés de Kirk Douglas et de Janet Leigh, Vacances à Paris de Blake Edward (1958), La Chaîne de Stanley Kramer (1958)  pour lequel il sera nominé à l'Oscar du meilleur acteur.
En 1959 sort la "plus grande comédie de tous les temps" Certains l'aiment chaud dont je vous ai parlé il y a quelques temps sur ce blog, vrai bijou dans lequel Tony partage l'affiche avec Jack Lemmon et Marilyn Monroe.
En 1960, il produit avec sa femme le film Qui est donc cette dame? de George Sidney et rejoint le casting de Spartacus de Stanley Kubrick.
tony curtis, roger moore
En 1962, il divorce de Janet Leigh. Ce qui ne l'empêche pas de tourner Deux têtes folles avec Audrey Hepburn (Richard Quine, 1964). En 1964 il donne la réplique à Nathalie Wood, Lauren Bacall et Henry Fonda dans Une Vierge sur Canapé de Richard Quine et en 1965 il retrouve son compère Jack Lemmon pour La Grande Course Autour du Monde de Blake Edwards.  En 1968, il insiste pour jouer dans L'Étrangleur de Boston de Richard Fleischer qui retrace l'histoire vrai de Albert de Salvo qui étrangla treize femmes de 1962 à 1964 à Boston avant d'être arrêté et condamné à la réclusion à perpétuité. Sa composition lui vaut une nomination aux Golden Globes.
En 1971, une nouvelle carrière débute pour Tony Curtis mais à la télévision car il obtient le rôle de Danny Wilde dans la série Amicalement Vôtre (The Persuaders). Il donne la réplique au Saint-James-Bond-Roger-Moore qui joue le rôle de Lord Brett Sinclair-Ta Majesté! La série fût diffusé de 1971 à 1972 aux USA ( elle débarque en France en 1972) et compte 24 épisodes.
Tony Curtis apparaîtra aussi dans les séries McCoy, Vegas et dans un épisode oppressant des Experts (CSI) signé Quentin Tarentino.
 A partir des années 80, Tony Curtis se consacre entièrement à la peinture et ses toiles valent dans les 25000$ et sont exposées dans une galerie californienne (il est fort à parier que le prix va augmenter maintenant que Tony est décédé...).
Tony Curtis n'a jamais reçu ni Golden Globes ni Oscar malgré son talent et sa popularité mais il été fait Chevalier des Arts et des Lettres à Paris en 1995 et possède son étoile sur le Walk of Fame
Tony Curtis a eu une vie sentimentale riche car il a été marié six fois mais n'a que deux filles, son fils Nicholas étant décédé d'une overdose en 1994.

24 septembre 2010

Les Grandes familles de Denys de La Patellière (1958)

les grandes familles, denys de la patellière

     Noël Schoudler (Jean Gabin) est à la tête d'un empire économique et de sa riche famille bourgeoise. Sans scrupule, il dirige d'une main de maître aussi bien ses entreprises que son entourage. Son fils François (Jean Dessailly) a bien du mal à s'imposer face à ce père dominateur. Noël n'apprécie pas les idées de son fils et décide de lui donner une bonne leçon...

jean gabin, les grandes familles
     Les Grandes Familles est l'adaptation du roman homonyme de Maurice Druon ou plutôt d'une partie de celui-ci, le roman comptant pas moins de trois tomes.
Le film est centré sur l'affrontement entre les deux cousins qui se détestent : Noël Schoudler et Lucien Maublanc (Pierre Brasseur) ainsi que sur l'esprit de domination de Noël Schoudler.
Noël et Lucien ne peuvent pas se supporter car ils sont aussi différents que le jour et la nuit. Noël est froid, rigide, dominateur et il ne pense qu'au travail et à l'argent. Lucien est gai, sympathique, oisif et, nous le verrons à la fin du film, manipulateur à ses heures. Il est en total opposition avec les principes et les mœurs de la famille et il fait honte à l'ensemble du clan. Au milieu de ses deux fauves, on trouve François, le fils de Noël, un peu naïf, plein de bonne volonté et de fougue. Adulte depuis longtemps, marié et père de famille, il est totalement infantilisé par son père qui, non content de ne lui laisser prendre aucune décision, le fait espionner par son bras droit, Simon Lachaume (Bernard Blier). Il va se retrouver au cœur d'un terrible machination qui va lui coûter bien plus cher que tout l'or du monde.
Les Grandes Familles nous fait plonger dans les eaux troubles du monde de la finance et des grandes familles bourgeoises. La vision de ce film ne donne pas du tout envie de faire partie du "beau monde"! C'est un vrai panier de crabes, un monde sans pitié où seuls comptent l'argent, la domination et l'apparence.  Pour preuve, cette scène terrible où les principaux membres de la tribu décident du sort de la plus jeune qui est enceinte d'un homme marié, sans lui demander son avis, afin de laver l'honneur de la famille. On parle de la faire avorter ou de la marier à un vieux chnoque comme si on parlait du temps qu'il fait ou de ce qu'on va faire le week-end prochain ! Ces vieux crapauds se fichent éperdument de savoir si la jeune femme sera heureuse ou pas, tout ce qui compte, c'est de sauver les apparences pour les autres et pour que les valeurs boursières ne s'effondrent pas.  Le pouvoir et l'argent leur font perdre la tête et ils n'ont plus d'humanité.  Le film n'est cependant pas une attaque en règle du monde de la finance ou de la bourgeoisie. Il est fort probable que, si l'on tournait le film aujourd'hui après la crise financière et le magnifique travail de démolition des traders, le résultat serait beaucoup plus mordant. Les Grandes Familles date de 1958 et à l'époque, l'économie se portait bien et on ne rentrait pas dans le lard aussi facilement qu'aujourd'hui.
pierre brasseur, les grandes familles
Denys de La Patellière s'est concentré sur le personnage de Noël Schoudler et des conséquences de ses actes sur son entourage. Noël Schoudler est un être antipathique, mégalomane et dictatorial. Il ne reconnait jamais ses torts car il est sûr d'avoir toujours raison. Il conduira sa famille au bord du précipice, et se retrouvera perdu pendant un instant mais il reprendra vite le dessus. A la fin du film, on s'interroge : est-ce que cela lui a servi de leçon? Pas sûr...
Si le film tient la route, c'est pour l'histoire (toujours d'actualité), les dialogues de Michel Audiard (moins virulents que d'habitude mais certaines répliques valent le déplacement) et l'interprétation. Jean Gabin interprète un Noël Schoudler plus vrai que nature. On le retrouve dans un registre inhabituel puisqu'il joue ici un salaud intégral. Il est très à l'aise et, même s'il fait du Jean Gabin, il en fait un peu moins !
Jean Dessailly est parfait dans le rôle de François. Il est totalement à la hauteur de Gabin et il rend son personnage immédiatement attachant. Il n'en fait pas trop (je me base sur les critères de l'époque parce qu'aujourd'hui, ça passerait moyen !) et c'est une désolation de le regarder sombrer.
Mais le meilleur, c'est Pierre Brasseur. Il faut reconnaître que son personnage est plus complexe puisqu'il passe du joyeux drille à l'abominable ordure en moins d'1 heure 30. Il n'empêche qu'il est épatant et qu'il apporte un peu de légèreté et de fantaisie à une histoire qui en a cruellement besoin.
On retrouve aussi au casting de ses Grandes Familles l'inégalable Bernard Blier, impeccable dans le rôle du lèche-botte.
Même si  le film a vieilli (l'époque qu'il décrit n'existe plus), il n'en reste pas moins fort agréable à regarder. Le suspense monte crescendo et on se demande jusqu'au bout si les plans de Maublanc et Schoulder vont fonctionner. Pas un film culte mais du bon cinéma.


