7 mars 2012

Tim Burton, un cinéaste étrange ?

tim burton, portrait, biographie  Une enfance normale   
Timothy William Burton est né le 25 août 1958 à Burbank en Californie. Il passe une enfance normale dans cette banlieue de Los Angeles pour classe moyenne entouré de son père qui travaille dans le parc de loisir voisin et de sa mère qui tient une boutique de cadeaux, le Cats Plus. Il est éduqué dans le respect des valeurs familiales plutôt puritaines tout en jouissant d'une relative liberté. Cependant, le jeune Tim craint les sautes d'humeur de sa mère et l'autorité de son père et se replie sur lui-même. Il s'imagine très vite des histoires cauchemardesques à partir de la trivialité du quotidien.
     Burbank est aussi, par sa mitoyenneté avec L.A, un avant-poste des studios de cinéma qui y ont des entrepôts, des locaux et des plateaux. Le cinéma est une réalité du quotidien, un élément de la vie de tous les jours pour le jeune garçon.
     C'est à la banalité existentielle que Tim Buton va vouloir échapper. Il veut vivre seul et, à 10 ans, il s'installe chez sa grand-mère ! A 16 ans, il emménage au-dessus d'un garage appartenant à sa grand-mère et paie le loyer en travaillant dans un resto.
      Son seul échappatoire : les "films étranges" qui remplacent les amis... Au ciné ou à la télé, il regarde des films fantastiques, d'horreur, des séries B et idolâtre Vincent Price, acteur dandy et esthète, habitué des théâtres londoniens et new-yorkais. Puis il s'entiche des films de Preminger et de Mankiewicz.
Tim Burton passe des après-midi au cinéma de Burbank et regarde les programmes de montres le samedi à la TV. Son esprit est envahi par Jason et les Argonautes, Scream Bakula, Dr Jekyll et Mister Hyde, King Kong, Frankenstein, Godzilla...
"Je crois que je regardais ces films en réaction à un milieu familial puritain, bureaucratique, très marqué par les années 50" dira Tim Burton (Tim Burton par Tim Burton p16)
     Ces films lui permettent de fuir la réalité au même titre que les contes de fées. Très tôt, il confectionne des petits films en super 8 qui portent en eux un univers singulier. Ses premiers films mettent en scène des loups garous, un savant fou (The Island of Doctor Agor), des hommes des cavernes (film en stop motion)... Et au lieu de rendre des fiches de lecture pour le lycée, il obtient l'autorisation de rendre des courts métrages réalisés en super 8 : il en réalisera un sur Houdini, un sur des tours de magie, un sur la psychologie et les rêves. Dès l'adolescence, le cinéma a été un prolongement de la vie de Tim Burton, lui permettant de projeter ses envies sur pellicule.

Les débuts chez Disney
tim burton, dessin
     Il dessine beaucoup aussi et réalise à 14 ans le logo de la voirie de Burbank. Son dessin trônera sur les camions poubelles de la ville pendant un an !
A 18 ans, il obtient une bourse pour le California Institute of the Arts (Cal Arts), une université centrée sur le graphisme créée par Walt Disney. Le but pour le studio est le recrutement de jeunes admirateurs en pleine crise de vocations. Tim Burton entre directement en deuxième année ! On lui inculque "l'esprit Disney" et au bout de 3 ans, il présente son film de fin d'étude : une histoire de dentiste étrange. Il est alors recruté par Disney et travaille comme animateur sur Rox et Rouky. Il se rend rapidement compte que cet univers ne lui convient pas et qu'il n'aime pas le genre Disney. Déprimé (il avouera passer son temps à sniffer des marqueurs ☺), il fait son job et bosse sur Taram et le Chaudron magique. Il est content car il peut dessiner ce qu'il veut et imposer un univers plus personnel influencé par Vincent Van Gogh, Francis Bacon et la peinture expressionniste allemande. Mais la version finale du film n'utilisera aucune de ses conceptions graphiques ! Il travaillera cependant encore sur Toys de Barry Levinson et Trick or Treat un film pour Halloween. En 1981, il réalise son premier film amateur dans lequel il fait jouer des collègues de chez Disney et des amis de Cal Arts. Ce film, invisible pour le  public, témoigne de la volonté de Tim Burton de devenir cinéaste.
     C'est en 1982 qu'il réalise Vincent avec l'argent de Disney. Ce court-métrage très sombre, hommage à Vincent Price et réalisé image par image, obtient 2 prix : un au Festival de Chicago, et l'autre au Festival d'Annecy.
Vient ensuite Frankenweenie, toujours financé par Disney. Jugé macabre par le studio, le film n'est pas distribué sauf en Angleterre. Tim Burton décide alors de quitter le studio en 1984.

