2 avril 2011

Stanley Kubrick ou quand le cinéma est de l'art

stanley kubrick
          Stanley Kubrick est né à New York en 1928 dans une famille juive originaire d'Europe centrale. Très tôt, il se passionne pour la photographie et est engagé  comme photographe indépendant au magasine Look alors qu'il n'a que 16 ans. Il y travaille pendant quatre ans. C'est pendant cette période qu'il découvre le cinéma européen et plus particulièrement le travail de Antonioni, Bergman, Ophüls. C'est à 22 ans qu' il se lance dans la réalisation de documentaires sur lesquels il est scénariste, réalisateur, cadreur, ingénieur du son et monteur ! Son premier docu se porte sur le travail photographique qu'il a fait sur le boxeur Walter Cartier qu'il vend à la RKO. Le second porte sur un missionnaire catholique. Ces deux docu le font remarquer, surtout pour la qualité de sa photographie. En 1953, il réalise un nouveau documentaire, The Seafarers, sur la marine marchande dans lequel on aperçoit déjà son goût pour les longs travellings. Ensuite, il réalise son premier film de fiction Fear and Desire sur une guerre fictive. Il occupe tous les postes sauf celui de scénariste. Fier de son travail à la fin du montage, il le retirera pourtant de la circulation le jugeant trop prétentieux et absurde. Pourtant ce film lui permet de financer Le Baiser Du Tueur (Killer's Kiss) en 1954. Le film, tourné dans les rues de New York, montre tout le talent de mise en scène du jeune cinéaste et sa capacité à jouer de l'ombre et de la lumière. Stanley Kubrick recevra un Léopard d'Or au Festival de Locarno et lui permettra de rencontrer James Harris avec qui il s'associe et fonde la société de production Harris-Kubrick Pictures.  Ils produisent ensemble L'Ultime Razzia (The Killing) en 56, film à gros budget et à la machinerie lourde. Le scénario se révèle classique mais Kubrick y apporte sa touche en fragmentant l'histoire et en utilisant la voix-off pour restituer l'ensemble (procédé utilisé par Orson Welles sur Citizen Kane et qui sera pillé par de nombreux cinéastes dont Quentin Tarantino). Le film lance sa carrière auprès du public même si les autres cinéastes ne voient en lui qu'un bon technicien. En 1957, il entreprend l'adaptation du roman homonyme de Humphrey Cobb, Les Sentiers de la Gloire (Paths of Glory), inspiré de faits réels, où des soldats français furent fusillés à titre d'exemple. C'est sur ce film qu'il va utiliser des techniques qui marqueront son identité comme les travellings, la symétrie, les mouvements de caméras fluides annonciateurs de chaos... Le film traite des obsessions kubrickiennes par excellence : l'anti-héros, un monde en déperdition et la déshumanisation. Le film remporte un vif succès critique et public aux USA mais est reçu comme une critique infamante de l'armée française en Europe. Il sera interdit dans plusieurs pays et ne sera pas du tout distribué en France avant 1975 !
De retour aux USA, il est sollicité par Kirk Douglas pour reprendre la réalisation de Spartacus mais l'ambiance n'est pas au beau fixe et, malgré l'accueil chaleureux reçu par le film et les 4 Oscars qu'il décroche, Stanley Kubrick le reniera, déclarant qu'il s'agit là de son film le moins personnel. Spartacus sera son seul film tourné à Hollywood, Kubrick préférant demeurer libre. C'est donc en Angleterre qu'il s'attèle au tournage de Lolita en 62 d'après le roman éponyme de Nabokov. L'écrivain et Kubrick travaillent ensemble pour rendre le scénario moins choquant pour la morale de l'époque puisque le roman et le film traitent de la relation entre une adolescente et un homme plus âgé. C'est peine perdue, le film provoque l'indignation des puritains et la déception des journalistes lors de sa présentation à la Mostra de Venise. Lolita marquera la fin de la collaboration entre Stanley Kubrick et James Harris, Kubrick produira dès lors ses films seul avec son beau-frère Jan Harlan.
