En Pennsylvanie,
Graham Hess (
Mel Gibson) a perdu la foi et a démissionné de son poste de pasteur après la mort brutale de son épouse. Il s'occupe de sa ferme et tente d"élever au mieux ses deux enfants avec l'aide de son frère
Merrill (
Joaquin Phœnix), une ancienne star du base-ball. Un matin, les enfants découvrent des cercles gigantesques tracés au milieu des champs de maïs. Mauvaise plaisanterie, phénomène naturel ou...? Graham et Merrill ne vont pas tarder à percer le mystère.
Signes fait envie, avant même le début du générique et ceci pour plusieurs raisons :
1.
le casting : Mel Gibson,
big movie star par excellence, abonné essentiellement au ciné d'action, croyant pratiquant, se retrouvant dans la peau d'un pasteur qui a perdu la foi, a tout (yeux océans compris) pour nous donner l'eau à la bouche. Joaquin Phœnix, méchant
Commode de
Gladiator (Ridley Scott, 2000),
bad boy de
The Yards (James Gray, 2000), acteur exceptionnel, subtile, charismatique et sexy ne déçoit quasiment jamais.
Cherry Jones, actrice sensible, talentueuse, au regard enigmatique a tourné avec des grands noms du cinéma tels que
Robert Redford,
Steven Soderbergh,
Wolfang Petersen,
Frank Oz...
2
. M. Night Shyamalan, réalisateur de génie, conteur d'histoires exceptionnel, maître des illusions, faiseur d'images incroyables, magicien des émotions, est au commande.
3.
l'histoire : le questionnement sur l'existence de Dieu et la possibilité d'une vie extra-terrestre. M. Night Shyamalan est un homme de foi, il avait déjà soulevé le problème de l'existence de Dieu dans ces précédents films mais cette fois-ci, la question est au cœur du film. Sujet philosophique et passionnant, qui pousse les Hommes à s'interroger sur leurs propres existences et les conséquences de leurs actes.
Signes tient toutes ces promesses pendant les 3/4 de la projection puis... sombre dans le néant.
M. Night Shyamalan sait instaurer un climat oppressant en faisant intervenir l'extraordinaire dans l'ordinaire. Le réalisateur prend son temps pour présenter les personnages et ne dévoile sur eux que le strict nécessaire. On sait juste que Graham est veuf depuis peu, qu'il a renoncé à sa vocation de pasteur et que son frère vit avec lui, donne un coup de main et s'emmerde ferme à la station service du coin. Les enfants sont déboussolés par la mort de leur mère, surtout la petite
Bo qui fait une fixette sur l'eau.
Même chose pour les événements étranges qui vont bouleverser la vie de la famille, Night distille les infos au compte-goutte afin d'accroître le sentiment de malaise. Et ça marche ! On se prend vite d'amitié pour cette petite famille et on n'a pas du tout envie de les voir souffrir. On souhaite traverser l'écran afin de les étreindre et les aider à surmonter leur peine. On est presque content que des phénomènes troublants se déroulent près de chez eux, car, au moins, c'est autre chose que le chagrin qui les unit. Quant aux phénomènes, on a envie de savoir ce que c'est tout en en ayant pas envie ! Night nous fait peur à coup d'ombres, de murmures, de claquements de porte et de lumières éteintes. On pense tout de suite au cinéma de
George Romero et plus particulièrement à la
Nuit des Morts Vivants (l'action se déroulant en Pennsylvanie, dans une maison isolée). La scène de la cave est la pièce maîtresse du film : on ne voit rien et c'est ça qui fait peur. On sent la patte du réalisateur qui entretient une atmosphère angoissante, surprenante et mystérieuse. C'est dans cette scène que l'incroyable se fait réalité et, à l'instar des personnages, on refuse d'y croire. On attend fébrilement les réponses. Nous sommes fébriles mais pas au bord de la crise de nerfs car, tout comme
Hitchcock, M. Night Shyamalan a eu la bonne idée de parsemer son film de pincées d'humour bienvenues. On souffle un peu et on apprécie encore plus les personnages. Signes est le film le plus drôle de Shyamalan et aussi le seul. Depuis, Night est devenu sérieux comme un croque-mort, dommage...
Le casting tient toutes ses promesses et plus encore car les enfants sont exceptionnels.