Gothique mais joyeux
     C'est donc en 1985 que Tim Burton réalise son premier long métrage Pee-Wee's Big Adventure, film commandé par Warner Bros car Paul Reubens dit Pee-Wee Herman (acteur connu pour son show pour enfants aux USA) a vu Frankenweenie et veut travailler avec Tim. C'est à l'occasion du tournage de ce film que Burton rencontre le compositeur Danny Elfman avec lequel il entame une collaboration longue et fructueuse. Le film très loufoque et coloré plait au public mais divise la critique.
      Le cinéaste ne se laisse pas démonter et enchaîne alors avec Beetlejuice en 86. Avec un budget de 13 millions de dollars, le film est un risque pour le studio et le cinéaste débutant mais c'est un succès. Beetlejuice pose les bases de son univers joyeusement morbide et poétique. L'humour est macabre, les couleurs tonitruantes, les personnages sont étranges et le film tient autant de la farce que de l'épouvante.
Quelques jours après la sortie du film, la Warner le place à la tête d'un autre projet : Batman. Malgré la controverse (les fans ont été scandalisés par l'aspect du costume, ont critiqué le choix de Michael Keaton pour incarner le Dark Knight et n'ont pas apprécier la place centrale tenue par Le Joker) et pas mal de sueurs froides pour Tim Burton, le film est finalement un succès critique et public car, non seulement son film est populaire mais il porte en lui un univers particulier qui plait aux cinéphiles.

Les premiers échecs
edward aux mains d argent, tim burton, dessin
Épuisé par le tournage chaotique de Batman, Tim décide de réaliser un projet plus personnel Edward aux mains d'argent, une œuvre quasi-autobiographique qui rencontre un vif succès. Ce film marque la première collaboration entre Burton et Johnny Depp qui deveindra au fil du temps un "double" du cinéaste.
Suivent Batman le Défi en 91, L’Étrange Noël de Mr Jack (qu'il produit mais ne réalise pas, laissant ce soin à Henri Sellick, un ex de Disney), Ed Wood en 1993 qui sera chaleureusement accueilli par la critique mais injustement boudé par le public. Il coproduit avec la Warner un troisième volet de Batman réalisé par Joel Schumacher, film dont il se désintéresse totalement.
     En 1994, il met en chantier Mars Attacks!, une farce satirique sur l'Amérique où seule les mamies gâteuses sont épargnées. Le film est un hommage aux films SF des 50's qui ont bercé l'enfance de Burton. C'est aussi son film le plus drôle ce qui explique en grande partie qu'il ne marche pas, le public étant dérouté par le changement de registre permanent du cinéaste. En Europe par contre, le film est un succès, le public étant probablement plus prompt à se moquer des USA ☺.

L'énergie du désespoir
Totalement déprimé par cette succession d'échecs commerciaux, Tim Burton "subit" la production d'un quatrième épisode de Batman et échoue dans sa réalisation de Superman.
Il se sauvegardera de la dépression en écrivant un recueil de nouvelles The Melancholy Death of Oyster Boy and Other Stories ( La Triste Fin du Petit Enfant Huître et Autres Histoires) que je vous conseille pour sa poésie, sa loufoquerie burtonienne et ses magnifiques dessins (on trouve le livre en France aux éditions 10/18).
     C'est donc seulement en 1998 qu'on le retrouve aux commandes de Sleepy Hollow : La légende du cavalier sans tête, film délicieusement gothique, torturé et teinté d'humour noir. Le succès étant de retour, la Fox désire le voir réaliser La Planète des Singes, une catastrophe sur pellicule dont je ne m'en suis toujours pas remise.