A propos du film
video

18 septembre 2010

Age Difficile Obscur (Thumbsucker) de Mike Mills (2005)

age difficile obscur, thumbsucker, lou pucci, vincent d'onofrio, tilda swinton, vince vaughn, keanu reeves


     Justin Cobb (Lou Pucci), 17 ans, a un sérieux problème : il suce encore son pouce. Ses parents (Tilda Swinton et Vincent D'Onofrio) n'acceptent pas qu'il fasse ça à son âge, son orthodontiste (Keanu Reeves) n'arrive pas à lui redresser les dents...



lou pucci, age difficile obscur
     A priori, le pitch ne donne pas vraiment envie de voir ce film. On a l'impression d'avoir affaire à un ado attardé sans intérêt alors que le film de Mike Mills livre une version désabusée de l'adolescence et du monde des adultes et donne un coup de pied aux fesses de la famille américaine.
Il s'agit ici du premier long métrage de fiction de Mike Mills qui a adapté le roman de Walter Kirn. Mike Mills est issu du clip, il a entre autre bossé pour Moby, Air, Yoko Ono, Everything But The Girl, Divine Comedy, Franck Black... Il a également réalisé Deformer, un docu sur le skateborder Ed Templeton. Graphiste à ses heures, il a réalisé des pochettes de disques pour Sonic Youth, Beastie Boys, Beck... Autant dire que le monde de l'adolescence était déjà familier au cinéaste (qui est aussi apprécié aux USA qu'il est inconnu en France). Avoir une bonne culture ado suffit-il à réaliser un bon film sur les ados? Dans le cas présent, la réponse est oui. D'autant plus que le film ne s'adresse pas seulement aux ados mais aussi aux adultes. A travers le regard de Justin, Mike Mills dénonce les travers de la société américaine (esprit de compétition, importance de l'image, domination, maîtrise de soi...) et le modèle de la famille s'en prend plein la tête.
Revenons-en à la genèse du film. Walter Kirn a écrit son livre Thumbsucker en forme d'exutoire : c'est son histoire qu'il raconte à travers Justin. Walter était ce jeune garçon sensible, au physique fluet qui suçait son pouce et qui était béat d'admiration pour sa mère et mal à l'aise avec les hommes de son entourage. Mike Mills a décidé d'adapter ce roman car il le trouvait "drôle, réaliste et hors du commun. Il le trouvait positif, humain et il s'est immédiatement identifié à Justin, surtout concernant sa relation avec sa mère."  Le cinéaste a eu beaucoup de difficultés à trouver un financement à cause du sujet. Personne ne voulait produire un film qui parle d'un presque adulte qui suce encore son pouce. Sucer son pouce est un signe d'auto-réconfort et donc une marque de faiblesse dans nos sociétés où il faut être un winner. Justin tente de se rassurer face à son environnement chaotique, il essaie de comprendre la relation qui unit ses parents, il tente de percer les mystères féminins, il voudrait se comprendre lui-même et être accepté des autres... C'est beaucoup trop pour lui et le seul échappatoire qu'il trouve est de sucer son pouce.  Ne nous moquons pas de lui car, beaucoup d'adultes tentent de fuir la réalité en se plongeant dans l'alcool, la drogue, le sexe, le jeu... Justin est totalement addict à son pouce! Sa démarche ressemble à celle d'un junkie en face de sevrage. Il fait une analyse sur lui même avec Terry, son orthodontiste, et s'essaie à l'hypnose pour arrêter. Et c'est quand il arrête que les choses se compliquent pour lui car il doit affronter la vie et ne peut plus fuir : c'est le passage à l'âge adulte, ce qui n'est pas forcément réjouissant...du moins au début.
vincent d'onofrio, thumbsucker, age difficile obscur
Justin est vraiment un personnage intéressant car il va dans une direction inattendue. Au début du film, on a l'impression que le gros problème de Justin, celui qui le conditionne à sucer son pouce, c'est qu'il est gay et qu'il a du mal à l'admettre ou qu'il ne sait pas comment le faire accepter des autres. Or, il n'en est rien. Justin n'est pas gay, il aime les femmes, séduit une fille tout en assumant une certaine fragilité. Il est entouré de "vrais" mecs, son père et son prof sont des géants de plus d'1 m 90 quand lui ne dépasse pas 1 m 70, même son petit frère pratique le karaté et se montre sûr de lui face à l'univers qui l'entoure. Justin a un aspect efféminé avec ses longs cheveux, son allure longiligne et sa sensibilité à fleur de peau.  C'est un type d'homme qui a du mal à trouver sa place dans une société de mâles alpha où il fait bon être fort, viril, sûr de soi et combatif. Le fait qu'il finisse par s'accepter et se prendre en main est une belle leçon de tolérance et un message clair de la part de Mills : être un homme, c'est s'accepter, assumer ses responsabilités et voler de ses propres ailes. Il n'y a pas besoin d'avoir l'allure d'un déménageur pour celà.
Mike Mills traite aussi de la société américaine de façon plus large. Il dénonce cet esprit de compétition nauséabond qui inonde nos sociétés occidentales. Justin participe à des concours d'expressions et son seul but est de gagner. Quand son prof lui demande ce qu'il a appris, il lui répond : j'apprends à gagner. Il en devient abject, arrogant, imbu de lui-même jusqu'à ce qu'il se prenne une belle gamelle. A force de vouloir aller très haut, le risque c'est de tomber de très haut.