En 1963, il réalise Le Docteur Folamour ou : Comment j'ai cessé de m'inquiéter et à aimer la bombe (Dr Strangelove or : How I Learn To Stop Worrying And Love The Bomb), premier film d'une trilogie de films de science-fiction teintée d'humour noir. Il travaille sur ce film avec le scénariste de Easy Rider. Docteur Folamour sera nominé 4 fois aux Oscars. Le second opus est 2001 L'Odyssée de L'Espace (2001 A Space Odyssey) réalisé en 67. Kubrick va au bout se ses désirs et innove par ses effets spéciaux. Le film est une révolution artistique et technique, notamment grâce au travail de Harry Lange, ancien conseiller de la NASA et Marvin Minsky, directeur d'un labo d'intelligence artificielle. Ce film merveilleux innove aussi par l'utilisation de la musique comme moteur narratif. "2001" reçoit d'ailleurs un Oscar pour ses effets spéciaux et permet à Kubrick de se forger une solide réputation de metteur en scène. Stanley Kubrick s'attaque ensuite à un film fort et d'une rare violence :  Orange Mécanique (A Clockwork Orange, 1971) adapté du roman homonyme de Antony Burgess. Le film provoque une vive polémique dès sa sortie en Grande-Bretagne, à tel point que la Warner stoppe sa distribution au Royaume-Uni. Kubrick ayant même reçu des menaces de mort et ayant été accusé d'incitation à la violence et au meurtre ! Le film est cependant élu film de l'année par le New York Critics Circle. Sa trilogie de SF terminé, Kubrick décide de s'atteler à un projet ambitieux : un film sur Napoléon. La Warner abandonne le projet, Stanley se console avec Barry Lyndon en 76, la biographie d'un jeune irlandais à l'ambition démesurée. Kubrick se montre aussi ambitieux que son personnage principal et souhaite que son film ait l'esthétisme des peintures du XVIIIè Siècle. C'est son premier film en costume, tout en lumière naturelle, d'une grande splendeur et qui remporte 4 Oscars. Mais le film est un échec commercial aux USA et en GB... Cela ne décourage pas le cinéaste qui adapte un roman de Stephen King, Shinning en 80 mais il change profondément l'histoire, ce qui ne plaît ni à l'auteur, ni aux critiques, ni au public. Kubrick déclarera pourtant que Shining est son film le plus personnel, surtout d'un point de vue de la mise en scène.
Cet échec ne l'arrête pas non plus et il entreprend de réaliser un film sur la guerre et plus précisément sur les hommes qui font cette guerre. Ce sera Full Metal Jacket en 87.  Une fois de plus, Kubrick adapte un roman, The Short Timers de Gustav Hasford. Le film est un grand succès mais Kubrick n'en profite pas et ne réalise aucun film pendant 7 ans. On le retrouve aux commandes de Eyes Wide Shut sorti en 99 avec Nicole Kidman et Tom Cruise en tête d'affiche. Ce film est également adapté d'un roman La Nouvelle vie rêvée de Arthur Schnitzler auquel le cinéaste reste fidèle. Eyes Wide Shut est son film testament car le cinéaste décède peu de temps avant sa sortie.
Pendant les 10 années précédent sa mort, Kubrick ne donnait plus d'interviews. C'est pourquoi des "journalistes" écrivirent des horreurs sur lui, le peignant comme un fou reclu chez lui.


Je me souviens parfaitement du jour de sa mort. J'étais retournée dans ma chambre d'étudiante après un week-end en famille, déjà dépitée à l'idée de me retrouver seule. L'annonce de sa mort au JT m'a achevée! Pour moi, c'était le plus grand metteur en scène et scénariste de son époque qui nous quittait. Stanley Kubrick était un ARTISTE. Pas un faiseur d'entrées ou de produits dérivés. C'était un génie. Un créateur. Ses films ne sont pas de films. Ce sont des œuvres d'art.

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2 commentaire(s):

  1. Your Stanley Kubrick reviews have made me realize how unique a director he was. His projects were so deverse from each other.
    When I think of other great directors, I can see a pattern in their work. Perhaps, even a fear of straying from their successful formulas. Also, like many people, they get caught up in the values of their own generation. I'm shocked that the same man directed both "Spatacus" and "A Clockwork Orange".

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  2. I do agree with you. He was most that a genius, he was unique. He is one of my favorite movie director, I'm never tired of his artwork. Each time I watch one of his films, I discover something new. It's amazing and priceless.

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