4 mai 2011

Full Metal Jacket de Stanley Kubrick (1987)

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     En Caroline du Sud, de jeunes marines font leur apprentissage dans un camp militaire instruit par un impitoyable sergent (Lee Ermey). Huit semaines en état de choc au bout desquelles Guignol (Matthew Modine), Baleine (Vincent D'Onofrio), Cowboy (Arliss Howard) et bien d'autres sont devenues des machines à obéir sans sourciller, des machines à tuer. Envoyés au Vietnam, le groupe participe à l'offensive du Têt...



 Stanley Kubrick s'attaque pour la troisième fois au thème de la guerre avec Full Metal Jacket,  brûlot anti-militariste. Il s'était déjà attelé au genre avec Les Sentiers de la Gloire (1957) et Docteur Folamour (1964). Il n'a pas tourné depuis sept ans et décide d'adapter Le Merdier (The Short-Timer) de Gustav Hasford. Le tournage dure plus d'un an dans les studios Pinewood de Londres.

Film froid et violent, Full Metal Jacket est divisé en deux parties : l'une montre l'instruction des recrues et l'autre, le combat au Vietnam. Les deux parties n'ont qu'un but : mettre en exergue la cruauté de la guerre (et pas seulement celle du Vietnam) et la déshumanisation des soldats.
Full Metal Jacket ne cède jamais au spectaculaire et c'est une première pour un film de guerre car ce n'est pas le délire et les atrocités de la guerre qui intéressent le cinéaste. Ce qu'il montre, c'est comment fonctionne cette machine.

La première scène du film est très révélatrice de tout ce qui va suivre : les jeunes recrues passent chez le coiffeur et se fond tondre la tête. Avec leurs boules à zéro, ils perdent une part de leur identité et, vêtus de leurs uniformes kakis, ils se ressemblent tous. Kubrick avait déjà abordé le thème dans les Sentiers de la Gloire : les soldats sont déshumanisés, anonymes et interchangeables.

Lors de l'instruction des recrues, Kubrick montre le mépris de l'armée américaine pour ces jeunes qui sont presque des enfants : insultes, surnoms grotesques, impolitesse, violence verbale et physique. Ou comment les sourires béats se transforment en une grimace terrifiante. Les personnages sont enfermés dans une structure rigide qui nie totalement leur condition d'êtres humains.
Ils sont examinés à la loupe par le sergent, à demi nu, comme un cheval par un véto ; ils sont infantilisés et on n'hésite pas à utiliser une des recrues comme souffre-douleur pour assurer la cohésion du groupe. L'appelé Baleine est la première victime de ce jeu de massacre.

Les soldats sont tous remplaçables, visent à la disparition de l'ennemi, s'oublient eux-mêmes. On ne sait rien d'eux, ils n'ont pas de passé, même pas de noms, juste ces surnoms imbéciles. En bref, ils sont éduqués pour être des machines à tuer et ils sont des machines à tuer. Ils tuent les autres et se tuent eux-même (la scène du suicide dans les toilettes est inoubliable). La guerre n'est pas glamour, elle n'est pas excitante. Les soldats s'ennuient, ils ont peurs et c'est tout. Ils sont en vie et ils meurent.

C'est le personnage de Guignol qui est le fil conducteur de l'histoire et c'est à travers lui que l'on voit les ravages de la guerre sur les soldats. Son premier échec est la correction qu'il inflige à Baleine. Jusqu'ici Guignol avait réussi à résister au conditionnement du Sergent mais, en participant à cette raclée, il se range du côté des bourreaux alors que jusqu'ici il s'était comporté comme un homme en aidant Baleine, c'est à dire en protégeant le plus faible. Il perdra un peu de son humanité après la découverte d'un charnier quand un Général l'obligera à ôter son badge de la paix et que tout ce qu'il trouvera à dire devant les cadavres est que "la seule chose que savent les morts, c'est que c'est mieux d'être en vie".  Il perdra toute distanciation quand il tuera de sang froid le jeune sniper et, qu'après avoir donné la mort, chantera en cœur avec ses camarades car il est vivant et n'a pas peur.

Stanley Kubrick n'a pas fait un documentaire sur la guerre, il n'a pas cherché une véracité textuelle mais émotionnelle. Il s'est limité à filmer le dortoir des soldats puis la ville en ruine de Hue. Il ne montrera rien d'autre du Vietnam. Le but est évident : Kubrick utilise la guerre du Vietnam comme point de départ de son propos. En ne marquant pas trop géographiquement et historiquement son  histoire, il dénonce la stupidité de tous les conflits, indépendamment du lieu ou de l'époque. C'est pourquoi les décors sont si épurés, les seuls signes d'exotisme sont des palmiers sur le bord des routes et les jolies autochtones. Son film n'en est que plus universel.