Le problème, ce n'est pas seulement que Justin veuille gagner à tout prix, c'est qu'il est encouragé dans cette voix par ses parents et les enseignants. Des parents qui veulent voir leur fils réussir car, eux, ont l'impression d'avoir raté leur vie. Mike (le père) a un job de manager dans un grand magasin et s'emmerde. Il rêvait d'une carrière sportive mais une blessure a mis un point final à ses ambitions. Il n'est même pas capable de gagner une course à pied ou en vélo organisé par la municipalité. Sans compter qu'il ne se sent pas à la hauteur face à sa femme.  Il vit tout ça très mal et projette ses angoisses sur son fils. Audrey (la mère) ne souhaite qu'une chose : rencontrer l'acteur d'une série TV débile dans le seul but de se sortir de la morosité de son quotidien. Elle change même d'emploi (sans en parler à sa famille) pour se rapprocher de cette pseudo-célébrité.  Les parents de Justin sont assez lâches et menteurs et ils voudraient que leur fils soit équilibré ! Si ça vous rappelle vos parents, c'est normal.
La relation qui unit Justin à ses parents est complexe. Ils ne se comprennent plus mais s'aiment. Les parents sont aussi perdus et vulnérables que les gosses. Justin et son père n'arrivent pas à communiquer car Mike est un peu rustre, c'est un homme replié sur lui-même qui ne comprend pas que son fils affiche sa fragilité avec si peu de pudeur. Quand à Audrey, elle aime son fils pour ce qu'il est mais Justin ne s'en rend pas compte. Il le dit à son père : "la seule façon,  pour quelqu'un comme moi, d'attirer son attention, c'était d'être son fils."  En ce sens, il est comme son père, il pense ne pas être assez bien pour Audrey.  En réalité, les membres de cette famille vont bien ensemble car ils se complètent. Il faudra le départ de l'un d'entre eux pour qu'ils le comprennent.
Ce qui est important, c'est que la famille Cobb vit en banlieue, un univers très particulier. Dans les banlieues américaines, les gens ne peuvent pas vraiment être eux-mêmes car ils sont observés en permanence par leurs voisins. Ils vivent ensemble en "petite" communauté et tout le monde se connaît. La banlieue est un monde d'apparence où les angoisses et les souffrances ne doivent pas être montrées. Péter un câble en banlieue est plus difficile que partout ailleurs. 
vincent d'onofrio, tilda swinton, thumbsucker, age difficile obscurUn autre thème de Age Difficile Obscur, c'est la drogue. Évidemment, le cinéaste confronte Justin et ses potes aux pétards mais ce n'est pas ce qui est captivant ici. Mike Mills dénonce cette effroyable habitude du corps enseignant à déclarer hyperactif tous les gosses inattentifs et à les bourrer de médicaments. Les ados américains sont des junkies sous ordonnances. Un des personnages du film le dit, il n'y a que trois molécules différentes entre les médicaments prescrits contre l'hyperactivité et le speed. Les gamins sont transformés en zombies obéissants. C'est symptomatique d'un système qui règle les problèmes à coups de machettes et qui ne supporte pas la différence. C'est le reflet d'une société policée, carrée qui veut que tous ses citoyens entrent dans le rang. Et c'est effrayant de voir des adultes droguer leurs propres enfants pour avoir la paix! Au final, l'adolescent apparait bien seul au monde.
Age Difficile Obscur (le titre français est navrant, non ?) brasse énormément de sujets et tient le spectateur en haleine jusqu'au bout. Le film est bon et beau car Mike Mills est un bon faiseur d'images. La lumière, la photographie, le grain, le cadrage...tout participe à l'émotion et au charme du film.  A celà s'ajoute la musique lumineuse d'Elliott Smith et du groupe Polyphonic Spree.
Mais Age Difficile Obscur ne serait pas ce qu'il est sans son casting extraordinaire. Lou Pucci est la vraie révélation du film. Quasiment inconnu lors du tournage du film, il EST Justin. Il a reçu le Prix Spécial du Jury au Festival de Sundance en 2005 et L'Ours d'Argent au Festival de Berlin de la même année et il ne les a pas volé. Impossible d'oublier son regard.
Tilda Swinton compose une Audrey terriblement attachante et son jeu est subtile. A aucun moment elle ne pousse le trait. Keanu Reeves n'a jamais été aussi bon et livre une vraie performance d'acteur.
Quand à Vincent D'Onofrio, il n'est pas utile de dire qu'il est génial. Il a peu de dialogues mais ses silences et ses regards en disent plus que bien des discours. Il joue tout en retenue et ses scènes avec Lou sont les meilleures du film. La scène du garage et surtout, celle où il écrit les initiales de son nom sur le pouce de son fils sont des crèves cœur et atteignent des sommets de réalismes.
Lou, Tilda et Vincent ont réussi à rendre vivante et réelle cette famille de façon subtile et délicate. Le premier long métrage de Mike Mills ne donne qu'une envie : voir ses autres films.