Devenir adulte
     En 2000, son père décède. Peu proche de lui, le choc est pourtant violent. Il est à un tournant de sa vie personnelle avec la mort de son père, sa rupture avec Lisa Marie et sa rencontre avec sa nouvelle compagne, Helena Bonham Carter qui est enceinte de lui. Tim Burton réalise Big Fish et parle de lui, de la relation avec son père et de ses craintes de devenir père. Le cinéma de Burton prend alors une autre dimension.
     Devenu père, le jeune homme s'attaque à l'adaptation de Charlie et la chocolaterie de Roal Dahl, écrivain pour enfants ultra connu outre Atlantique et adoré de Tim. Le cinéaste nous offre une merveilleuse confiserie, dépeignant l'univers de l'enfance tel qu'il est et sans niaiserie. Les enfants sont méchants, dictateurs avec les adultes, manipulés par la TV et sont de gros consommateurs de jeux vidéos et de bouffe... En bref, ils ne sont pas des anges ☺
Parallèlement à Charlie, Tim Burton réalise un petit bijou : Les Noces Funèbres, un film de marionnettes animées. On retrouve l'univers macabre de Mr Jack ainsi que tous les thèmes chers au cœur de l'artiste.
En 2007, on le retrouve aux commandes de Sweeney Todd : Le Diabolique Barbier de Fleet Street, un drame musical macabre et gothique dans lequel un barbier se venge de la mort de sa femme à coup de lames de rasoirs et de tourtes à la viande... L'occasion également d'entendre chanter Johnny Depp qui a un bien joli brin de voix☺
C'est en 2010 que Burton nous livre son dernier bébé, l'adaptation d'Alice aux Pays des Merveilles... Mode oblige, le film sort en 3D et déçoit les fans de la première heure (moi). Trop loufoque, des acteurs qui en font des tonnes (Anne Hataway devrait avoir honte), un rythme trop soutenu, un univers trop riche... Bref, un film TROP tout ! Pourtant le film plait au public et devient même le plus gros succès commercial du cinéaste. Allez comprendre...

Le renouveau ?
     Mais l'espoir de retrouver le Tim Burton inspiré de ses débuts renait puisqu'en 2012 vont sortir sur nos écrans Dark Shadow et surtout Frankenweenie dont la bande-annonce donne l'eau à la bouche.
Croisons les doigts !



Sources : Tim Burton par Antoine De Baecque (Les Cahiers du Cinéma), Tim Burton par Tim Burton de Mark Salisbury (Le Cinéphage), Tim Burton de Jim Smith et J.Clive Matthews ( Virgin Books, Londres 2002), Tim Burton, The Life and Films of a visionary Director de H. Merschmann (Titan Books, Londres 2000).

Première publication : 14 janvier 2010
Mise à jour : 1er mars 2012

9 commentaire(s):

  1. J'arrive pas a le pardonner pour n'avoir pas utiliser la voix de Vincent comme Orson Welles.

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  2. Ouais, c'était pas sympa... En même temps Vince a toujours dit qu'il était déçu par sa prestation (ce qui est exagéré car il est génial!), c'est pour çà qu'il a fait 'Five Minutes'...Si Tim avait utilisé sa voix, Vince n'aurait peut-être pas fait le film! On doit à TB un chef d'oeuvre! lol

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  3. je suis fan des Noces Funèbres, un vrai bijou. J'aime aussi bien sûr Edward et Sleepy Hollow. J'ai boycotté la Planète des Singes, et Alice

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  4. J'aurais dû boycotter La Planète des Singes et Alice mais, dès qu'il s'agit de Tim, je perds la raison et m'engouffre au cinéma comme une damnée, même si tout le monde me dit que c'est mauvais ^^

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  5. J'adore Tim Burton. J'aime son univers, j'admire son talent, j'aime chacun de ses films. Je ne suis pas objective, peut-être, mais je n'ai pas envie de l'être. Il réenchante mon monde, je lui en suis reconnaissante.

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  6. Bonjour Estella Lou et bienvenue sur I love cinema !
    Jolie déclaration d'amour dis-moi. Quand on aime, on perd la tête et c'est tout le charme de la chose ^^
    Merci de ta visite et j'espère à bientôt !

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  7. Merci pour ce beau post sur ce réalisateur hors du commun. Tu as bien résumé fanstastique à lire. Des bisous la belle

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  8. Merci du compliment, aussi bien pour lui que pour moi ;) Bonne soirée ! ☺

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