Londres. Un tueur en série sévit depuis quelques temps dans la capitale britannique : il assassine des femmes en les étranglant avec une cravate.
Richard Blaney (
John Finch), ancien pilote de la R.A.F, vient de se faire virer de son boulot de barman. Il rencontre son ami
Bob Rusk (
Barry Foster), marchand de fruits & légumes au marché de Covent Garden, qui lui conseille de jouer aux courses. Mais, n'ayant pas d'argent pour miser, il décide d'aller voir son ex-femme,
Brenda (
Barbara Leigh-Hunt) qui lui donne de l'argent. Peu de temps après sa visite, Brenda est retrouvée étranglée avec une cravate autour du coup.
L'inspecteur Oxford (
Alec McCowen) est chargé de l'enquête. Très vite, ses soupçons se portent sur Richard...
Pour
Alfred Hitchcock,
Frenzy a un parfum particulier puisque le film marque son retour en Angleterre après 20 ans "d'exil" américain.
L'action se situe à Londres et plus particulièrement dans le quartier de
Covent Garden, endroit cher au cœur d'Alfred Hitchcock puisque son propre père était vendeur de fruits & légumes sur le marché. C'est donc un Hitchcock emprunt de nostalgie qui signe ce film policier violent et emprunt d'humour macabre. C'est un vrai retour au source pour Alfred Hitchcock qui réalise une œuvre dans la plus pure tradition
hitchcockienne : vrai/faux coupable, humour noir, virtuosité de la mise en scène, plus une scène d'ouverture vertigineuse. Le film s'ouvre sur un magnifique panoramique de Londres jusqu'au
Tower Bridge. Filmée depuis un hélico, la scène dut être tournée avec précision, le pont ne se soulevant que deux fois par jour. C'est l'utilisation d'un zoom qui donne l'impression de passer sous le pont car celà est totalement interdit (dommage, ça peut être marrant ^^).

Une autre tradition est respectée puisque Alfred Hitchcock apparaît en caméo lors du discours de début, couvert d'un très
British chapeau melon !
Frenzy est probablement l'un des films les plus violents de Sir Alfred. Le film fut tourné dans les années 70, la censure se faisait déjà plus légère, ce qui a permis au Maître du suspens d'aller
crescendo dans la violence et de développer le composite sexuel. Dans les 70's, les tueurs en série se faisaient plus rares (quel bol !) et, au ciné, ils étaient quasi absents des écrans. Une fois n'est pas coutume, "Stinky" a été avant-gardiste et a su faire preuve d'audace en transposant à l'écran le roman d'
Arthur La Berne (
GoodbyePiccadilly, Farewell Leicester Square ). Avec son scénariste,
Anthony Shaffer, il s'est documenté sur le sujet afin d'être le plus crédible possible et cette volonté d'authenticité apparaît à chaque plans. Ainsi, le viol et le meurtre de Brenda sont filmés dans leur intégralité, dans une alternance angoissante de plans larges et de plans serrés. Pour la première fois dans un film d'Hitchcock, la nudité est dévoilée. Dans cette scène, le violeur arrache les vêtements de sa victime, la viole, la bat, la terrorise, l'étrangle face caméra et abandonne le cadavre dans une position humiliante. Hitchcock avait même tourné un gros plan sur le visage de Brenda, langue pendante, la bouche en sang mais cette séquence fut retirée car jugée répugnante par l'ensemble de l'équipe ! Il aura fallu 3 jours de tournage pour que la scène soit "dans la boîte", Hitchcock l'ayant storyboardée avec minutie.
Dans cette scène, tout comme dans la scène où Babs se lève nue en pleine nuit, Alfred Hitchcock a fait appel à des mannequins professionnels. Ce n'est donc pas le corps de
Anna Massey ni la poitrine généreuse de
Barbara Leigh-Hunt que l'on voit à l'écran...
Une autre scène est particulièrement violente : celle où le violeur, dans un camion de marchandise, casse les doigts de sa dernière victime pour récupérer son épingle à cravate. Il ne montre aucun respect pour elle et le bruit des doigts cassés est écœurant à souhait. Lorsque le tueur cherche sa victime dans les sacs de patates, il soulève le sac et plonge la tête la première. Vu la position du corps, on a l'impression de voir un homme qui soulève la jupe de sa copine pour lui faire une gâterie, cela apporte à la fois une touche comique mais aussi un aspect scabreux. C'est d'ailleurs étonnant que cette scène soit passée à la commission de censure... à moins que les censeurs n'aient pas l'esprit aussi mal tourné que le mien !
Cette scène est typique de l'humour noir que pratiquait Hitchcock pour dédramatiser des situations horribles : lorsque le tueur ouvre le sac, il se mange le pied de la victime en pleine tête, il manque de peu de tomber du camion, etc. Mais Alfred Hitchcock ne pratique pas que l'humour noir, il pratique aussi un humour rafraîchissant. Ainsi, tout le long du film, on suit le pauvre Inspecteur Oxford lutter contre sa femme et surtout contre les plats qu'elle lui prépare ! La pauvre a dans l'idée de l'initier à une cuisine raffinée qui n'est pas du tout de son goût. Il se débat avec des cailles aux raisins et autres soupes de poissons pendant que son épouse (qui, elle, ne mange pas) évoque les meurtres et les pires détails de l'enquête ! C'est un gag de comique de répétition qui permet aux spectateurs de reprendre ses esprits et de se détendre un peu.

Le film est aussi une ode à la nourriture (chose très importante dans la vie d'Alfred Hitchcock ^^), elle est présente tout le long du film : les repas de l'inspecteur, les pommes de terre dans le camion de transport, la grappe de raisin écrabouillée avec rage par Richard, les produits du marché de Covent Garden. D'ailleurs, Alfred Hitchcock rend un bel hommage à ce quartier et à ses propres origines (modestes) dans ce film.
Alfred Hitchcock maîtrise parfaitement son sujet et sa réalisation sert le film de bout en bout. Le choix des plans accentue la perception de l'histoire : les plans serrés du camion de marchandises rendent l'atmosphère étouffante ; la vue en contre-plongée de la cellule de Richard donne le même vertige que celui que ressent Richard à ce moment là ; le plan fixe dans la rue, pendant que la secrétaire de Brenda monte les escaliers et découvre son corps, accentue la pression...
L'interprétation est évidemment pour beaucoup dans la réussite du film.
John Finch, interprète avec justesse un homme dont la vie bascule en enfer. Mais le plus épatant est
Barry Foster dont le personnage est répugnant, glaçant, bref, totalement flippant ! Les gros plans sur son visage feraient peur à un Légionnaire !
Certains pensaient qu'Hitchcock était fini mais avec Frenzy, il renoue avec la virtuosité qui avait fait de lui le Maître du suspens.
A noter que Frenzy est le dernier film britannique et l'avant dernier film d'Hitchcock.
Je poste ici une de mes scènes préférées, la fameuse scène du dîner et son magnifique plat de résistance : les pieds de cochon à la mode de Caen. Bon appétit !
Désolée pour la qualité de l'image mais Blogger a modifié son lecteur afin que le traitement de la vidéo soit plus rapide. C'est réussi, il n'y a plus de traitement du tout ! Mais ça reste tout à fait regardable...