Behind the scenes
video

12 septembre 2010

Décès de Claude Chabrol.

claude chabrol, décès
    Claude Chabrol est décédé ce dimanche 12 septembre à Paris.
Il est né le 24 juin 1930 d'un père pharmacien. Très jeune, il s'intéresse au cinéma et tient un ciné-club dans la Creuse pendant la guerre. De retour dans la capitale, il suit des études de droit et de lettres mais c'est dans les salles obscures qu'il aime passer du temps. Avec une bande de copains passionnés (Godart, Truffaut, Rohmer, Rivette), il publie des critiques dans les Cahiers du Cinéma de 1952 à 1957. C'est en tant que critique de cinéma qu'il participe au lancement de la Nouvelle Vague en France. En 1957, il publie un livre sur Alfred Hitchcock avec Eric Rohmer (Ed. Universitaires “Classiques du cinéma” n° 6, 1957. Rééd. Ramsay-poche cinéma n° 23, 1986).
Malgré toutes ces occupations, Claude Chabrol a eu le temps de se marier avec Agnès. Il profite d'un héritage de sa femme pour monter sa maison de production et se lance dans la production d'un court-métrage de Jacques Rivette, Le Coup du Berger avec Jean-Claude Brialy (1957). En 58, il réalise son premier long, Le Beau Serge qui obtiendra le prix Jean Vigo et qui sera un film clef de la Nouvelle Vague.
Cinq ans plus tard, il divorce pour épouser Stéphane Audran qu'il dirigera dans 23 films. Avec son scénariste fétiche Paul Gégauff, il se fait le spécialiste de la critique de la bourgeoisie provinciale française que ce soit par le biais du polar ou de la comédie grinçante. Il remporte l'Ours d'Or à Berlin pour son second film Les Cousins en 1959. Les films suivant ont eu des succès inégaux. Les Bonnes Femmes (1960) étonnent quand Landru (1962) enthousiasme le public. A la fin des années 60, il réalise des œuvres plus personnelles comme La Femme Infidèle (1969) ou Que La Bête Meure (1969).
   Dans les années 70, son cinéma est moins linéaire et il s'attaque aussi bien à la satire (Docteur Popaul avec Jean-Paul Belmondo, 1972) qu'au fantastique (Alice ou la dernière fugue, 1977) qu'au thriller politique (Nada, 1974). Mais c'est sa rencontre avec la jeune Isabelle Huppert qui va changer la donne. Il lui offre le rôle de Violette Nozière (1978) , la jeune empoisonneuse parricide. Sa collaboration avec Isabelle sera fructueuse car il signera ses plus grands films avec elle : Une Affaire de Femmes (1988), Madame Bovary (1991), La Cérémonie (1995), Rien ne va plus (1997), Merci pour le chocolat (2000), L'Ivresse du Pouvoir (2006).
   Dans les années 80, le cinéaste s'en donne à cœur joie et nous livre des polars brillants (Les Fantômes du Chapelier, 1982), cyniques (Poulet au Vinaigre, 1985), terrifiants (Masques, 1987).
   Dans les années 90, ce sont les portraits de femmes qui vont donner un second souffle au cinéma de Chabrol. Outre Isabelle Huppert, il tourne avec Marie Trintignant qui compose une Betty (1992)  bouleversante. En 1994, Emmanuelle Béart vit L'Enfer auprès de son mari, François Cluzet tandis que Sandrine Bonnaire est dans le Coeur du mensonge (1999).
   Dans les années 2000, Claude Chabrol continue son investigation de la bourgeoisie provinciale et fait tourner la relève du cinéma français : Benoît Magimel (La Fleur du Mal, 2002), Ludivine Sagnier (La fille coupée en deux, 2007), Laura Smet (La demoiselle d'honneur, 2004).
En 2005, il reçoit le prix René Clair de l'Académie Française pour l'ensemble de son œuvre. En 2008, il fêtait ses 50 ans de carrière et a dirigé pour la première fois Gérard Depardieu dans Bellamy, un film policier.
   Claude Chabrol n'a pas uniquement tourné pour le cinéma, il a également été voir du côté de la petite lucarne. Il a participé à la série des Histoires insolites en 1974 et 1979, à la série des Fantômas et plus récemment, il a réalisé des téléfilms de la série Chez Maupassant et Au Siècle de Maupassant sur France 2.
Il a également été acteur et on a pu le voir dans une quarantaine de films. Monsieur Chabrol était aussi écrivain et il a publié un roman en 1980 L'Adieu au dieux, des nouvelles ( Musique Douce, Le Dernier Jour de souffrances) ainsi que des essais .
Sa disparition me touche énormément car il faisait partie de mes réalisateurs français préférés. Au revoir "Chacha" et merci...