Rory Culkin (frère de Macauley et Kieran) prouve que le talent, c'est de famille. Mais la vraie révélation, c'est
Abigail Breslin (Bo) que l'on a pu voir depuis dans
Little Miss Sunshine (J. Dayton et V. Faris, 2006), film pour lequel elle a été nommé aux Oscars à l'âge de 11 ans et c'était mérité. Dans Signes, elle est épatante. Elle apporte de la fraîcheur, de l'humour et de l'amour. Elle est craquante et terriblement attachante.
Le reste du casting est à la hauteur. Mel Gibson fend le cœur à chacune de ses apparitions, Joaquin Phœnix ressemble à un petit animal blessé...
Pourtant, le film déçoit. C'est la fin qui est particulièrement indigeste. Le fameux
twist final, marque de fabrique de M. Night Shyamalan se prend les pieds dans le tapis et s'étale de tout son long. Night a eu la très mauvaise idée de montrer les fameux extra-terrestres. Ce n'est pas cohérent avec le reste du film. Pendant près d'une heure et quart, il se contente de suggérer les choses, de les filmer furtivement et là, d'un coup, il filme en gros plans cette hideuse créature. C'est une
cassure de style déconcertante et inappropriée. De plus, il filme l'alien en pieds, en gros plans alors que son E.T n'en impose pas du tout. Ce sont les extra-terrestres les plus pitoyables de l'histoire des films de créatures ! Ils sont ratés parce qu'ils sont petits, malingres et en numérique et que ça se voit. La créature ne se fond pas dans le décors, ne semble pas du tout naturelle. L'œil inquisiteur de
La Guerre des Mondes de Byron Haskin (1953) était plus crédible que ce petit bazar vert ! Et puis, quand on apprend que les créatures font une allergie mortelle à l'eau, on se dit : tu te fous de moi, Night ? Des créatures, dotées d'une intelligence supérieure qui leur permet de construire des vaisseaux spatiaux et de traverser des galaxies, n'ont rien trouvé de mieux que d'envahir une planète composée à plus de
70% d'eau et dont la base de toute vie est
l'eau ? Un peu comme si Superman décidait d'aller vivre sur Krypton ou qu'un allergique aux pruneaux s'installait à Agen pour travailler dans un verger !
Night en remet une couche en sauvant le monde en...
une nuit ! Les effrayants envahisseurs, destructeurs de toutes vies, se prennent une raclée en moins de 12 heures ! Mieux que
Independence Day...
Et puis, et surtout, Signes s'enlise dans une
bondieuserie grossière. Et oui, Dieu avait tout prévu depuis le début et tout ce qui s'est passé, se passe et se passera à un sens, il suffit d'observer les signes ! Une maman meurt, le corps coupé en deux par une voiture afin d'éprouver la foi de son pasteur de mari et de fournir, dans un dernier soupir, des informations capitales sur des événements qui se dérouleront 6 mois plus tard ! Ben tiens. Une petite fille est complétement dérangée depuis le décès de sa mère et se met à semer des verres d'eau dans toute la maison afin que son oncle puisse tuer l'affreux E.T à coup de verre-d'eau-de-base-ball ! Heureux les simples d'esprit.
Pois chiche sur le couscous, le petit Morgan fait une crise d'asthme uniquement pour que ses poumons se collapsent au moment où un alien déverse son poison dans ses voies respiratoires ! Événement provoqué par Dieu
himself afin que Graham retrouve la foi et redevienne un serviteur du Créateur du Monde ! Waouh ! A ce moment-là, on se demande qui sont ces gens pour que Dieu se soucie autant d'eux (et laisse mourir des tas d'autres personnes sur la planète ?!). Dans le genre foutage de gueule mystico-religieux, on n'avait jamais vu ça. Je vous épargne mon commentaire cinglant sur la toute dernière scène du film, écœurante à souhait.
Pour le coup, Night aurait du aller lorgner du côté de
John Carpenter plutôt que de nous refaire le coup (en pire) de
James Cameron avec la fin navrante de son
Abyss (1989).
Un film, c'est comme un bon dîner : c'est le dessert qui reste en mémoire. Le dessert de Signes, c'est une crise de foi dont le seul remède est une bonne rasade d'eau bénite (sans amibe, SVP !). Je me contenterai de l'entrée et du plat principal.
Scènes coupées
Court métrage d'enfance de M. Night Shyamalan