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L'action du film est simple, il n'y a pas de grandes scènes de batailles mais chaque balle qui fend l'air fait frissonner. L'une des dernières scènes est terrifiante et quasi insoutenable puisque le groupe découvre que le sniper qui les flingue les uns après les autres n'est qu'une adolescente. Dans ce monde-là, les enfants sont armés et tirent sur tout ce qui bouge. Dans ce monde-là, des hommes ne montrent aucune pitié devant une enfant en train de mourir. Dans ce monde-là, un homme tire une balle dans la tête d'une enfant pour abréger ses souffrances. Oui, "I... Am... In...  A... World... Of... Shit."

La parfaite maîtrise de la réalisation accroit la dureté du récit et intensifie la violence des combats. La réalisation est crue et froide, ce qui ne veut pas dire que le film n'est pas émouvant, bien au contraire. Comme à l'accoutumé, Stanley Kubrick filme en plans séquences et utilise les travellings pour souligner que les personnages sont en marche vers leur destin. La mise en scène est très fluide et épurée, un sujet comme la guerre ne nécessite aucunement une surcharge lacrymale.
 La musique mystérieuse de Abigail Mead (la fille de Kubrick) est totalement anxiogène et Kubrick joue de la dichotomie entre les standards rock des années 60 et la cruauté et la violence des images.

Évidement,  le succès de ce film est dû au génie pur de Stanley Kubrick mais aussi à l'interprétation exceptionnelle des acteurs. Matthew Modine trouve ici un rôle à sa mesure, lui qui avait déjà donné dans le genre militaire avec Birdy de Alan Parker. Il fait de Guignol une personne à la fois sympathique et détestable, oscillant en permanence  entre le bien et le mal. On ne peut s'empêcher d'éprouver une triste sympathie pour ce jeune homme sarcastique, plongé dans un monde de merde et qui perd peu à peu de son humanité. Matthew Modine apporte de la fraîcheur à son personnage et donc au film, surtout dans la première partie. Si vous n'avez pas le cœur brisé en voyant son visage quand il assassine le sniper, c'est que vous êtes un monstre.
Vincent D'Onofrio crève l'écran. Quiconque a vu Full Metal Jacket se souvient de lui et de son personnage de Baleine. Son regard de doux imbécile du début, ses larmes d'enfant, son visage fou, sa carrure impressionnante laissent un souvenir impérissable. Sa performance est juste prodigieuse. Vincent D'Onofrio a l'habitude de dire qu'il doit tout à Stanley Kubrick car, sans lui, il n'aurait jamais eu la carrière qui est la sienne. C'est sans doute vrai mais, j'ajouterai que, sans Vincent D'Onofrio, le succès de Full Metal Jacket n'aurait peut-être pas été le même.
Dans le rôle du sergent instructeur salopard, Lee Ermey fait des merveilles. Il n'a pas fallu le pousser puisqu'il a vraiment été instructeur pour les Marines avant d'être engagé sur le tournage. J'ajouterai qu'il n'est pas difficile de jouer un con quand on en est un soi-même (avis tout ce qu'il y a de personnel mais fondé sur des déclarations imbéciles du monsieur sur la présente guerre en Irak).

Full Metal Jacket est un film froid, âpre, rigide, désagréable, violent, rageur, vertigineux, brillant, maîtrisé, bouleversant, dur... Full Metal Jacket est un film inoubliable.

N.B : Ceux qui se demandent pourquoi "Pyle" (Vincent D'Onofrio) devient "Baleine" en VF, il faut savoir que Stanley Kubrick  fait référence à plusieurs choses. Gomer Pyle est le héros d'une série TV US "The Andy Griffith Show". Pyle est un pompiste simple d'esprit ( tout comme "Baleine").
De plus, Gomer est le surnom donné dans l'armée à une recrue qui met la pagaille ou qui a besoin de plus d'entraînement. Les scénaristes de la série y ont pensé en créant le personnage. Stanley Kubrick fait donc référence à ce personnage, ce qui aurait été incompréhensible pour les spectateurs français car la série n'était pas diffusée chez nous. Il a donc été appelé "Baleine", en référence peu sympathique à sa surcharge pondérale !



Recréer le Vietnam
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L'homme et son double
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4 commentaire(s):

  1. Pour moi, le film finit avec la mort de Pyle.

    Tu sais, on a cree Vietnam moins de dix kilometres de chez moi, et je n'en savais rien!

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  2. Je me demande bien pourquoi le film s'arrête avec la mort de Pyle... ;))

    C'est toute la magie du cinéma de faire croire qu'on est dans la jungle au Vietnam alors qu'on est tranquille à Londres avec tout le confort moderne ! C'est comme pour les actrices, on nous faire croire qu'elles sont toutes très belles alors qu'en fait elles sont seulement bien maquillées ! :)

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  3. C'est tout simplement un film qui m'a décapité dès la scène d'ouverture ! Vive Vincent D'onofrio ! Concernant les actrices, il n'y en a qu'une qui a été très belle même sans maquillage : Grace Kelly !

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  4. Romy Schneider était canon aussi, avec ou sans maquillage ^0^

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