Le Beau Serge

 François retourne dans son village après des années d'absence. Il y retrouve son ami Serge qui, de son mariage avec Yvonne, a eu un enfant trisomique mort-né et a sombré dans l'alcool.
Description clinique des mœurs dans les campagnes et  une réalisation sobre (avec, cependant, des effets musicaux un peu lourds).

Les Biches

Frédérique, une riche bourgeoise parisienne rencontre Why, une jeune fille bohème qui peint des biches à la craie sur le trottoir. Elle l'a séduit et l'emmène dans sa villa dans  le sud de la France. Tout se passe bien jusqu'à ce que Why tombe amoureuse d'un architecte, Paul...
Un film sensuel et érotique qui va au bout de sa folie. Avec en prime une sublimissime Stéphane Audran et un Jean-Louis Trintignant magnétique.

Que la Bête Meure

Charles Thénier jure de venger son fils qui a été écrasé par un chauffard sur une route de Bretagne. Il retrouve l'assassin, Paul Décourt, un garagiste infect, haïssable et haï de tous.
Un film intense, violent et malsain. L'opposition entre Charles et Paul est saisissante et nous range du côté du vengeur-pas-masqué. Un des meilleurs Chabrol.

Violette Nozière

Le film est inspiré d'une histoire vraie. Violette est une jeune fille qui se prostitue en secret. En révolte contre ses parents, elle entretient une relation avec un jeune homme qu'elle entretient. Elle décide d'empoisonner ses parents. Son père meurt mais sa mère survit. Arrêtée et accusée de meurtre, elle se défend en affirmant que son père a abusé d'elle... L'histoire est assez sordide en elle-même et Chabrol, par le jeu du flash-back nous perd entre vérité et mensonge. Isabelle Huppert est magistral, tout comme Stéphane Audran et Jean Carmet.

 Les Fantômes du Chapelier

Léon Labbé, un bourgeois de Concarneau, tient une boutique de chapeaux en face d'un tailleur d'origine arménienne, Kachoudas. Ce dernier suit le chapelier dans ses pérégrinations et finit par se rendre compte qu'il est l'étrangleur de vieilles femmes qui sévit dans la région depuis deux mois.
Un chef d'œuvre.  Michel Serrault est prodigieux et Charles Aznavour n'est pas en reste. Quand au scénario, il est habile et machiavélique. La mise en scène de Chabrol frôle la perfection. Du grand art.

La Cérémonie

Sophie est engagée comme boniche (il n'y a pas d'autres mots) chez des bourges. Elle fait la connaissance de Jeanne, la postière au caractère fantasque. Elles deviennent amies et Jeanne monte la tête de Sophie contre ses employeurs...
Un des meilleurs Chabrol qui fustige la connerie de la bourgeoisie provinciale sur fond de folie, de frustration et de peurs. Mon Chabrol préféré.

Merci pour le chocolat

Jeanne, une jeune virtuose du piano déboule dans la vie d'André, un pianiste de renommée internationale car elle est peut-être sa fille...ce qui ne plaît pas du tout à l'épouse d'André, Mika.
Pas le meilleur film de Chacha car certaines scènes sont un peu lourdes (les scènes de répétitions notamment) et certains dialogues sont quelques peu empesés. La distribution est inégale, Rodolphe Pauly manque cruellement de naturel. Cependant, Isabelle Huppert est époustouflante et Jacques Dutronc est génial.

Mostra de Venise 2010 : le sacre de Sofia Coppola



      Le jury de ce 67ème festival était présidé par Quentin Tarantino et composé de Guillermo Arriaga, Ingeborga Dapkunaite, Arnaud Desplechin, Danny Elfman, Luca Guadagnino, Gabriele Salvatores.

Le Lion d'Or (meilleur film) : Somewhere de Sofia Coppola. 


Pitch : Au Chateau Marmont, Johnny Marco, un acteur, se remet de l'échec de son mariage et s'ennuie sec. Entre alcool et médicaments, l'acteur dérive de fête en fête, loue les services de professionnelles et traîne son spleen en séances de promotion dans les médias.

Les journalistes y sont allés de leur clairon car il semble que le film ne mérite pas le prix. Il aurait même reçu un accueil un peu froid. Étant donné la relation qui unit Tarantino à Coppola, certains ont glosé sur le fait qu'il s'agissait d'un prix plus amical qu'autre chose. Sieur Quentin a évidemment nié et a déclaré que la décision avait été prise à l'unanimité et que  "rien d'autre ne l'avait influencé (dans ses choix) que la qualité des films". Ben tiens ! De toutes façons, on ne peut pas juger puisque le film n'est pas encore sorti en France.
On verra dans quelques mois si on casse du sucre ou pas sur le dos des deux ex-amants !




Lion d'Argent (prix de la mise en scène) : Alex de la Iglesia pour Balada Triste De Trompeta

Pitch : Sur fond d'Espagne franquiste, deux clowns défigurés et pathétiques s'affrontent et se déchirent pour l'amour d'une sublime acrobate.

Prix du JuryEssential Killing de Jerzy Skolimowski

Pitch : Capturé en Afghanistan, Mohammed est transféré sur une base militaire secrète quelque part en Europe. Au cours de son transport depuis la base aérienne, le convoi armé venu le chercher a un accident et tombe du haut d'une falaise. Mohammed parvient alors à s'échapper. Il se retrouve en cavale, au coeur d'une forêt enneigée et hostile, en territoire ennemie. Poursuivi sans relâche par une armée qui n'a pas d'existence officielle, il a une seule possibilité : continuer de tuer pour survivre.



Coupe Volpi du Meilleur Acteur : Vincent Gallo dans Essential Killing

Coupe Volpi de la Meilleure Actrice : Ariane Labed pour Attenberg
  
Pitch : Attenberg, c’est l’histoire de Marina, une jeune femme de 23 ans enfermée dans une zone industrielle déprimante, et dont la vie sociale se partage entre un père mourant et son unique amie, Bella. Misanthrope farouche, hostile aux hommes et à la moindre tension sexuelle, Marina fait son quotidien de l’étude de l'œuvre documentaire de Sir David Attenborough sur les mammifères et de l’écoute du groupe Suicide (ambiance). Jusqu’au jour où un mystérieux inconnu débarque en ville, et remet progressivement en cause son mode d’existence.  


Le prix Marcello Mastroiani de la meilleure jeune actrice : Mila Kunis pour Black Swan

Pitch : Black Swan est un thriller surnaturel dans lequel Nina, une danseuse au New York City Ballet en fin de carrière, se retrouve en compétition avec Lilly, une ballerine plus jeune. Alors que l'heure d'une représentation importante approche, la tension entre les rivales augmente mais cette rivale est-elle réelle ou est-elle le fruit de l'imagination d'une femme qui perd confiance ?



Prix Osella pour la meilleure photo : Mikhail Krichman  pour le film Dernier Voyage De Tanya d'Aleksei Fedorchenko

Pitch : A la mort de son épouse Tanya, Miron aspire à un dernier voyage avec sa bien-aimée respectant le rituel des Mériens, une ancienne tribu russe dont les traditions perdurent. Accompagné de son meilleur ami Aist, ils sillonnent la Russie. Comme le veut la coutume, Miron partage avec son ami les souvenirs les plus intimes de sa vie conjugale.Mais au bord du lac sacré sur les berges duquel ils font leurs adieux à Tanya, Miron se rend compte qu'il n'était pas le seul à l’aimer...
Prix Osella du meilleur scénario : Alex de la Iglesia pour Balada Triste De Trompeta

Lion spécial pour l'ensemble de sa carrière : Monte Hellman venu présenter son film Road to Nowhere

Pitch : un cinéaste se retrouve impliqué dans un complot...

Plus d'infos sur La biennale.org

36ème Festival du film américain de Deauville : Verdict!



Le jury, présidé par Emmanuelle Béart a rendu son verdict hier soir...

Grand Prix : Mother and Child de Rodrigo Garcia (sortie en France le 17 novembre 2010)

Pitch : Karen est tombée enceinte à l'âge de quatorze ans, à l'époque, elle n’avait d’autre choix que d’abandonner cet enfant. C'était il y a trente-cinq ans... Aujourd’hui, Elizabeth, sa fille, est une brillante avocate. Elle n'a jamais tenté de retrouver la trace de sa mère biologique jusqu’au jour où elle tombe enceinte. De son côté, Lucy voit enfin son rêve d'adopter un enfant se réaliser. Confrontées simultanément à d'importants choix de vie, ces trois femmes verront leurs destins se croiser de manière inattendue.



Prix du jury : le jury n'a pas su trancher cette année et a remis son prix à deux lauréats.

ex-aequo : Winter's bone de Debra Granik (sortie en France début 2011)

Pitch : Ree Dolly a dix-sept ans. Elle vit seule dans la forêt des plateaux de l’Ozark avec son frère et sa sœur. Lorsque son père sort de prison et disparaît sans laisser de traces, elle n'a pas d'autre choix que de se lancer à sa recherche sous peine de perdre la maison familiale qu'il a utilisée comme caution. Ree va se heurter au silence de ceux qui peuplent ces forêts du Missouri.



ex-aequo : The Myth of the American Sleepover de David Robert Mitchell

Pitch : C'est la dernière nuit de l'été pour Maggie, Rob, Claudia et Scott. Les quatre adolescents espèrent y trouver le grand frisson : celui des premiers baisers, premiers désirs et premières amours. Leurs chemins se croisent comme les rues de la banlieue ordinaire de Détroit où ils habitent. Entre fêtes, flirts et serments d'amitié, naissent des instants pleins de promesses et d'expérience qui marqueront à jamais la jeunesse de ces presque adultes.



Prix de la révélation Cartier : Holly Rollers (Jewish Connection) de Kevin Ash

Pitch : A la fin des années 90, un million de pilules d’ecstasy ont été acheminées d’Amsterdam à New York par des Juifs orthodoxes recrutés à leur insu. Sam Gold, 20 ans, est l’un d’entre eux. Refusant la voie stricte et balisée que sa famille lui a déjà tracée, il accepte sans hésiter la proposition de son voisin Yosef de faire passer des « médicaments » contre rémunération. Mais Sam comprend vite la vraie nature du trafic et se laisse happer par le gain de l’argent facile.



Prix de la critique internationale : Buried de Rodrigo Cortés.

Pitch : « Ouvrez-les yeux. Vous êtes dans un espace clos, sous une tonne de terre irakienne avec 90 minutes d’oxygène et pour seule connexion vers l’extérieur un téléphone portable à moitié rechargé. Tel est le destin de Paul, un Américain pris en otage et enfermé dans une boîte. Le temps file et chaque seconde qui passe le rapproche d’une mort certaine… »



Plus d'infos sur Festival de Deauville.com

7 septembre 2010

Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2006)

     Olive, la cadette de la famille  Hoover rêve de participer au concours de beauté Littlte Miss Sunshine dont la finale se tient en Californie. Quand son rêve se réalise, c'est toute la famille qui embarque dans le van pour soutenir la petite. Le voyage s'annonce difficile car personne, excepté Olive n' a envie d'y aller. Son frère a fait vœu de silence, son oncle est suicidaire, son grand-père est toxico, son père tente désespérément de vendre son projet, quand à sa mère, elle essaie de faire régner le calme au sein de sa tribu. C'est un voyage semé d'imprévu qui attend la famille...

little miss sunshine
     Sur le papier, Little Miss Sunshine a un air de déjà-vu : une famille de losers made in USA embarque pour un road-movie qui sent bon la critique sociale et le happy end à la sauce "tout le monde est un winner, il suffit d'y croire". A l'arrivée, il n'en est rien. Les perdants ne se transformeront pas du tout en gagnants. Ils trouveront une joie dans la lose mais ils ne deviendront pas des héros. Cette scène récurrente où la famille est contrainte de pousser le van le montre :  à priori, c'est plutôt humiliant car ils n'ont même pas une voiture en état de marche mais, au final, ils s'amusent comme des gosses et se trouvent heureux d'être ensemble alors qu'ils pensaient, au mieux être indifférents les uns aux autres. Évidement, l'attachement à la famille est bien présent, comme dans 99% des films américains, mais le ton est franchement drôle et décalé. C'est une vraie famille de barges à qui nous avons affaire, pas du tout une famille modèle avec une maman qui cuisine, un papa qui bosse dans une grosse boîte et des enfants sages et heureux de vivre. Le comble de l'ironie, c'est le père qui est coach en réussite mais qui n'arrive à rien.
little miss sunshine, toni coletteSans compter que le film aborde deux sujets assez tabous : l'homosexualité et le suicide. Franck, l'oncle d'Olive est gay et tente de se suicider car il est rejeté par l'homme qu'il aime. Le sujet n'est pas traité avec dérision mais ce n'est pas non plus montré de façon dramatique. Les réalisateurs ont eu la bonne idée de ne pas transformer Franck en chochotte : c'est un bel homme, viril et son suicide manqué ne vient pas du fait qu'il n'assume pas son homosexualité mais bien d'un manque d'amour et de reconnaissance sociale.
L'air de rien, le film aborde pas mal de sujet sérieux mais toujours sur un ton léger très digeste. On y parle rêves inaccessibles liés au culte de la réussite et à l'obsession du succès. Le film aborde aussi l'image stéréotypée de la femme moderne via le concours des miss : beauté, minceur, maquillage, artifice et pensée toute faite. On parle de la mort et d'un système administratif froid et inhumain... C'est ce qui fait le charme du film : son ton légèrement caustique et satirique et son absence de mièvrerie. Oui, il y a des sentiments mais il y en a autant de bons que de mauvais!
Avec un film qui met autant l'accent sur ses personnages, il fallait un casting à la hauteur. Cinéma indé oblige, les réalisateurs sont allés chercher du côté d'acteurs très doués mais à la notoriété plus discrète. C'est une bonne idée car le processus d'identification est plus facile. C'est toujours un plaisir de voir Toni Colette qui est capable de tout jouer. Paul Dano est une vraie révélation, tout comme la petite Abigail Breslin hyper craquante avec son petit bidou et ses bottes rouges. Mais le vrai prodige, c'est Steve Carell : au moment du tournage, il n'était pas la star qu'il est aujourd'hui et on ne l'avait vu quasiment que dans Bruce Tout Puissant (Tom Shadyac, 2003). Aujourd'hui, il cartonne dans des films aux titres évocateurs tel que 40 ans, toujours puceau (Judd Apatow, 2004), rôles éloignés de l'oncle Franck. Il est tellement bon qu'on n'est pas du tout étonné de son succès, ce qui étonne, c'est qu'il ne l'ait pas connu plus tôt.
Le clou du spectacle de ce petit film, c'est évidemment le concours de beauté où l'on aime pour de bon cet famille, au point que l'on aimerait bien en faire partie.

5 septembre 2010

Oh, la famille!!!!

claudia cardinale, le guépard, portrait de famille
     La famille a souvent inspiré les cinéastes avec ses amours contrariées, ses ressentiments, ses vieilles rancunes, ses jalousies... D'autant que le cinéma a eu la bonne idée de parler de la grande Histoire à travers la petite afin de nous offrir le tableau d'une société en perpétuelle évolution.
Le cinéma naît au moment où la famille, auparavant unie et solide, allait connaître de profonds bouleversements, remettant en cause l'autorité parentale, les liens du sang et ceux du mariage.
     La figure emblématique du patriarche prend toute son ampleur dans les grandes familles italiennes et au sein des clans mafieux. Dans Le Guépard (Luchino Visconti, 1963), Burt Lancaster incarne merveilleusement ce chef de famille perturbé par le monde qui change autour de lui et la vieillesse qui s'abat sur lui. Tout l'ennui et l'agace même le visage d'ange de Claudia Cardinale.
Reprenant l'image sicilienne version américaine, Francis Ford Coppola nous livre un Parrain (1972) nourrit de violence et des liens du sang de la Mafia. La Mafia est le dernier endroit où la famille reste sacrée, où le pater familias a encore un rôle à jouer en protégeant femmes et enfants. La Mafia où l'on respecte les traditions, l'autorité parentale mais où la famille se déchire sur l'autel du pouvoir et de l'ambition.
     A côté de ces grandes sagas familiales, le cinéma nous offre des fresques où le noyau familial sert à comprendre les affres de l'Histoire. Avec Les Raisins de la Colère (1940), John Ford offre une vision altruiste et collective de l'Amérique du New Deal de Roosevelt.
Dans Les Damnés (Visconti, 1969), une riche famille d'industriels s'enfonce dans le nazisme et perd sa conscience, sa morale et son esprit de famille.
alain delon, rocco et ses frères, visconti
     Mais la famille c'est aussi et surtout ses petites histoires, ses petits drames, ses guerres intimes... Qui n'a pas connu un repas de Noël se terminant en règlement de compte?
Familles recomposées, divorcées, éclatées, réconciliées par affection ou intérêt : le cinéma le montre bien, on n'est pas obligé d'aimer ses parents (ni ses enfants). Cédric Klapisch nous livre la cruauté d'une mère dans Un Air de Famille (1997). Mère qui rejette et méprise un Jean-Pierre Bacri frustré de cet amour.
Parfois, le cinéma nous offre une image plus heureuse et bucolique de la famille avec sa maison de campagne bourgeoise, ses souvenirs partagés et ses histoires de coucheries comme dans Milou en Mai de Louis Malle (1989).
Mais plus souvent, il préfère déterrer les souvenirs tragiques et bouleverser l'existence paisible d'une famille rangée par l'intrusion d'un élément perturbateur comme pour mieux nous signifier que rien n'est jamais acquis. Ainsi l'arrivée de sa fille noire, issue d'une liaison enfouie, provoquera les pires chamboulements dans la vie de sa mère dans Secrets et Mensonges de Mike Leigh (1996).
La fratrie, élément plus restreint du cercle familial, est une source inépuisable d'amour, de colères, de non-dits, de joies, de souvenirs, de mélodrames...Le visage solaire d'Alain Delon illumine la noirceur du quotidien de Rocco et ses Frères (Visconti, 1960) tandis que Daniel Auteuil et Catherine Deneuve se pressent autour de leur mère pour se nourrir de leur passé commun dans Ma Saison Préférée d'André Téchiné (1993).
Mais il n'y a pas que de la tendresse : Julienne Bogaert pousse sa fille à tuer Jean Gabin par vengeance dans le Temps des Assassins (Julien Duvivier, 1956) pendant que Jean Gabin pousse son fils au suicide dans Les Grandes Familles (Denys de la Patellière, 1958). Quand à Ingrid Bergman, elle se déchire avec sa fille dans Sonate d'Automne (Ingmar Bergman,1978).
vincent perez, ceux qui m'aiment prendront le train, chéreau
     Les mœurs évoluent, la famille aussi et le cinéma est le témoin de ces changements. Patrice Chéreau nous donne sa version gay des déchirements familiaux dans Ceux qui m'aiment prendront le train (1998) tandis que Lambert Wilson hésite à adopter un enfant avec l'homme qu'il aime dans Comme les autres (Vincent Garenq, 2008).
Qu'on l'aime ou qu'on la déteste, qu'on l'accepte ou la rejette, quels que soient les pays, les époques ou la classe sociale, dans ce monde en mouvement que le cinéma rend éternel, la famille ne cesse de revenir dans nos vies (et sur le grand écran).

2 septembre 2010

Alma de Rodrigo Blaas (2009)

      La jolie petite Alma se promène dans les rues enneigées quand elle remarque, dans la vitrine d'une boutique, une poupée qui lui ressemble énormément. La curiosité la pousse à entrer...

alma, rodrigo blaas, court métrage animation, 2009


Alma est le premier court réalisé par Rodrigo Blaas bien qu'il travaille dans l'animation depuis plus de 10 ans aux USA et en Espagne. Très remarqué par la critique et nommé aux Goyas, Alma est un film d'animation différent de ce que l'on peut voir d'habitude. Sans dialogue mais avec une bande sonore excellente réalisée par Tom Myers qui a notamment travaillé sur Star Wars, un décors étrange et une histoire originale. Alma est classé tout public, il n'en demeure pas moins qu'il convoque l'horreur et la peur. Il réveille chez nous des angoisses enfouies. Personnellement, je n'ai pas honte de dire que la fin du film m'a mis la pression au niveau de l'estomac parce que j'ai pensé à... je vous le dis dans la page des commentaires pour ne pas gâcher votre plaisir *rire diabolique*

video

Plus d'infos sur Almashortfilm.com